Le Delta du Parana
Déjà mythique du temps de la conquête espagnole, car les navires l’empruntaient pour acheminer l’or et l’argent du Nouveau Monde vers l’Europe, le Rio Paraná est aujourd’hui encore un fleuve magnifique et mystérieux. Il prend sa source au Brésil et descend vers l’Argentine jusqu’à rejoindre le Rio Uruguay. Il devient alors, aux abords de Buenos Aires, le Rio de la Plata (Le Fleuve de l’Argent). Avec ses 220 Km de rive à rive, c’est le fleuve le plus large au monde. Lorsqu’il se déverse dans le Rio de la Plata, le Paraná se divise en d’innombrables ramifications plus ou moins larges. Il forme alors le Delta du Paraná, véritable labyrinthe aquatique. Ce réseau complexe d’îles et îlots inondables s’est constitué au cours des siècles grâce au dépôt incessant des sédiments charriés par les eaux du fleuve.
Le Delta atteint aujourd’hui une superficie totale de 17 500 Km2. Le Delta du Paraná est un monde vivant, constamment en mouvement. Les sédiments s’accumulent sans trêve dans le Rio de la Plata provoquant une avancée permanente de ses îles sauvages vers le Sud, vers Buenos Aires. Le Delta avance d’environ 70 mètres par an. On estime que vers l’année 2237 la luxuriante végétation subtropicale de ses îles atteindra les rivages de la capitale Argentine. À proximité de la ville, ses rivières forment, en quelque sorte, une “Venise subtropicale”, où les touristes et les habitants de Buenos Aires viennent nombreux les week-ends profiter des loisirs qu’offre cet endroit unique. Mais au fur et à mesure que l’on s’aventure dans les terres, les lieux deviennent de plus en plus sauvages et les habitants se font rares. L’accès y est possible uniquement par bateau, au prix de longues heures de navigation dans un labyrinthe inextricable de rivières et ruisseaux jonchés d’obstacles dont seuls les autochtones connaissent les tours.
Au début du siècle, 30000 personnes vivaient dans le Delta. Un bon nombre d’entre elles était des immigrants venus d’Europe, qui avaient fui la guerre, la faim ou la pauvreté. Le Delta a connu une période d’essor formidable lorsqu’il était le potager de Buenos Aires, prospère et florissant. Mais les conditions climatiques extrêmes, les inondations et les gelées soudaines ont peu à peu eu raison de sa population. Aujourd’hui, sur les bords des rivières, on peut voir, en nombre, de vieilles maisons familiales vidées de leurs habitants et livrées à la force corrosive du fleuve. Ils ne sont plus que 3000 à vivre dispersés sur ce territoire devenu proportionnellement immense. -
Les Islenos
Les Isleños (habitants de L’Île), forment une communauté renfermée sur elle-même, où tous les membres se connaissent entre eux. Toute personne venue de l’extérieur est perçue comme un danger potentiel. Leur vie simple et précaire se déroule à l’abri des regards d’autrui. De ce fait, ils ne soignent que rarement leur apparence physique et portent en général les mêmes habits de travail jour après jour. Ces hommes et ses femmes ont besoin les uns des autres pour survivre au quotidien. Néanmoins, ils gardent toujours une distance prudente envers leur voisinage.
La contemplation quotidienne du fleuve et la solitude de leur travail dans l’immensité du paysage les rend quelque peu mélancoliques. Ce sont par nature des êtres calmes et silencieux.
Les Isleños ne possèdent en général que des embarcations précaires et peu aptes à entreprendre de longs voyages. Les quelques bateaux-bus qui s’aventurent jusqu’aux confins du Delta sont le seul lien avec le monde extérieur. Les conducteurs de ces bateaux-bus sont donc de fait des figures centrales et puissantes dans la vie communautaire.
La plupart des Isleños survivent en récoltant les roseaux qui poussent abondamment sur les rives. Une fois séchés, ces végétaux servent en effet à la fabrication de produits artisanaux. Ils vivent aussi de la pêche et du bois des peupliers qu’ils coupent pour le revendre aux papeteries de la ville.