Notes de Prod. : La personne aux deux personnes

    en DVD le 06 Janvier 2009

Entretien avec Marina Foïs

Qu’avez-vous pensé en découvrant le scénario ?
J’aime qu’il y ait une écriture, surtout pour la comédie, et il y en avait une vraie. Ils ont un univers très particulier, le visuel et le vocabulaire qui va avec... Un mélange inédit de moderne et de désuet... Je connaissais Nicolas & Bruno et leur Message à caractère informatif. J’avais fait avec eux une parodie de comédie musicale. Tous deux sont fascinés par l’univers de l’entreprise, ce qui est en soi atypique.
On a le sentiment qu’ils peuvent explorer ce monde-là à l’infini. En fait, je suis fascinée par leur fascination !
Le pitch de leur histoire était très drôle (un homme qui habite dans un autre) mais en lisant le scénario, j’ai découvert un mélange hybride, une comédie qui serait à la fois fantastique et très humaine, qui pourrait aussi être lue, au-delà des gags, comme l’histoire d’une rencontre pas tout à fait romantique, ou tout simplement l’histoire d’une amitié improbable. D’ailleurs, même si le film n’est pas une comédie à message, au fond, il y en a quand même un qui traîne : ce n’est pas forcément avec les gens qui nous ressemblent qu’on est le mieux, et que ça vaut peut-être le coup de passer au-delà du costume, des apparences et des a priori. Même si dit comme ça, c’est tout à fait premier degré, il me semble que ce n’est pas complètement con.

Pouvez-vous parler de votre personnage ?
Muriel Perrache est justement une femme « normale » - peut-être la plus normale de la bande ! - mais avec les névroses de son époque. Socialement, elle est complètement intégrée et n’a rien de marginal. C’est un parfait petit soldat d’entreprise, du moins au début.
Muriel fait partie de ces gens qui font passer leurs études et leur carrière avant tout. L’entreprise est sa famille, sa vie. Elle poursuit son objectif de réussite avec furie, prête à tous les sacrifices, avec une urgence et une tension qui ne laissent pas de place pour les écarts de route ou la fantaisie. Le côté très sec et très aride d’une vie comme celle-là m’a intéressé.
J’ai appris très scrupuleusement les pavés de texte du rôle de Muriel, sans rien comprendre aux termes techniques comptables et financiers qu’elle maîtrise parfaitement. Les produits, les pourcentages, les fusions/acquisitions, process de feed-back... Parler de quelque chose que je ne connais pas, qui ne m’évoque rien (je n’ai aucune sensibilité comptable...) en ayant l’air d’avoir un point de vue m’a terriblement amusé.

Pourtant, votre personnage est loin d’être une caricature...
J’ai essayé de ne pas en faire une caricature, parce que je pense que ce genre de figure existe, et que si elle est définie par sa fonction, elle n’en reste pas moins une vraie personne. Et que si elle est obligée de renoncer à certains aspects de sa vie au nom de sa réussite professionnelle (elle l’avoue elle-même, elle « n’a pas eu le temps d’avoir des rapports sexuels depuis des années »), il doit quand même lui rester des bouts d’humanité, j’imagine qu’elle mange, va aux toilettes, et subit comme nous tous les contraintes d’avoir un corps autour du cerveau... donc aussi de temps en temps, des émotions... Et puis ce qui lui arrive, au fond, c’est tout à fait tragique : elle se fait broyer par le système qu’elle a elle-même mis en place. C’est très humiliant, non ?
Un jour, on estime qu’elle n’est plus rentable, on ne la juge plus nécessaire et on la vire. En perdant sa fonction, elle perd tout, son costume de wonder woman, la carapace qui va avec... Elle retrouve aussi le temps de penser au lieu d’agir... C’est peut-être tout ça qui rendra possible sa rencontre avec Ranu.

Comment avez-vous joué avec Daniel Auteuil ?
Je le connaissais pour l’avoir croisé aux Césars et m’être fait gentiment engueuler après lui avoir avoué que je n’avais pas osé lui écrire mon admiration ! J’étais à la fois un peu intimidée et très excitée par l’idée de jouer avec lui. J’ai pris un pied incroyable ! Comme Depardieu, avec qui j’ai eu la chance de travailler, il fait partie de ces gens qui sont plus forts que toutes vos peurs, que tous vos tics et vos travers. Face à lui, tout est facile. Il exerce une telle attraction que la scène commencée, il n’y a qu’à suivre. Le regarder suffit pour exister ! J’ai passionnément aimé jouer avec lui. C’est une chance pour un acteur. En plus, Daniel n’est pas dans l’attitude du maître vis-à-vis de l’élève. Il ne se pose pas comme quelqu’un d’expérience. Simplement, très concrètement, de façon très empirique, sans même s’en rendre compte, il transmet l’essentiel. Il est en plus un très bon camarade de cantine et de table régie.

Ce n’était pas frustrant de ne pas jouer avec Alain Chabat ?
C’est une chance car c’est un acteur très laborieux. Et son problème d’alcool l’empêche aujourd’hui d’apprendre son texte. Et son âge de plier les jambes. Ce qui rend vraiment le travail pénible pour tout le monde. Je ne pense plus qu’il pourra faire autre chose que du off désormais. C’est très triste. (rire)

Comment avez-vous travaillé avec les réalisateurs ?
Ils sont très singuliers, ils sont l’inverse de La personne aux deux personnes, ils ont deux corps pour un seul cerveau ! Ils parlent d’une seule voix. Ils sont extrêmement précis, pointilleux, voire obsessionnels. Ils ont un sens du détail hallucinant et ne laissent aucune place au hasard. Ils savent à la voyelle près comment leur texte doit être joué. Moi, ça m’amuse de me fondre dans un univers... Je n’ai pas de méthode de travail et je ne veux pas en avoir. Dans une interview, Depardieu confiait que son seul talent est d’être disponible. Et comme je trouve que Depardieu a toujours raison, j’essaie de faire ça. Juste être disponible à la situation, à l’histoire, à la façon de travailler des réalisateurs. Et profiter de ce qui se passe, au moment où ça se passe. Oublier d’avoir un avis, des idées toutes faites...

Avez-vous vu surgir dans le film terminé quelque chose que vous n’aviez pas prévu ?
Le film cesse d’être un pitch pour devenir une histoire, l’histoire de quelqu’un, à laquelle Daniel Auteuil a apporté son humanité. On rit d’autant plus que l’on croit à ce bonhomme, jusqu’à être en empathie avec lui. La claustrophobie - d’Alain Chabat par exemple, enfermé dans Daniel Auteuil, c’est pas rien, non ? Ceci dit, ça pourrait être pire, il pourrait être enfermé dans quelqu’un d’autre, mais c’est un autre débat, dans qui souhaiteriez-vous être enfermé ? - bref, la claustrophobie, ce sentiment existe très fort... Je ressens physiquement l’enfermement... Et d’un point de vue visuel, ce qui n’est pas un détail pour moi, je trouve le film très réussi, joli, tenu, chic, élégant.

Quel souvenir garderez-vous de ce film ?
Un plaisir énorme, et c’est pas rien... Et puis un petit sentiment très agréable de faire quelque chose d’unique, dans le sens qui ne se reproduira pas... Je ne suis pas du tout sûre de réapprendre le hollandais, ni de faire un stage en entreprise (ce que j’ai fait à la demande des réalisateurs), ni d’être sexuellement harcelée par Daniel Auteuil... (rire)

Nicolas et Bruno, scénaristes et réalisateurs

Comment vous êtes-vous connus ?
Nous étions ensemble au lycée, depuis la seconde jusqu’au bac B. Déjà, à cette époque, tous les deux, nous faisions des pièces de théâtre, des courts métrages et des sketches.
Ensuite, Bruno a fait Sciences Po et Nicolas une école de cinéma. En sortant de l’armée, que nous avons faite ensemble, nous avons continué à faire des sketches et un copain nous a dit que nous pourrions peut-être en faire un métier.

Entretien avec Daniel Auteuil

Comment réagit-on à la découverte d’un scénario aussi singulier ?
Ils sont venus en bande organisée pour me le lire. (rires) Donc je l’ai découvert avec Bruno, Nicolas et Alain. À la lecture, ça paraît forcément très étrange au début. Et puis, assez vite, on bascule dans l’évidence. Une fois le postulat assimilé, on se retrouve dans des situations de comédies en apparence normales mais qui prennent tout leur sel par l’inventivité de ce duo. En tout cas, on entre dans une logique qui n’appartient sans doute qu’à eux et on ne la quitte pas jusqu’au bout.

Entretien avec Alain Chabat

Comment Nicolas & Bruno vous ont-ils présenté leur projet ?
J’ai rencontré Nicolas & Bruno en 2002 à l’occasion d’un Burger Quiz spécial Réveillon que je faisais pour Canal. C’était une émission avec plein d’invités, une grosse rigolade... J’aimais beaucoup ce que Nicolas & Bruno avaient fait avant : Message à Caractère Informatif - de vrais films d’entreprise redoublés par leurs soins, je vous conseille le DVD. Du coup, pour ce Burger Quiz, on leur a donné carte blanche et ils ont proposé « Restauratec - requiem pour un plat » : un sketch de 5 ou 6 minutes, écrit et réalisé par eux-mêmes, avec leur fameux Ranu qu’ils m’ont demandé de jouer. Dans ce sketch – situé bien évidemment dans la cantine d’une entreprise (la COGIP déjà) - il y avait aussi Marina Foïs (déjà) et un Ranu monomaniaque de Paëlla qui parlait tout seul (déjà...).
 

Box-office au 13 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 46 134 entrées
  • Cumul IDF : 82 393 entrées

  • 1ère semaine France : 108 849 entrées
  • Cumul France : 221 489 entrées