Notes de Prod. : La Nuit des Morts Vivants

    en DVD le 19 Octobre 2010

La légitimisation du gore

A l’inverse d’un Herschell Gordon Lewis, Romero et les siens souhaitent réaliser une oeuvre de qualité. Pour eux, ce premier long métrage offre enfin l’occasion de filmer autre chose que la promotion d’une marque de bière ou de ketchup, et ils ne veulent pas laisser passer cette chance. « Sans doute, nous aurions préféré réaliser un grand film dramatique. Mais une fois que nous avons opté pour un film d’horreur, nous nous sommes efforcés de le rendre le plus réaliste possible avec le budget dont nous disposions » (Russel Streiner, 1975). D’où le choix des morts vivants, monstres ne nécessitant ni maquillages ni effets spéciaux coûteux. D’où aussi l’insistance sur la psychologie des personnages et la décision de traiter le sujet avec le plus grand sérieux, une fois admis le postulat fantaisiste que les morts non encore ensevelis ressuscitent pour dévorer les vivants.

Le film ne relève pas du sous-genre gore dans la mesure où le nombre des scènes proprement gore est limité. Dans l’histoire de cette ferme assiégée par une horde de morts-vivants, Romero et ses associés se sont plu à montrer comment ces individus réunis par hasard succombent à leurs adversaires faute d’avoir su s’entendre et profiter au mieux des ressources de leur camp retranché (armes, nourritures, radio, télévision). Dans cette perspective, les scènes gore ne constituent pas une fin en soi (même si les auteurs comptaient sur leur impact pour attirer le public) mais s’intègrent parfaitement aux choix de mise en scène. « J’ai opté pour une approche naturaliste et je ne vois pas pourquoi j’aurais coupé quand les zombis commencent à manger la chair de leurs victimes. J’ai été très content qu’un de nos financiers qui travaillait dans le commerce de viscères animales nous apportent son aide. Cela m’a permis de rendre plus réalistes les scènes où les zombies dévorent leurs proies. » George A Romero.

Si ces plans ont tant choqué à la sortie du film, c’est parce qu’ils brisaient un tabou en représentant le cannibalisme explicitement et de manière crédible. Les trucages étaient aussi élémentaires que chez Herschell Gordon Lewis : des viscères d’agneau remplis d’eau pour leur donner une apparence de fraîcheur, une pâte visqueuse rose vendue par les marchands de jouet, des mannequins en plastique recouverts d’argile…
Mais filmés en noir et blanc dans le style du reportage, ils n’incitaient guère à la distanciation
John Russo, dans son livre, rappelle que la plupart des éléments qui ont conféré au film son aspect si réaliste étaient dictés au départ par la minceur du budget. Le noir et blanc était moins cher que la couleur, et tourner en caméra à l’épaule dispensait d’utiliser une Dolly ou des rails de travelling. Le choix de comédiens inconnus (principalement des membres d’Image Ten ainsi que leurs amis et clients) limitait le montant des salaires. A ces facteurs économiques s’ajoute néanmoins un traitement original du sujet qui refuse toutes les conventions du genre : la romance (Ben, le leader du groupe, est trop préoccupé par la menace des zombies pour tomber amoureux), les personnages héroïques (les scientifiques et les militaires des films de monstres d’antan cèdent la place à des individus ordinaires pas spécialement intelligents ni courageux face au danger), l’exaltation des valeurs familiales (la fillette contaminée dévore son père et sa mère), le happy end (aucun des assiégés ne survit).

Philippe Rouyer
« Le Cinéma Gore, Une Esthétique du Sang »
éditions du Cerf -1997

Ils sont vivants

Stylistiquement, La nuit des morts vivants s'inscrit dans la lignée du cinéma-vérité.
Pour des raisons économiques, l'image est en noir et blanc. L'action se déroule dans un décor unique, le son est pris sur le vif, le cadrage serré, la caméra portée à l'épaule. Le montage et la musique sont discrets mais efficaces. Les acteurs miment le souffle de la vie et puisent au fond d'eux-mêmes leurs émotions, comme l'enseignait l'Actor's Studio. George A. Romero exhume une forme devenue banale - le huis clos - en prenant à contre-pied les attentes du spectateur. Il n'y a pas de romance entre Ben et Barbara, pas de plan d'attaque pour combattre les morts vivants revigorés par un nuage de radiations. Ces derniers sont (presque) relégués à l'arrière-plan, tandis que le conflit entre les personnages nourrit l'action. Le mordant du réalisateur de Zombie se dévoile à travers quelques scènes cruelles et ironiques.
 

Box-office au 01 Février 2010

  • 1ère semaine IDF : 1 230 entrées
  • Cumul IDF : 1 888 entrées

  • 1ère semaine France : 4 103 entrées
  • Cumul France : 6 287 entrées