Entretien avec Jean-Marc Barr Première approche
Raoul Ruiz a commencé par me contacter pour un tout autre projet que celui de La Maison Nucingen, Mademoiselle Christine, mais lors de la première lecture, nous avons reçu un fax nous informant que les droits du scénario, vendus par mégarde à une seconde personne, n’étaient plus disponibles. Il a alors choisi d’écrire une autre histoire se rapprochant de ce premier projet, autour de la vie éternelle, des rapports entre les hommes et les femmes.
Nous nous sommes tous engagés et trois semaines plus tard nous découvrions ce nouveau récit sur le plateau, au cœur de cette vieille maison. Il a écrit ce scénario dans une forme de joie que l’on ressent en voyant le film, il recherchait à se rapprocher des séries B tournées notamment par des cinéastes comme Jacques Tourneur à l’époque, Vaudou ou La féline et, en ce sens, c’est un film assez unique si l’on s’en réfère aux productions cinématographiques actuelles.
Un américain arrogant
C’est un américain plutôt méprisant, se sentant supérieur aux autres et dont les fondements vont quelque peu s’effondrer en débarquant dans cette maison habitée par des personnages totalement loufoques.
Il se rend compte qu’il est manipulé par son arrogance, son idéalisme et se retrouve happé par la présence d’une femme, un fantôme dont l’âme plane sur la maison, c’est d’ailleurs le seul lien avec Mademoiselle Christine, cet échange insaisissable, assez prenant avec cette femme, des échanges multiples d’ailleurs puisque qu’on est face à des retournements de situations assez drôles, représentatifs de la volatilité des hommes.
J’ai trouvé cette histoire très amusante et dés le départ cela m’intéressait de voir comment Raoul allait la mettre en scène. Personnellement j’ai essayé de nourrir le personnage d’une certaine forme de spiritualité, il accepte ainsi sereinement ce qui se passe autour de lui.
Je l’ai abordé avec spontanéité, très directement, dans la rapidité. Ce qui me plaisait c’était de jouer un américain décalé, en général, ce sont des personnages idéalistes arrogants qui se font corriger, mais qui ont la capacité de se faire corriger, à l’exception du héros d’Europa de Lars Von Trier, où lorsqu’il fait exploser un train à la fin il tue tout le monde. Ici, c’est un puritain plutôt positif, spirituel, ce qui me plaisait.
Raoul Ruiz
J’adore son sens de l’humour, très rafraîchissant, son approche et cette façon qu’il a, particulièrement dynamique, de vouloir que le cinéma se fasse. Il réalise aujourd’hui, alors que nous sommes en pleine crise, environ quatre
films chaque année. Il a une incroyable productivité, une étonnante fertilité.
Travailler avec lui fut une expérience enrichissante pour moi, j’ai découvert un véritable maître.
Le fantastique se mêlant au réalisme, une image poétique
C’est ce qui apporte un humour décalé au film, lui permet de soulever certaines thématiques en jouant avec des images. C’est un film qui a une réelle dimension lyrique.
Mon personnage n’entretient plus de très bonnes relations avec sa femme, il espère que ce voyage leur permettra de se rapprocher, mais la présence de ce fantôme les éloigne, lui donne la possibilité d’échanger sa femme, de la remplacer, ce dont il avait inconsciemment envie. C’est une représentation des aspirations existentielles, l’amour n’est jamais figé, rien n’est acquis et l’on s’accroche souvent à des idéaux, ici c’est un fantôme.
Deux femmes, deux comédiennes
Elsa c’est la première fois que je travaillais avec elle, lui donner la réplique m’a confirmé ce que je pensais en la voyant sur l’écran, elle a une extraordinaire versatilité, c’est une vraie actrice. Audrey, c’était délicieux de travailler avec elle, elle est dans l’apprentissage, le questionnement, ce qui est très plaisant. Je prends toujours beaucoup de plaisir à jouer et lorsque l’on se retrouve avec des acteurs qui sont dans le même état d’esprit c’est merveilleux, il faut avant tout s’amuser, c’est primordial.
Souvenirs de tournage
J’ai vraiment eu ici la possibilité de m’amuser, de jouer de manière très spontanée, il n’y a eu aucune préparation, ce qui permet de s’envoler, sans être prisonnier, comme c’est le cas sur d’autres projets, de considérations financières ou oppressé par l’égocentrisme du metteur en scène, c’est agréable et en ce sens ce type d’expérience n’a pas de prix.Notes de tournage...Le 21 Janvier 2008 - De gros projets ciné : Dumont et Zylberstein, que du lourd !
Bruno Dumont tourne son prochain film, Hadewijch : histoire d’un homme, Hadewijch (plus compliqué encore le nom…) bouleversé par les débordements de sa sœur, croyante à l’extrême. Notes de production par François MargelinLa Maison Nucingen est un film très particulier dans la carrière foisonnante de Raoul Ruiz. C’est en effet le premier film qu’il tournait au Chili, en français, avec des acteurs et des techniciens français.
C’est aussi le premier film français tourné au Chili, si l’on excepte un film tourné en 1942 par des Français réfu¬giés là-bas pour cause de guerre et qui avait pour vedette le tout jeune Henri Salvador ! Entretien avec Raoul RuizUne légende aux contours féeriques
Je voulais adapter le roman Mademoiselle Christina de Eliade Mircea, mais les droits n’étant pas disponibles, je me suis tourné vers une autre histoire s’en rapprochant, une histoire universelle, celle d’un amour liant un homme à une femme lui apparaissant sous la forme d’un fantôme. Je viens d’une famille paysanne du Chili ancrée dans certaines traditions culturelles et ces histoires font partie de notre folklore. Entretien avec Elza ZylbersteinL’histoire
Pour moi, c’est une métaphore du déracinement. Le film montre qu’il est difficile de se séparer de ses fantômes, de s’éloigner de son passé. Raoul Ruiz exprime cette schizophrénie que l’on trouve chez les déracinés. Ils ne se sentent chez eux nulle part, ils perdent parfois la raison et sombrent dans une certaine forme de folie qui vient du fait qu’ils ne savent plus qui ils sont, ni d’où ils viennent. |
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