Rencontre avec Alain Chabat, interprète de Monsieur LabruQuel souvenir aviez-vous de La guerre des boutons ?
Un peu comme tout le monde, je connaissais le film d’Yves Robert pour l’avoir vu à la télévision quand j’avais environ douze ans. Une image m’avait marqué : celle des enfants qui couraient tout nus. Je m’étais demandé comment ils avaient fait pour tourner. Je m’étais identifié à eux, je trouvais ça très gonflé.
Qu’est-ce qui vous a tenté dans le projet de Yann ?
J’avais énormément aimé ses précédents films, et travailler avec lui me tentait. La façon dont il m’a parlé de son projet m’a encore plus convaincu. Il voyait ce film comme une espèce de conclusion à ses deux précédents. C’est d’abord un film sur les enfants, même si les adultes ont de vrais rôles. Tout en étant très souple, Yann savait exactement ce qu’il souhaitait. Il a adapté sa manière de tourner pour profiter de ce que les petits offraient. J’aimais beaucoup que dans son scénario, il inverse parfois les rôles, avec des adultes très immatures et des enfants très responsables. Il a su jouer avec les codes. J’aimais beaucoup l’idée que les instituteurs soient conformes à l’idée que l’on peut avoir d’eux, mais on découvre aussi les affreux gamins qu’ils ont été et qu’ils sont encore un peu. De même, la mère Lebrac (interprétée par Mathilde Seigner) cette femme responsable, est un peu désemparée, ce qui la rend touchante. Yann fait ressortir la part d’enfant de chacun des rôles quel que soit leur âge.
Votre enfance a-t-elle ressemblé à celle de ces enfants ?
Ce n’étaient pas les mêmes décors ni les mêmes culottes courtes, mais j’ai des souvenirs semblables. Je ne sais pas si les choses changent vraiment. Quels que soient les codes, les lieux, les manières, n’importe où, on vit cette phase essentielle de la vie, où l’imagination et la liberté ont leur place.
À votre avis, qu’apporte cette nouvelle version ?
Yann a vraiment réussi à réinventer le classique et à lui apporter quelque chose de notre époque. Il y a du rythme, des idées, et des filles qui ne sont pas seulement là pour faire joli ou recoudre les boutons ! Même si le contexte est « un film d’époque », les rapports, la problématique des enfants et leur regard sur les adultes, sont très actuels. Les années 60, c’est aussi une des dernières périodes de l’histoire, en tout cas pour ma génération, où l’enfance « idéale » était encore possible. Même si on sait que la cruauté, la violence étaient aussi présentes, il va chercher une espèce d’innocence dans cette époque.
Vous jouez Labru, l’instituteur des enfants du village ennemi. Pouvez-vous nous en parler ?
C’est un personnage qui n’est pas très présent mais qui porte l’opposition des deux camps à un autre niveau. Il est le maître des ennemis mais il est aussi l’ennemi du maître des héros. Il y a entre eux une guerre bon enfant qui perdure de génération en génération. Les rapports entre Merlin et Labru sont assez jubilatoires. Cette tradition de guerre qu’ils entretiennent et jouent sans être tout à fait dupes... Cachés des regards extérieurs, peut-être vont-ils se retrouver comme des mômes à rejouer et revivre enfin.
Comment avez-vous investi ce personnage ?
Labru possède plusieurs facettes : c’est un instituteur qui enseigne aux enfants de son village, c’est un coq lorsque l’on s’en prend à eux, et c’est un ancien gamin qui n’a rien oublié de la rivalité et de l’enfance vécue avec Merlin. Un des plaisirs au cinéma est de pouvoir se faire une autre tête. J’ai regardé des photos des instits de cette époque et j’ai aussi des souvenirs de ces nuques très rasées avec peu de cheveux graissés au Pento. Cette coupe de cheveux me donne une attitude plus stricte, induisant quelque chose de raide dans le corps. Ces éléments et le costume m’ont bien aidé. J’ai aussi essayé de modifier un peu ma voix, ma diction, d’avoir une articulation plus précise de toutes les négations. Une expérience intéressante pour moi qui était plutôt du côté des cancres.
Sur ce film, vous jouez beaucoup face à des enfants, et ils vous adorent dans tout ce que vous faites. Comment avez- vous vécu le fait de tourner pour la première fois avec autant d’enfants ?
J’avais déjà tourné avec un enfant dans le film de Maurice Barthélémy, Papa, et j’ai souvent des enfants comme partenaires, mais je n’avais effectivement jamais tourné avec un aussi grand nombre. Tout s’est passé naturellement. Les gamins étaient bons, disciplinés, respectueux de tous et rigolos. Il fallait être à la hauteur de l’énergie qu’ils envoyaient dans le jeu.
Parlez-nous du jeu avec Eric Elmosnino...
C’est un acteur fantastique, rapide, sans cesse incroyablement créatif, au point que j’étais parfois assez spectateur de son jeu. Il fallait que je me concentre pour m’énerver sur lui au lieu de le regarder. Et, ce qui ne gâte rien, un type humainement délicieux. Merci à Yann qui m’a permis de le rencontrer. J’espère qu’on aura l’occasion de tourner à nouveau ensemble, un peu plus longtemps.
Comment avez-vous travaillé avec Yann ?
J’ai adoré la façon dont Yann se comportait avec les mômes, ni paternaliste ni condescendant, ni trop grand frère ni trop adulte. Il est naturellement juste et gentil sans être gnangnan. Ce film n’est pas un film de commande, mais puise dans des choses très profondes en lui. Il y est à sa place. Yann, très précis, très doux et ouvert aux propositions, m’a dirigé sans me laisser livré à moi-même. Il n’y a aucun décalage entre sa façon de diriger les enfants et les adultes. Il est aussi précis et doux avec tous. Comme il le voulait, les enfants étaient différents à chaque prise, ce qui peut permettre au film d’être plus moderne dans sa forme – on n’est pas dans l’illustration mais dans la vie.
Quel effet ce film peut-il avoir sur le public ?
J’espère simplement qu’il va lui donner le maximum de plaisir et d’émotion. Yann y a mis tout son cœur et toute son âme. Rencontre avec Eric Elmosnino, interprète de Maître MerlinQu’est-ce qui vous a tenté dans ce projet ?
En lisant le scénario, j’ai trouvé qu’il y avait une fraîcheur, une richesse qui restituaient l’essence de cette histoire avec l’énergie d’aujourd’hui. À travers un scénario très bien écrit, Yann a su garder le charme de l’œuvre en y apportant des choses très actuelles et très fortes. D’un point de vue plus personnel, j’ai été immédiatement intéressé par le fait que tout mon personnage se construit autour des enfants. C’est quelque chose que je n’avais jamais expérimenté et qui m’a tout de suite beaucoup tenté. Lorsque j’ai rencontré Yann, nous avons envisagé tout ce qu’il était possible d’inventer avec ces enfants qui n’avaient jamais tourné. À quoi s’attendre ? Pour moi qui suis plutôt habitué aux textes très écrits, c’était la promesse d’une expérience de jeu inhabituelle. Je devais rester en éveil en permanence parce qu’on ne savait jamais précisément dans quelle direction les choses allaient partir. J’adore être déstabilisé, cela me motive. Et cette promesse a été tenue au tournage. Les enfants choisis étaient remarquables et il y a eu beaucoup de petits miracles, une spontanéité et une vitalité incroyables. J’étais aussi très heureux de retrouver des partenaires adultes. Ce va-et-vient entre enfants et adultes était vraiment très agréable. Rencontre avec Yann Samuell, scénariste et réalisateurComment avez-vous réagi lorsque que l’on vous a proposé d’adapter La Guerre des boutons ?
Je me suis immédiatement dit : « Attention classique », d’autant que parmi les quatre précédentes adaptations cinématographiques, celle d’Yves Robert est passée à la postérité. Sur les quatre films que j’ai réalisés, trois abordent le thème de l’enfance : la réconciliation enfant/adulte avec L’âge De Raison ; la persistance de l’enfance sur une vie adulte avec Jeux D'Enfants ; et même l’après-vie d’un enfant fantôme avec The Great Ghost Rescue, en cours de finition. Il me fallait conclure dans un ultime opus : la république des enfants. Comment les enfants perçoivent-ils la responsabilité, la société et l’égalité ? Et puis un autre thème préside à la construction de l’ensemble de mes scénarii : la féminité. Armé de ces deux flambeaux, j’ai immédiatement eu la vision claire de ce que pourrait être la trame de mon adaptation de La Guerre des boutons : un film jubilatoire, un souffle de liberté. Restituer à l’enfance le goût des plaisirs authentiques au contact d’un monde que seule leur volonté et leur candeur façonnent... Rencontre avec Marc du Pontavice, producteurComment avez-vous eu l’idée de revisiter l’œuvre de Louis Pergaud ?
J’avais lu le livre étant enfant, et l’adaptation d’Yves Robert avait ensuite pris une place énorme dans l’esprit des gens. C’est un classique, que toutes les familles ont visité à un moment ou un autre de leur histoire. Le livre reste très présent – déjà parce qu’il fait partie du programme scolaire au collège, comme j’ai pu m’en rendre compte avec mon propre fils. Alors qu’il avait à le lire, je me suis amusé à le parcourir et je me suis pris au jeu. Ce n’est pas un livre oublié ou poussiéreux, loin de là. Je n’avais alors aucune idée en tête parce que le film d’Yves Robert était déjà passé par là et nous avait tous beaucoup marqués. Rencontre avec Mathilde Seigner, interprète de la Mère LebracQu’est-ce qui vous a attirée dans le projet ?
J’avais énormément aimé le film d’Yves Robert, mais je ne connaissais pas le livre. Le scénario puis ma rencontre avec Yann m’ont donné l’envie de participer à ce projet. Sa version apporte beaucoup de choses et il a un vrai point de vue. Même si les enfants d’aujourd’hui ont peut-être déjà vu La guerre des boutons, cette nouvelle adaptation m’a semblé intéressante. Rencontre avec Fred Testot, interprète du Père SimonQuel souvenir gardiez-vous de La guerre des boutons ?
À travers le film d’Yves Robert que j’avais vu plusieurs fois étant petit, je conservais plus une impression qu’un souvenir. Il m’en restait quelque chose de l’enfance, l’image vivante d’une bande de jeunes qui font des âneries entre eux dans des villages. J’en gardais une atmosphère, beaucoup de rigolades, de bons sentiments accompagnés d’un petit message. J’ai trouvé très bonne l’idée de réactualiser cette histoire et les sentiments qu’elle m’avait inspirés. |
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