Notes de Prod. : La Nuit de l'iguane

    en DVD le 07 Juin 2006

A propos du film

La malice de

Coincé dans sa filmographie entre Le Dernier de la Liste et La Bible, deux erreurs regrettables, La Nuit de l’Iguane parvient à être un des meilleurs films de Huston. Parce qu’il donne au «pathos» cher à une outrance et une distance profondément réjouissante ; d’une adaptation difficile Huston se sort avec malice et rouerie. Technique qui résume sa carrière.....
À certains égards, toutefois, La Nuit de l’Iguane pouvait se rattacher à sa thématique de l’échec. Le héros est un pasteur défroqué, pas mal éméché, tenté par un démon au triple visage : une mineure aguicheuse et délurée, une femme fatale, la sexualité aux aguets, épaulée de deux minets baraqués, et une artiste un peu bohème et un peu paumée. Soit respectivement dans l’ordre, Richard Burton, entouré d’un trio féminin plus que séduisant, composé de (l’ex-Lolita de Kubrick deux ans auparavant), et Deborah Kerr. Ce qui n’empêchait pas Huston de trouver aussi l’univers de Williams beaucoup trop misogyne et un peu trop compliqué : livrés tout entiers à leurs passions, les personnages coupés du monde réel. Même ces passions sont intellectuelles (et Huston est homme à se méfier de l’intellectualisme), sentiments parfois exacerbés en une hystérie touchant au désordre mental....
Comprenons-nous bien : La Nuit de l’Iguane n’est pas une comédie ; mais le cinéaste montre à chaque instant qu’il n’est pas dupe de la machinerie hollywoodienne qu’il utilise ; que les ambiances tendues dont parle peuvent être aussi celles du plateau ; qu’enfin le psychologisme un peu épais, aux lourdes connotations psychanalytiques, dont l’écrivain s’est fait l’apanage et qui séduit tant Hollywood par ses airs de faux tabou, est à prendre au second degré. La Nuit de l’Iguane n’est plus, alors, qu’une tragédie un peu ridicule, où s’entremêlent avec délices (et sans sens réel) le sacré, l’art, le sexe et l’alcool. Un drame au «pathos» moite, formidablement photographié, en tout cas irrésistiblement séduisant.

Henri Argelliès – Le Monde – 28/09/87

sur le tournage

Quand elle débarque à Hollywood en ligne directe de sa Caroline du Nord natale, , dès son premier bout d'essai à la MGM provoqua cette réaction du nabab Louis B. Mayer : "Elle ne sait pas jouer, elle ne sait pas parler, elle est FANTASTIQUE."
À quarante ans, quand elle tourne La Nuit de l'Iguane, Ava est à l'apogée de son talent et d'une carrière marquée par Pandora, Mogambo, La Comtesse aux Pieds Nus et La Croisée des Destins. Elle arbore une sensualité rendue encore plus troublante par cette désespérance qui cerne ses grands yeux noirs. "Elle exerce une grande fascination mais elle est hantée par le désespoir" disait George Cukor qui a dirigé la star dans l'admirable La Croisée des Destins. Dans son livre de souvenirs (publié ches Pygmalion), John Huston raconte cet épisode cocasse du tournage de La Nuit de l'Iguane.
"Les rapports personnels entre les protagonistes de La Nuit de l'Iguane étaient passablement embrouillés. Richard Burton était accompagné d'Elizabeth Taylor, encore légalement mariée à Eddie Fisher. Michael Wilding, ex-époux de Liz, nous rejoint en tant qu'agent de publicité de Burton. Peter Viertel, second mari de Deborah, avait été l'amant d', qui s'était attaché les services de deux maîtres nageurs, tandis que tous les "machos" de la ville recherchaient les bonnes grâces de , malheureusement pour eux étroitement surveillée par sa mère et son fiancé.Tout le monde se demandait ce qui allait arriver. Qui ? Avec qui ? Pourquoi, quand, comment ? Avant de commencer à tourner, j'achetai cinq revolvers plaqués or, que j'offris solennellement à Burton, Elizabeth, Ava, Deborah et Sue. Chaque revolver était acompagné de quatre balles dorées, sur lesquelles j'avais fait graver le nom des quatre partenaires de chacune de mes vedettes. Les journalistes arrivaient en foule. Il y eût bientôt plus d'envoyés spéciaux que d'iguanes, un flot incessant de reporters et de photographes guettant l'instant où les revolvers entreraient en action. Ils attendirent en vain. Il n'y eu pas de feu d'artifice. Nos vedettes filaient le parfait amour. Le travail terminé, chacun retrouvait sa chacune.

Gaillac-Morgue - Paris Capitale - mars 1990