Rencontre avec Eric Elmosnino, interprète de Maître MerlinQu’est-ce qui vous a tenté dans ce projet ?
En lisant le scénario, j’ai trouvé qu’il y avait une fraîcheur, une richesse qui restituaient l’essence de cette histoire avec l’énergie d’aujourd’hui. À travers un scénario très bien écrit, Yann a su garder le charme de l’œuvre en y apportant des choses très actuelles et très fortes. D’un point de vue plus personnel, j’ai été immédiatement intéressé par le fait que tout mon personnage se construit autour des enfants. C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimenté et qui m’a tout de suite beaucoup tenté. Lorsque j’ai rencontré Yann, nous avons envisagé tout ce qu’il était possible d’inventer avec ces enfants qui n’avaient jamais tourné. À quoi s’attendre ? Pour moi qui suis plutôt habitué aux textes très écrits, c’était la promesse d’une expérience de jeu inhabituelle. Je devais rester en éveil en permanence parce qu’on ne savait jamais précisément dans quelle direction les choses allaient partir. J’adore être déstabilisé, cela me motive. Et cette promesse a été tenue au tournage. Les enfants choisis étaient remarquables et il y a eu beaucoup de petits miracles, une spontanéité et une vitalité incroyables. J’étais aussi très heureux de retrouver des partenaires adultes. Ce va-et-vient entre enfants et adultes était vraiment très agréable.
Que connaissiez-vous de La Guerre des boutons ?
Comme la plupart des gens, je connaissais surtout le film d’Yves Robert. Je l’ai vu quand j’étais môme et, à part le personnage de Tigibus, je ne peux pas dire que je m’en souvenais vraiment. Des années plus tard, il est repassé dans un vieux cinéma en face du Théâtre Antoine où je jouais alors, j’ai emmené mon fils qui avait alors six ou sept ans, âge où j’ai moi-même vu ce film. Je suis pressé de lui montrer le film de Yann. Il a même fait de la figuration dedans. Un joli clin d’œil à l’aspect intemporel de cette histoire.
Vous sentez-vous proche de ce type d’enfance ?
Ayant grandi en banlieue, je n’ai pas connu ce type d’enfance rurale. Par contre, si le contexte m’est un peu étranger, je me retrouve complètement dans le sentiment. Comme tout le monde à cet âge, j’ai bien connu cet espace de liberté, même si je crois que c’est arrivé un peu plus tard pour moi. Nous jouions plutôt dans la cour au bas de l’immeuble ou dans la cour de l’école, et il y avait aussi des bandes qui s’affrontaient, mais pas pour des territoires. Il fallait forcément appartenir à l’une d’elles et, à chaque fois, définir pourquoi nous étions ensemble et pourquoi nous étions contre d’autres. Il semble que ce soit un mécanisme universel et surtout très masculin !
Pourriez-vous définir Maître Merlin, votre personnage ?
On le découvre d’abord en tant que figure emblématique de la vie des gamins, mais très vite, sous cette fonction, se révèle l’ancien gamin qui a grandi et connu lui aussi cet éternel affrontement avec le village voisin. Ce n’est pas un personnage univoque. À travers sa fonction d’instituteur, il incarne le savoir, une référence pour les enfants dans la classe, surtout à l’époque. C’est encore sûrement le cas aujourd’hui, mais de façon plus compliquée car d’autres influences brouillent un peu l’image de l’instituteur qui reste quand même un pilier important, un repère très fort. Maître Merlin a manifestement fait le choix de revenir dans ce village alors qu’il aurait pu aller ailleurs.
J’aime l’idée qu’au-delà d’une certaine sagesse, d’une responsabilité, d’une maturité, son côté enfant bagarreur ressurgisse face à l’autre instit joué par Alain Chabat. Dans de nombreuses scènes du film, leur affrontement est parallèle à celui des enfants.
Avez-vous le souvenir d’instituteurs qui lui ressemblaient ?
Lorsque j’étais enfant, il y avait déjà beaucoup plus d’institutrices que d’instituteurs mais par contre, parmi mes profs, je me souviens que certains étaient assez sévères avec moi. Ils pensaient que parce que je ne travaillais pas assez, je n’allais pas au bout de mon potentiel. Même si je suis loin d’être un surdoué, je sentais qu’ils avaient raison, que leur exigence vis-à-vis de moi était justifiée. Ils étaient plus durs avec moi qu’avec les autres élèves. Ils ne voulaient pas me lâcher jusqu’à ce que je sorte tout ce que je pouvais. D’une certaine façon, c’est ce que Maître Merlin fait avec le personnage de Lebrac. C’était une autre facette de mon rôle à explorer, je redevenais selon les moments soit l’instit consciencieux qui se bat pour l’élève auquel il croit, soit le gamin bagarreur. Cet instit est quelqu’un de bien, ce qui n’est d’ailleurs pas forcément plus simple à jouer.
Comment les choses se sont-elles passées avec Yann ?
Dans ses films précédents, Yann avait finalement toujours abordé l’enfance d’une façon ou d’une autre, mais c’est la première fois qu’il l’aborde frontalement. En le voyant faire, il n’y a aucun doute, c’est un univers qui lui parle et dans lequel il est très à l’aise. Avec lui, tout se fait dans une grande douceur. Ses demandes sont précises mais on échange beaucoup, et il n’hésite pas à s’adapter pour aller dans le sens de son histoire. Ma seule difficulté a été - pour cause de plan de travail - de commencer par les scènes avec Mathilde alors que je n’avais pas encore vu les enfants, particulièrement Lebrac, dont elle joue la mère. Maître Merlin devait convaincre cette mère que son fils devait poursuivre ses études malgré une nécessité économique. N’ayant pas rencontré Vincent, l’interprète du garçon, c’était encore un peu abstrait, mais Yann m’a beaucoup aidé. Il m’a guidé, nourri, pour trouver l’importance de ce moment-là. Il était d’une patience et d’une gentillesse absolues avec les enfants. Il savait les cadrer tout en leur laissant une vraie marge de liberté.
Comment les choses se sont-elles passées avec vos partenaires ?
Le film fonctionne beaucoup sur des tandems de personnages parfois en association, parfois en opposition. Vis-à-vis de Vincent, qui joue Lebrac, il fallait trouver la bonne distance entre le métier d’instituteur et cette chaleur humaine qui s’instaure peu à peu. Leur relation évolue. Peu à peu, se dessine entre eux une espèce de rapport père/fils, pudique, très masculin. Face à Alain Chabat, qui interprète l’instit du village ennemi, c’est un tandem d’opposition qui se joue mais ce fut un bonheur ! J’ai eu un plaisir fou à jouer avec Alain. Nous avons tout de suite eu l’impression de nous connaître depuis toujours. Tout était évident. C’était presque un danger. J’avais tellement de plaisir à jouer face à lui que nous risquions de paraître trop complices. Mais il est préférable de jouer l’opposition avec quelqu’un pour qui on éprouve de la sympathie. Le dernier jour, on a vraiment fait un concours de ricochets et je me suis à moitié démis le bras ! Quelque chose d’enfantin est resté en chacun de nous et c’est une chance. Avec Mathilde, les scènes étaient denses, très belles. Il était question du destin d’un gamin et elle était magnifique de pudeur, d’émotion et de volonté. Fred Testot est aussi remarquable dans le rôle de ce curé. Garder notre sérieux a été parfois très compliqué ! Nous avons fait ensemble la photo de classe et le match de foot dont il tente d’être l’arbitre...
Vous semblez heureux de faire plus de cinéma. Qu’y trouvez-vous ?
Depuis peu, le cinéma vient à moi et je l’accueille avec plaisir. J’y trouve une façon d’exister vis-à-vis de la caméra, une manière très déconstruite de tenir un personnage. Je retrouve aussi quelque chose d’une époque où j’avais la chance d’expérimenter au théâtre ce que le cinéma ne me permettait pas encore. Je suis arrivé novice au cinéma et l’expérience du rôle de Gainsbourg (vie Héroïque) a été à la fois violente et très agréable. Ce que je vis actuellement avec le cinéma a quelque chose de l’ordre de l’adolescence. En jouant Maître Merlin, il n’y avait pas la peur telle que je l’ai connue au moment de la préparation de Gainsbourg. Les contours du rôle de Merlin étaient moins clairs pour moi. C’était à moi de les imposer. Il fallait que je fasse avec ma matière.
Comment avez-vous approché le personnage ?
Je me suis efforcé de rester dans une forme de neutralité, d’être un peu en creux, et surtout de rester tourné vers les enfants qui sont au centre de l’histoire. Mon rêve n’était cependant pas d’être invisible et il y a des scènes où mon personnage n’est pas seulement un repère, mais où il devient aussi un moteur. Pour jouer un personnage face à ces enfants, il faut être très présent, exister très fort. Mais je n’ai pas du tout essayé de le construire de l’extérieur, juste d’être là. Bizarrement, cela peut faire assez peur, mais j’avais confiance dans le regard de Yann.
Que pensez-vous que ce film puisse apporter au public d’aujourd’hui ?
L’histoire parle aux petits comme aux grands, et l’époque choisie par Yann pour la raconter a le mérite de clarifier les thèmes. En nous éloignant un peu de notre quotidien, certaines choses deviennent plus claires. La place des femmes est par exemple plus grande, et c’est l’occasion de constater le chemin parcouru, ou pas. Les enfants apportent une fraîcheur, une énergie, qui prennent du sens dans cette histoire. Leur force de vie fait beaucoup de bien. J’ai adoré les retrouver tout au long du tournage et je crois que le public aimera les suivre. C’est un beau moment partagé avec eux. Rencontre avec Yann Samuell, scénariste et réalisateurComment avez-vous réagi lorsque que l’on vous a proposé d’adapter La Guerre des boutons ?
Je me suis immédiatement dit : « Attention classique », d’autant que parmi les quatre précédentes adaptations cinématographiques, celle d’Yves Robert est passée à la postérité. Sur les quatre films que j’ai réalisés, trois abordent le thème de l’enfance : la réconciliation enfant/adulte avec L’âge De Raison ; la persistance de l’enfance sur une vie adulte avec Jeux D'Enfants ; et même l’après-vie d’un enfant fantôme avec The Great Ghost Rescue, en cours de finition. Il me fallait conclure dans un ultime opus : la république des enfants. Comment les enfants perçoivent-ils la responsabilité, la société et l’égalité ? Et puis un autre thème préside à la construction de l’ensemble de mes scénarii : la féminité. Armé de ces deux flambeaux, j’ai immédiatement eu la vision claire de ce que pourrait être la trame de mon adaptation de La Guerre des boutons : un film jubilatoire, un souffle de liberté. Restituer à l’enfance le goût des plaisirs authentiques au contact d’un monde que seule leur volonté et leur candeur façonnent... Rencontre avec Marc du Pontavice, producteurComment avez-vous eu l’idée de revisiter l’œuvre de Louis Pergaud ?
J’avais lu le livre étant enfant, et l’adaptation d’Yves Robert avait ensuite pris une place énorme dans l’esprit des gens. C’est un classique, que toutes les familles ont visité à un moment ou un autre de leur histoire. Le livre reste très présent – déjà parce qu’il fait partie du programme scolaire au collège, comme j’ai pu m’en rendre compte avec mon propre fils. Alors qu’il avait à le lire, je me suis amusé à le parcourir et je me suis pris au jeu. Ce n’est pas un livre oublié ou poussiéreux, loin de là. Je n’avais alors aucune idée en tête parce que le film d’Yves Robert était déjà passé par là et nous avait tous beaucoup marqués. Rencontre avec Mathilde Seigner, interprète de la Mère LebracQu’est-ce qui vous a attirée dans le projet ?
J’avais énormément aimé le film d’Yves Robert, mais je ne connaissais pas le livre. Le scénario puis ma rencontre avec Yann m’ont donné l’envie de participer à ce projet. Sa version apporte beaucoup de choses et il a un vrai point de vue. Même si les enfants d’aujourd’hui ont peut-être déjà vu La guerre des boutons, cette nouvelle adaptation m’a semblé intéressante. Rencontre avec Fred Testot, interprète du Père SimonQuel souvenir gardiez-vous de La guerre des boutons ?
À travers le film d’Yves Robert que j’avais vu plusieurs fois étant petit, je conservais plus une impression qu’un souvenir. Il m’en restait quelque chose de l’enfance, l’image vivante d’une bande de jeunes qui font des âneries entre eux dans des villages. J’en gardais une atmosphère, beaucoup de rigolades, de bons sentiments accompagnés d’un petit message. J’ai trouvé très bonne l’idée de réactualiser cette histoire et les sentiments qu’elle m’avait inspirés. Rencontre avec Alain Chabat, interprète de Monsieur LabruQuel souvenir aviez-vous de La guerre des boutons ?
Un peu comme tout le monde, je connaissais le film d’Yves Robert pour l’avoir vu à la télévision quand j’avais environ douze ans. Une image m’avait marqué : celle des enfants qui couraient tout nus. Je m’étais demandé comment ils avaient fait pour tourner. Je m’étais identifié à eux, je trouvais ça très gonflé. |
|
|