Du roman à l’écran
Quelques mois avant la parution du roman de Tracy Chevalier, le producteur
Andy Paterson et son épouse, la scénariste
Olivia Hetreed, ont la chance de lire le manuscrit de La Jeune fille à la perle. “Quel bonheur. Je l’ai lu d’une seule traite, clouée à ma chaise. J’étais captivée, subjuguée.” se souvient
Olivia Hetreed. “J’ai été saisi d’admiration pour Griet, son calme, son assurance et sa détermination à suivre son instinct. Et ce n’était pas facile à une époque où une jeune fille de son âge et de son milieu était emprisonnée par des contraintes inimaginables” ajoute
Andy Paterson. “Il ne faut pas s’arrêter à l’anecdote, au détail de la vie quotidienne chez les Vermeer. Pour moi, cette histoire se lit comme un film noir. J’ai également beaucoup aimé la façon dont Tracy Chevalier a utilisé les quelques points connus de la vie de Vermeer pour imaginer celle deson modèle.”
Dès la lecture du manuscrit, et avant même que le livre ne prenne place sur les étagères des libraires,
Andy Paterson et son associé, le réalisateur- producteur
Anand Tucker, réussissent à convaincre Tracy Chevalier de leur vendre les droits. Mais la concurrence est rude : nombreux sont les producteurs intéressés par l’adaptation de ce roman au grand écran. “Andy et Anand forment une bonne équipe. Ils m’ont
vite convaincue qu’ils resteraient fidèles à l’esprit de mon roman.” témoigne Tracy Chevalier.
L’inspiration
Le tableau, La Jeune fille à la perle, peint vers 1665- 1666, se trouve en dépôt permanent au Musée Mauritshuis à La Haye, aux Pays- Bas. L’identité du modèle reste aujourd’hui inconnue. Tracy Chevalier se souvient du poster représentant le chef d’oeuvre de Vermeer punaisé sur le mur de sa chambre de jeune fille. “J’étais dans mon lit à rêvasser devant le visage de cette jeune fille peinte par Vermeer quand je me suis dit : “mais qu’a- t- il bien pu lui faire pour qu’elle apparaisse ainsi, à la fois triste et heureuse ?”
Cette interrogation a continué à vivre en moi. Alors je me suis mise au travail et, en trois jours, j’avais construit toute l’histoire. C’était évident, l’expression de son visage disait tout. Vermeer m’avait en fait mâché le travail !”
Andy Paterson témoigne : “L’histoire racontée par Tracy correspond en tout point à ce que nous savons du peintre, de sa maison, de sa famille, de ses soucis d’argent, de sa dépendance vis- à- vis de son mécène et employeur, et enfin de sa fascination pour la chambre obscure, la camera obscura. L’adéquation étroite entre la vérité historique et l’imagination de Tracy Chevalier fonctionne parfaitement. Elle est illustrée, par exemple, dans la scène où Griet déplace la chaise du tableau que peint alors Vermeer, le célèbre Femme à la cruche d’eau. Quand des experts ont passé le tableau aux rayons- X, ils ont en effet découvert que l’artiste avait peint une chaise devant la table avant de la faire disparaître dans l’oeuvre finale. Tracy a utilisé ce fait historique pour nourrir la relation entre Griet et Vermeer. Toute l’histoire est le fruit de son imagination mais elle sonne absolument vrai. `
Le réalisateur Peter Webber
L’idée de confier la réalisation du film à
Peter Webber vient des producteurs
Andy Paterson et
Anand Tucker : “Nous connaissions Peter depuis le temps où il était monteur puis réalisateur de documentaires et de dramatiques pour la télévision. A l’évidence, un jour Peter s’essaierait au cinéma. Nous avons voulu que ce soit avec nous. Sa culture cinématographique est colossale.
Colin Firth,
Scarlett Johansson, et
Tom Wilkinson ne s’y sont pas trompés et se sont sentis à l’aise avec lui. Olivia, Peter et moi-même, avons commencé notre carrière dans les salles de montage et partageons la même passion de la narration.”
Griet : Scarlett Johansson
Trouver celle qui devait incarner la jeune fille d’une famille pauvre de Hollande au XVII siècle était un véritable défi. “Le rôle a suscité dès le début beaucoup d’intérêt au sein de la génération montante de jeunes premières anglaises et américaines. Quand nous avons ren-
contré Scarlett pour la première fois, c’était une adolescente new- yorkaise en route pour un match de baseball. La deuxième fois, elle était devenue Griet.” se rappelle
Andy Paterson. “Malgré son jeune âge, Scarlett est une pro et a travaillé dans ce milieu plus longtemps que moi !” plaisante
Peter Webber. “Scarlett a également une voix, une visage et une force peu
commune chez les actrices de son âge. Et puis elle a une qualité des stars du muet : son regard vous hypnotise.”
Scarlett Johansson espère que la décision finale de Griet laissera au spectateur une impression d’optimisme : “L’émotion d’une jeune fille qui aime sans espoir de retour est universelle. On ne peut pas toujours posséder ce que l’on désire mais la vie ne s’arrête pas pour autant.”.
Vermeer : Colin Firth
Colin Firth n’a pas encore lu le roman de Tracy Chevalier quand
Andy Paterson et
Peter Webber le contactent pour interpréter le rôle du maître flamand. Pourtant, il accepte très vite, sans hésiter, leur proposition : “Ce scénario était tellement frais tout en tenant un propos sérieux, grave, qualité rare en ces temps de “comédie romantique.” Pour
Colin Firth, personnifier Vermeer était un défi : “L’action se réduit au minimum, le drame qui se joue appartient à l’ordre du non- dit entre les personnages. Un peu comme un tableau de Vermeer.”
Colin Firth, grand connaisseur de l’œuvre de Vermeer, n’a cependant pas appris à peindre pour le rôle. “Je suis si mauvais, tout apprentissage aurait été inutile.” explique- t- il. “Néanmoins, j’ai aisément imaginé que je savais peindre. De plus, les peintres, bons ou mauvais, tiennent leur pinceau de la même façon !” Avec
Peter Webber,
Colin Firth a pulaisser libre cours à son désir d’expérimenter plusieurs façons de jouer la même scène.
Colin Firth tient à préciser que La Jeune fille à la perle n’a rien d’une leçon de peinture : “C’est davantage une exploration des sentiments entre un artiste et son modèle. Ou comment l’art peut venir bouleverser le cours d’une vie rangée.”
Les décors
Nous avons réalisé les intérieurs de cette époque en recherchant la plus grande fidélité à la réalité. Nous nous sommes plongés dans la peinture flamande du Siècle d’or, le XVII siècle” explique le chef décorateur
Ben Van Os. “Nous avons conçu la maison de Vermeer en nous fiant aux tableaux du peintre et avons veillé à recréer les mêmes aménagements à l’écran. Nous avons également construit le passage entre le canal, la cour de la maison et les pièces du rez- de- chaussée : elles sont toutes reliées par de grandes portes s’ouvrant à la suite les unes des autres. Il s’agissait de donner l’impression d’un vaste espace où il est impossible pour Griet de trouver le moindre refuge.”
“Peter et moi- même voulions également nous démarquer du regard parfois idéalisé des tableaux de Vermeer et introduire une dose de réalisme un peu plus noir pour montrer la vie
quotidienne des personnages et notamment des domestiques. La cour et les rues adjacentes ont été couvertes de boue et d’immondices.”
Quant aux scènes d’intérieur, elles se divisent en trois mondes distincts. La maison de Griet et de sa famille respire l’austérité du calvinisme ; la maison des Vermeer, catholiques, regorge de tableaux - n’oublions pas que Vermeer était aussi marchand et revendait des toiles de ses confrères. Les couleurs y sont flamboyantes. Enfin, l’intérieur du mécène Van Ruijven trahit
l’opulence et le pouvoir de celui qui l’habite, accumulant oeuvresd’art et curiosités venant du monde entier.