Notes de Prod. : La Guerre Selon Charlie Wilson

    en DVD le 05 Août 2008

Notes de production



En 1979, le député Charlie Wilson représentait depuis six ans le Deuxième District du Texas au Congrès.
Personnage haut en couleurs, le pittoresque " libéral de Lufkin " s'était forgé une image pour le moins originale par son soutien aux minorités et aux personnes défavorisées, et sa défense de l'avortement dans une des régions les plus dévotes des États-Unis. Ses électeurs – parmi lesquels de nombreux supporters noirs – l'adoraient.
À Washington, Wilson était surtout connu pour ses frasques, ses belles et peu farouches assistantes, ses conquêtes, son goût pour les boissons fortes. Il avait été mêlé à bien des scandales, dont aucun ne l'avait durablement affecté.
Il fallut près de dix ans pour que le grand public découvre l'autre visage de Charlie et ses incroyables exploits.

En 1988, le journaliste George Crile consacra à Wilson une émission du programme 60 Minutes.
Quelques mois plus tard, Wilson l'invita à se joindre à une grande tournée à travers le Moyen-Orient, du Koweït à l'Irak puis à l'Arabie Saoudite – les trois pays qui seraient bientôt impliqués dans la Guerre du Golfe.
" Commença alors pour moi une odyssée d'une dizaine d'années ", déclare Crile.
Les aventures de Wilson, les intrigues échevelées, les improbables alliances qu'il avait orchestrées, les personnages hors norme qu'il avait côtoyés fascinèrent le reporter. Restait à expliquer comment des islamistes, des agents de la CIA, un politicien texan, une millionnaire, des marchands d'armes israéliens avaient pu s'associer pour mettre en échec l'armée la plus redoutée du monde…
Ainsi que l'explique l'éditrice Susan Lyne, épouse de Crile : " Aucun des protagonistes n'avait une vue complète des événements. Charlie savait seulement le rôle qu'il y avait joué ; idem pour Gust ; idem pour Joanne. George a dû encore consacrer de nombreuses années à interviewer à plusieurs reprises Charlie et Gust et à gagner un peu plus leur confiance. Ensuite, il lui a fallu assembler les pièces du puzzle et trouver un fil conducteur. Cela lui prit 13 ans. "

Barbara, la soeur de Crile, le soutint tout au long de cette entreprise, et c'est à elle qu'il dédia le livre.
" Je pense que George était séduit par le caractère profondément américain de cette histoire, qu'il aimait ces personnages imparfaits portés par des rêves grandioses, ces paysans de l'autre bout du monde qui se battaient pour leur terre. Des tas de gens rêvent de gloire sans parvenir à leurs fins, mais il arrive que trois ou quatre d'entre eux se retrouvent ensemble sous une bonne étoile et fassent un miracle. George aimait les histoires de rédemption. Celle-ci lui plaisait parce que ses héros, si inattendus, prouvaient que "les voies d'Allah sont impénétrables ".
Les Américains qui s'embarquèrent dans cette grande aventure étaient des outsiders et des déclassés. Ils n'y avaient pas leur place, mais ils prirent des risques, et l'Histoire leur donna raison. "


Le livre de Crile parut finalement en 2003 et devint un best-seller qui suscita rapidement l'intérêt de la communauté hollywoodienne.
Le producteur Gary Goetzman en entendit parler par un ami député qui lui en recommanda la lecture après lui avoir tracé un fascinant portrait de Charlie Wilson. Goetzman et son associé Tom Hanks suivirent le conseil et furent captivés par " cette histoire politique sans précédent ".
" Charlie avait été tellement impressionné par l'opiniâtre résistance des Moudjahidin à l'envahisseur soviétique qu'il décida de les aider… à sa façon, provocante, captivante et hilarante ", explique Goetzman.
" Nous nous sommes rués sur ce bouquin qui se lit d'une traite ", poursuit Hanks.
" Comme tous mes concitoyens, j'avais applaudi la victoire inespérée de ces Afghans dépenaillés. Je ne m'étais pas imaginé qu'elle résultait d'une vaste opération clandestine financée en sous-main par plusieurs pays, dont les États-Unis. "


Après avoir obtenu l'accord de George Crile, Goetzman et Hanks confièrent l'adaptation à un fin connaisseur de la scène politique : Aaron Sorkin, scénariste de " The West Wing " (A La Maison Blanche), Des Hommes D'Honneur et Le Président Et Miss Wade.

Aaron Sorkin :
" J'étais arrivé à la page 50 du livre lorsque j'appris que la société Playtone en avait acheté les droits. J'ai demandé à mon agent de m'arranger un rendez-vous avec Gary pour le persuader que j'étais le scénariste idéal. Gary, dans un rare moment de faiblesse, se laissa convaincre… "

Le prochain challenge consista pour Sorkin à " distiller " sous forme de scénario la matière de cet ouvrage complexe et richement documenté. Pour trouver le ton approprié, le scénariste commença par explorer lui-même l'univers dépeint avec tant de précision par le journaliste.

Aaron Sorkin :
" La rédaction de la première mouture me demanda près de huit mois de travail. Le livre se compose essentiellement d'une série d'interviews en profondeur qui n'ont rien de cinématographique. Les scénarios sont généralement construits en trois actes, ce qui n'était pas envisageable ici. Après m'être pas mal creusé la tête, j'ai fini par élaborer une structure en cinq actes. "

Durant ce processus, le scénariste eut plusieurs entrevues avec Crile, qui lui ouvrit généreusement sa documentation.
Il passa aussi un certain temps avec Charlie Wilson, dont il put apprécier le fair-play, l'humour sarcastique et la connaissance exhaustive du sujet. Le député approuva la démarche de Sorkin tout en remarquant que " Celui qui lit pour la première fois un scénario inspiré par sa vie a parfois l'impression qu'on a négligé certaines de ses initiatives les plus louables. Par la suite, il réalisera qu'on ne peut pas tout mettre dans un film, et certainement pas une vie entière. C'est quelque chose que j'ai rapidement accepté. "

Gary Goetzman :
" Dès notre première conversation téléphonique, j'ai découvert en Charlie l'homme le plus drôle, le plus chaleureux, le plus droit avec qui je me sois jamais entretenu d'un film. Charlie ne nous a jamais fait défaut, il a toujours été solide comme un roc et remarquablement informé des exigences de notre métier. "

Les producteurs collaborèrent avec Sorkin à l'adaptation du livre en s'attachant à " respecter la vérité basique des trois personnages et de leurs agissements. "

Tom Hanks :
" La guerre de Charlie aurait pu fournir la matière d'un documentaire fascinant. Mais un film de fiction traitant d'événements historiques impose des choix esthétiques très différents. Tout dans ce film sort du récit de Crile, mais le résultat final reflète l'apport d'une équipe basant son travail sur le scénario d'Aaron, lui-même imprégné de l'esprit du livre. "

La première mouture ayant satisfait Playtone et Sorkin, la production offrit à Mike Nichols la réalisation du film.
Nichols, dont la carrière théâtrale, cinématographique et télévisuelle couvre quatre décennies, a exploré les personnages les plus divers avec autant d'humour que d'intelligence et de sensibilité.

Gary Goetzman :
" Nous avons pensé que ce matériau pouvait l'intéresser. Les machinations politiques, le personnage de Charlie, ses exploits sidérants, ses rapports avec Gust, leurs échanges décapants… Joanne Herring, battante, glamour et sexy… tout cela constituait un formidable drame humain où la comédie surgit aux moments les inattendus. Bref, une histoire faite sur mesure pour Mike Nichols. "

Amis de longue date, Nichols et Hanks avaient failli tourner ensemble, et le comédien ne cache pas que l'oeuvre de Nichols l'a accompagné et influencé depuis ses débuts.
Pour Nichols, le projet s'engagea par une simple discussion : " Tom et Gary m'ont demandé de lire le livre. Je l'ai adoré et ai tout de suite accroché à leur proposition. Aaron Sorkin me paraissait un excellent choix. Enfin, Tom et moi sommes amis et je souhaitais depuis longtemps travailler avec lui. Il s'est montré encore plus brillant que je n'imaginais. "

Le réalisateur eut ensuite une rencontre fascinante avec Charlie Wilson.

Mike Nichols :
" Il a une présence phénoménale et une grande capacité d'écoute. Il est courtois, aimable, réfléchi et d'une franchise rare. C'est le seul politicien que je connaisse à refuser la langue de bois et à vous parler en toute spontanéité.
" L'histoire de ces trois personnages qui mirent à genoux un empire m'a impressionné. Ils reçurent une aide considérable de gens qu'ils avaient su motiver, mais, fondamentalement, c'est avec ces trois-là que tout démarra.
" On ne pas réalise pas toujours aujourd'hui la menace que représenta la Guerre froide et l'angoisse qu'elle engendra. La Crise des Missiles terrifia le monde entier car les Russes semblaient à deux doigts d'utiliser leurs armes de destruction massive. C'est une réalité historique, et l'on a peine à imaginer qu'il y avait alors un méchant qui faisait trembler toute la planète. "


Pour préparer le rôle, Hanks eut de nombreux entretiens avec Wilson portant sur : la politique, ses relations avec Joanne Herring et Gust Avrakotos, sa personnalité. L'ancien député se révéla le plus précieux des consultants, évoquant avec une sincérité rare ses succès comme ses faiblesses.

Tom Hanks :
" C'est un politicien consommé, d'une franchise surprenante. Un pur Texan doté d'un charme incroyable. Lorsque je lui ai demandé comment il réagirait à un adversaire décidé à l'évincer, qui lui reprocherait ses penchants pour la boisson, les femmes, les soirées chaudes, il a répliqué: " Mes opposants peuvent dire ce qui leur plaît, mais ils ne peuvent nier que nous avons fait passer plus de décrets que quiconque en faveur du Medicare, que nous avons pris davantage soin de nos anciens combattants, etc. "
" Charlie Wilson avait déjà consacré beaucoup de temps et d'énergie au livre de George. Il était habitué à ce qu'on l'interroge sur ses bons côtés, mais n'avait aucune objection à évoquer ses failles. Il nous l'a répété plus d'une fois : seule la vérité l'intéresse. "


Le casting


La Guerre Selon Charlie Wilson marque la deuxième collaboration de Nichols avec deux de ses comédiens favoris : Julia Roberts (Closer) et Philip Seymour Hoffman (" La Mouette ", à New York).

Mike Nichols :
" Julia déborde de créativité. C'est un bonheur de travailler avec cette merveilleuse actrice qui connaît si bien les comportements et les looks appropriés à son personnage. Julia est fascinante et constamment surprenante dans cet emploi nouveau pour elle. "

Julia Roberts :
" Je ne me serais sans doute pas vue spontanément dans ce genre de rôle, mais je suis ravie que Mike m'y ait imaginée. La Guerre Selon Charlie Wilson est un script fabuleux, bien plus riche et bien plus savoureux que la plupart des scénarios.
Joanne Herring est un personnage fabuleux, débordant d'énergie, mais profondément énigmatique – une masse de contradictions. Comment imaginer qu'une femme du monde richissime puisse s'intéresser aussi passionnément au sort des combattants afghans ?
" J'ai choisi de ne pas rencontrer Joanne avant d'avoir pris mes propres repères. C'est toujours un peu étrange d'incarner un personnage réel, et l'on doit faire attention à ne pas verser dans l'imitation. J'avais déjà ressenti cela sur Erin Brockovich, et j'ai donc préféré me documenter à fond en visionnant notamment l'émission de " 60 Minutes " consacrée à Charlie.
Lorsque nous nous sommes finalement rencontrées, Joanne s'est révélée totalement charmante, très gracieuse, d'une élégance immaculée… "


Mike Nichols :
" Bien que les protagonistes de La Guerre Selon Charlie Wilson soient basés sur des personnages réels, ils fonctionnent nécessairement comme des êtres de fiction et doivent se plier à la logique et aux exigences du récit. Ce qui amène l'acteur et moi à se poser ce genre de questions : "Qui est cette personne ? Comment vit-elle ? Qui aime-t-elle ? Comment s'habille-t-elle ?" Vous ne pouvez évidemment pas montrer tout ce qui lui est arrivé, mais vous pouvez décrire fidèlement ses comportements et ses propos. "

Le film marque la première rencontre à l'écran de Julia Roberts et Tom Hanks. " Mike travaille toujours avec le même noyau de collaborateurs ", rapporte l'actrice, " ce qui crée une ambiance de travail très confortable. À cela s'est ajoutée la présence de Tom, sa gentillesse, son énergie, son humour… tout ce que j'attendais de lui et encore plus. "
Philip Seymour Hoffman, qui incarne le bouillant agent de la CIA Gust Avrakotos, n'eut pas le loisir de rencontrer son modèle, décédé avant le début du tournage. Mais tous ceux qui ont connu ce dernier s'accordent sur l'étonnante justesse de son interprétation.

Mike Nichols :
" Phil et moi avions travaillé ensemble sur " La Mouette ", et il m'avait ébloui. Des acteurs de cette trempe se comptent sur les doigts d'une main. Phil est capable de vous émouvoir, de vous terrifier, de vous faire vivre des émotions intenses. En le voyant jouer ce personnage singulièrement imposant, cette force de la nature, que fut Gust Avrakotos, je me suis demandé si c'était bien le même homme qui avait joué le frêle et délicat Truman Capote. En vérité, il peut tout jouer. "

" Passionné d'actu ", Hoffman ne pouvait manquer de s'intéresser au contexte politique du film, et plus encore à ses personnages.

Philip Seymour Hoffman :
" Accro aux news, c'était passionnant d'étudier l'évolution du monde et de notre pays à travers les actions de Charlie et Gust. Car tout se tient. Mais, en fin de compte, ce sont ces personnages et leur histoire qui m'ont le plus accroché. Nous n'avions pas le moindre effort à faire pour les rendre plus pittoresques qu'ils n'étaient au naturel. C'était passionnant de les explorer "

Hoffman s'appuya sur le témoignage de certains des hommes qui avaient le mieux connu Gust. Il passa un certain temps avec le fils de l'agent et avec son successeur au Bureau Afghan, l'ancien agent Milt Bearden, conseiller CIA du film.
Wilson et Bearden se réjouirent de la façon dont il avait su capter la personnalité effervescente et haute en couleur d'Avrakotos : " Gust et toi seriez sans doute devenus amis", m'a déclaré Charlie Wilson, et je pense qu'il a raison ", dit aujourd'hui l'acteur.

Milt Bearden :
" Gust était un dur à cuire, vindicatif et fort en gueule. Cette image fut son gagne-pain. Hoffman l'a parfaitement rendue, en adoptant le look inquiétant de Gust, sa moustache, ses lunettes noires, son intensité. Dommage que Gust et George Crile ne soient plus là pour l'apprécier. "

Le quatrième rôle vedette : Bonnie Bach, la jeune et fringante assistante de Charlie Wilson, est un personnage composite, interprété par Amy Adams.

Mike Nichols :
" Je suis tombé amoureux d'Amy dans Junebug et j'ai encouragé tout le monde à aller la voir dans ce film. J'ai suivi après cela toute sa carrière, et j'ai eu un vrai bonheur à travailler avec elle. "

Amy Adams, qui a remporté cette année même un triomphe dans la comédie féerique Il était Une Fois..., avait tourné dans plusieurs épisodes de la série d'Aaron Sorkin A La Maison Blanche, et était rompue à son style de dialogue : " C'est toujours brillant et extrêmement rapide, mais j'ai essayé de jouer mes échanges avec Tom de façon réaliste pour mettre en valeur l'intelligence aiguë, le culot et la vitalité de Bonnie. "

Les autres rôles clés sont tenus par Ned Beatty (Doc Long, chef de la sous-commission de la Défense que Wilson convainc d'aider les Moudjahidin), Emily Blunt (la pudique mais brûlante Jane Liddle), Om Puri (le président pakistanais Zia ul-Haq), Ken Stott (le marchand d'armes israélien Zvi Rafiah) et Jud Taylor (la starlette texane Crystal Lee).

Décors et costumes


Du Maroc à L.A. : extérieurs et tournage

Les prises de vues débutèrent au Maroc, choisi pour " doubler " à la fois le Pakistan et l'Afghanistan.
Jere Van Dyk, expert des questions afghanes, et Milt Bearden, chef de la CIA au Pakistan de 1986 à 1989, garantirent l'authenticité de la reconstitution dans ses moindres détails. Van Dyk s'était infiltré dans le pays en 1981 et avait partagé le quotidien des Moudjahidin, dont il évoqua les combats dans le New York Times puis dans un livre.
Bearden, ainsi que Crile l'indique dans son livre, avait été personnellement recruté par Avrakotos pour lui succéder à Islamabad et révéla une " habileté diabolique " durant les trois années que durèrent les opérations secrètes en Afghanistan.
" Il n'était pas du genre à se laisser marcher sur les pieds par Gust, et Avrakotos ne l'en appréciait que plus pour cela", observe Crile. "Bearden était un Texan type, un formidable raconteur, un " vendeur " né et un client des plus retors. "

La production recréa dans les montagnes de l'Atlas les camps de réfugiés afghans avec une précision et un luxe de détails qui firent l'admiration de Dyk et Bearden. " Quand j'ai vu tous ces gens, ces familles, ces enfants, j'ai eu l'impression de me retrouver en Afghanistan au début des années 80 ", déclare l'ancien agent.
Bearden fut abondamment sollicité par Nichols et son équipe à propos d'une myriade de détails : habitat, langage, vêtements, accessoires, maniement des armes, etc. Ce souci d'authenticité s'imposait particulièrement pour l'épisode du camp de réfugiés, car ainsi que le note Bearden, " C'est là que Charlie s'est vraiment engagé dans sa guerre – une guerre qu'il poursuivit sans relâche jusqu'au retrait de l'envahisseur. "


L'équipe tourna aussi dans un palais de Rabat avant de gagner L.A. et de tourner l'opulente séquence de la soirée Herring dans l'ancienne Résidence Chandler de Hancock Park. Le chef décorateur Victor Kempster recréa aux studios Paramount une suite de Las Vegas équipe d'une baignoire géante pour soirées chaudes ainsi qu'un couloir du congrès grandeur nature, reconstitué à l'aide de photos et des plans originaux.

Charlie Wilson :
" La reconstitution du Speaker's Lobby est une pure merveille. Je ne sais pas comment ils se sont débrouillés pour avoir un carrelage similaire et pour accrocher au mur les portraits des anciens Speakers. C'est spectaculaire ! "

Nichols fit appel à plusieurs de ses collaborateurs familiers, dont le chef opérateur Stephen Goldblatt, qui a déjà éclairé deux de ses films.
Comme nombre de ces " vétérans ", celui-ci travailla en étroite coordination avec les collaborateurs réguliers des Productions Playtone de Tom Hanks, dont le chef décorateur Victor Kempster, afin de restituer l'image la plus exacte de cette période. "I déalement, le public devrait oublier la caméra, les lumières, la déco et se laisser porter par le spectacle ", observe Nichols. " Avec de la chance, les événements et l'histoire devraient vous faire totalement oublier la technique. "

Épaulettes et bottes de cow-boy : les costumes

Le chef costumier Albert Wolsky et son équipe durent habiller pas moins de 900 figurants pour les scènes du camp, destinées à être filmées durant le Ramadan.

Albert Wolsky :
" Tout devait être en place avant cette période et nous avons dû dépêcher un chef habilleur deux mois à l'avant. Pendant ce temps-là, nous avions des gens qui travaillaient pour nous en Afghanistan et au Pakistan.
Nous ne pouvions évidemment pas utiliser les costumes d'origine, mais notre intermédiaire en Afghanistan a pris contact avec des fripiers de Kaboul et a envoyé au Maroc des vêtements qui furent " patinés " et usés sur place. "

La recréation des costumes américains du début des années 80 se révéla plus ardue qu'on ne s'y attendait.

Albert Wolsky :
" Il est relativement plus facile de reconstituer des périodes anciennes qu'une époque dont les gens se souviennent bien. Il faut aussi choisir avec soin ses références : ce serait par exemple une erreur de s'inspirer des costumes de Dynastie, car ils étaient déjà une création, une interprétation, une caricature de la réalité.
" Charlie Wilson prônait la simplicité dans la vie, mais son style vestimentaire était tout sauf simple. J'ai été agréablement surpris de pouvoir l'approcher avec Tom, et même d'obtenir l'une de ses chemises pour m'en inspirer. Charlie aimait un certain type de col, il affectionnait
les épaulettes, les bretelles et aussi ces bottes qui aidèrent Tom à retrouver sa démarche chaloupée. "


Wolsky avait déjà habillé Julia Roberts sur L'Affaire Pelican et Just Married (ou Presque).
Il créa cette fois pour elle une garde-robe élégante et sophistiquée dans des tons ébène contrastant avec la blondeur lumineuse de Joanne Herring. L'actrice posa pour un tableau en pied de Joanne en robe du soir décolletée, qu'on peut voir dans la scène de la réception. Dans cette même scène, Hanks arbore une veste de smoking blanche en hommage à Humphrey Bogart dans Casablanca (le film favori de Charlie Wilson).

Quelques repères historiques


L'invasion de l'Afghanistan commença en décembre 1979. La CIA scrutait depuis l'été les mouvements des troupes soviétiques dans la région, dont elle rendait compte à la Maison Blanche.
L'opération ne surprit pas les observateurs, mais " radicalisa " l'attitude du Président Carter à l'égard de l'URSS. " Il comprit que les Soviétiques pouvaient vraiment devenir méchants, et qu'il convenait de réagir avec fermeté ", indique Crile. " L'Amérique s'interrogeait surtout sur la rationalité du clan Brejnev, qui aurait dû savoir que cette invasion allait pourrir ses rapports avec l'Ouest. "
L'administration Carter ne pouvait cependant user de force, de crainte de déclencher un conflit majeur. Carter prit cependant un certain nombre de mesures, notamment en vue de protéger l'accès aux gisements pétrolifères du Moyen-Orient, et autorisa en secret la CIA à agir contre l'Armée Rouge.

L'Agence avait pour principe de ne jamais utiliser d'armes d'origine américaine. Les premières armes légères et munitions adressées aux Moudjahidin provenaient donc d'un modeste " trésor de guerre " d'origine soviétique. Il s'agissait malheureusement d'un matériel obsolète, datant de la Première Guerre, et totalement inadapté au contexte. Confronté à la résistance opiniâtre du peuple afghan, l'URSS réagit avec une extrême brutalité, lançant ses chars et ses jets à l'assaut des villages " rebelles ". Des milliers d'Afghans prirent bientôt le chemin de l'exil pour se réfugier au Pakistan et en Iran.

Charlie Wilson, délégué du Deuxième District du Texas à la Chambre des Représentants, vouait une haine tenace à l'Union Soviétique. Il occupait un poste stratégique au sous-comité de financement de la Défense et entretenait une relation avec une millionnaire texane aussi décidée que lui à chasser l'envahisseur russe.
" Joanne me contacta en 1981 alors que j'avais déjà doublé les dotations en armes aux Moudjahidin. Ce n'était encore qu'une très modeste riposte aux horreurs commises, et nul ne croyait alors les Afghans capables de résister longtemps. Mais Joanne s'était investie dans une mission. Consul honoraire au Pakistan, elle avait l'entière confiance du président Zia, et fit en sorte que je me rende à la frontière du Pakistan et de l'Afghanistan. Cette expérience restera à jamais gravée dans ma mémoire. La vue de ces camps, de ces hôpitaux où s'entassaient des enfants victimes des mines soviétiques changea le cours de ma vie et détermina mon action pour les dix années à venir. Je suis reparti avec la ferme intention de faire payer aux Soviétiques ces exactions et d'aider au mieux la résistance afghane. "

De retour à Washington, Wilson trouva un allié de poids en la personne de l'agent de la CIA Gust Avrakotos, un battant atypique, de modeste origine, perpétuellement en bisbille avec sa hiérarchie et ravi à l'idée d'affronter les Soviétiques.
" Comme Wilson, il se sentit immédiatement complice des Afghans ", indique Crile. " C'étaient des tueurs assoiffés de vengeance. Lui aussi. "
Avrakotos, Wilson et une poignée d'agents concoctèrent alors un plan complexe pour fournir des armes aux Moudjahidin et les entraîner en mettant à contribution le Pakistan, Israël, l'Arabie Saoudite et la Chine. Leur folle stratégie réussit au-delà de toute espérance : en 1989, l'Armée rouge se retira…

" C'était l'armée la plus redoutée du monde ", rappelle Wilson. " On la croyait invincible. Des paysans illettrés aux pieds nus avaient osé leur opposer de vieilles pétoires, et j'ai pensé qu'en leur fournissant des armes plus sophistiquées pour détruire les chars et hélicoptères soviétiques, ils arriveraient peut-être à chasser l'envahisseur. Personne d'autre que moi et Gust n'y croyait. Et pourtant…
" Contribuer à ce film a été l'une des plus belles expériences d'une vie qui fut tout sauf monotone. J'ai été profondément impressionné par le talent de Mike Nichols et son sens scrupuleux du détail, et ce n'était pas rien non plus d'entendre Tom Hanks reprendre mes paroles et m'appeler Charlie… "

Et Mike Nichols de conclure : " Un homme qui a mis l'Union Soviétique en échec a quelque raison de se sentir heureux. Je pense aussi qu'il mérite d'être salué. "

Notes de tournage

Janvier 2006 - Julia Roberts de retour au cinéma en jolie Texane ?
Julia Roberts (Le sourire de Mona Lisa) est actuellement en pourparlers pour jouer aux côtés de Tom Hanks (Le Terminal) dans Charlie Wilson's War. Ce rôle signerait le grand retour de l'actrice la mieux payée d'Hollywood après des mois d'absence sur nos écrans en raison notamment de la naissance de ses jumeaux à la fin de l'année 2004...
 

Box-office au 15 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 128 377 entrées
  • Cumul IDF : 260 123 entrées

  • 1ère semaine France : 280 835 entrées
  • Cumul France : 560 800 entrées