Ces retrouvailles avec Pierre Schoendoerffer, c’est quelque chose que vous espériez ?
Oui. Absolument. Le Crabe-Tambour est un des films que j’ai faits dans ma petite carriè-re d’acteur qui m’ont le plus impressionné. Ce film, cette vie, ce tournage, l’Atlantique nord, Saint-Pierre et Miquelon, Le Jauréguiberry, le mois de janvier, les tempêtes… Et puis une histoire qui racontait des choses qui me parlaient tellement… Alors, ça m’a beaucoup touché que Pierre pense à moi pour la distribution de Là-Haut.
Vous avez été stimulé par le scénario ? Votre personnage ?
J’ai d’abord trouvé que c’était impressionnant de voir ces personnages, que l’on découvre tout d’abord vieux, pour ensuite les retrouver dans leur pleine jeunesse. Le mien, assez peu. Il n’y a qu’un flashback. Et ces personnages retrouvent leur passé, comme le fait Pierre toujours par rapport à cette époque, par rapport à sa vie d’avant. Il est à la recherche d’un temps perdu. C’est une boutade, mais c’est vrai qu’il est toujours à la recherche de ces événements qui se sont passés en Asie. C’est un amoureux de ces régions. Et, je trouve que lui seul sait bien parler de notre armée à cette époque-là. Pierre n’est pas un nostalgique mais un homme, qui, comme moi, n’a pas oublié que l’armée, à cette époque, était formée de ceux qui nous avaient libérés en 1944. Ceux qui sont partis se battre en Indochine, n’étaient pas, comme ceux qu’on a voulu nous représenter ensui-te en Algérie, des tortionnaires. C’était la France qui allait se battre dans ce qu’elle avait de meilleur. On a changé, bien sûr. On a compris que beaucoup de choses avaient évolué.
En tout cas, je peux dire que l’âme de Schoendoerffer transparaît toujours dans ses films et je le ressens très bien.
Parlez-nous de votre personnage…
Lui, c’est un nostalgique. Il n’a pas été dans l’armée. Il est rédacteur en chef du Figaro. Mais il a connu tous ces personnages : le colonel joué par Cremer, rencontré chez les montagnards, au Laos… Il cultive depuis une espèce de regret de l’Asie. Un beau jour, il décide de tout quitter pour retourner là-bas, pour y vivre et pourquoi pas y mourir… "Adieu veille Europe, que le diable t’emporte…" Cette phrase prononcée déjà dans Le Crabe-tambour avec un peu de désespoir par ces hommes qui étaient assis entre deux chaises, entre une époque de leur jeunesse où ils croyaient à plein de choses et puis à cette époque où ils ne croient plus tellement, ont un mal de vivre terrible. Etant donné que j’ai cet âge-là, sans avoir vécu ces choses-là, je les ai ressenties à travers tous les personnages que Pierre a mis en scène.
Schoendoerffer, c’est un cinéaste à part en France ?
Tout à fait ! Et qui parle à beaucoup de gens. Pour eux, depuis Le Crabe-tambour, je fais partie de la "famille" de Pierre, avec Perrin, Cremer, Dufilho, Rochefort…