Notes de Prod. : La Planète Bleue

    en DVD le 03 Novembre 2009

Entretien avec Alastair Fothergill, réalisateur

Pouvez-vous nous raconter comment a démarré ce projet ?

Les premières étapes à la réalisation de La Planète Bleue datent de 1995, et il nous a fallu environ un an de recherches et de prises de contact avec le monde scientifique avant de pouvoir nous atteler aux prises de vues proprement dites.
Ensuite, nous avons parcouru le globe pour y tourner les séquences pendant environ trois ans, et enfin il nous a encore fallu un an et demi pour aboutir à la version qui va sortir en salles.

Quel a été le plus grand défi que vous avez dû relever pendant la conception de La Planète Bleue ?

D’un point de vue créatif, cette expérience a été bouleversante pour beaucoup d’entre nous. Le défi majeur auquel nous avons dû faire face c’est que pour faire un film qui va être projeté sur grand écran, il faut avant tout rester dans l’émotion pure, dépasser l’aspect éducatif du documentaire. L’autre challenge était de trouver une ligne de narration bien définie.

Pourquoi l’océan ?

Sans doute parce que j’ai grandi au bord de la mer et que j’ai toujours éprouvé une véritable passion pour l’océan.
Mais il y a aussi le fait que lorsque je conçois un film sur la vie sauvage, je suis très attiré par la manière dont les animaux interagissent avec les éléments en place. Je ne me focalise donc pas uniquement sur les comportements animaliers en tant que tels, mais aussi sur le pouvoir que la nature exerce sur eux. Les océans possèdent une puissance phénoménale sur les êtres qui y vivent. Ce que nous avons essayé de faire avec ce film, c’est de capturer l’essence de cette puissance.

Quelle a été la découverte la plus extraordinaire que vous ayez effectuée pendant le tournage de La Planète Bleue ?

Je crois que la partie tournée dans les grands fonds a été la plus impressionnante pour nous. Très peu de personnes ont eu la chance de descendre aussi profondément, et personne n’a jamais filmé les abysses comme nous l’avons fait. Nous avons tout de même découvert des espèces totalement inconnues des scientifiques auparavant !
Et je ne parle pas d’espèces mineures, mais d’une méduse et d’une pieuvre dont nul n’avait connaissance. Cela a été très excitant pour nous tous. L’épisode où l’on voit une bande d’orques procéder à la mise à mort d’un baleineau gris n’avait été observé qu’une seule fois en quatorze ans, et n’avait jamais été filmé auparavant. Une autre séquence incroyable montre un groupe de dauphins écumant un gigantesque banc de sardines : aucun scientifique n’avait auparavant remarqué que les dauphins coopéraient entre eux sur une telle opération, chassant de concert au moyen de filets naturels composés de gigantesques bulles. Ces bulles obligent les sardines à prendre telle ou telle direction, ce qui les rend plus faciles à traquer et à dévorer en grande quantité.

A la fin du film, il y a une séquence où l’on peut voir des puffins plonger à plus de quinze mètres sous l’eau. Un scientifique qui étudie ces oiseaux depuis plus de vingt ans est venu nous voir dans notre salle de montage et n’en croyait pas ses yeux. Il nous disait : “C’est impossible, vous avez créé ces images par ordinateur, ces oiseaux ne peuvent pas plonger aussi profond, ils sont faits pour voler, pas pour nager…”

Parlez-nous plus précisément de la collaboration entre vos unités de tournage et les scientifiques.

La relation entre ces deux univers a été très symbiotique. Nous faisions entièrement confiance à ces spécialistes qui avaient la capacité de nous orienter vers les animaux.
En retour, nous leur avons donné tout ce que nous avons tourné, et beaucoup utilisent aujourd’hui nos images pour leurs recherches. Certains s’en servent même pour leurs cours universitaires.

Comment pouviez-vous savoir où aller précisément afin de tourner certaines séquences ?

L’unité d’Histoire Naturelle de la BBC possède une équipe de documentalistes très efficaces. Ce sont des personnes qui passent leurs journées à l’affût de la moindre information sur ce genre de détail. Très tôt dans la conception du film, nous avons assisté à de nombreuses conférences sur l’élément marin. Un des éléments les plus complexes sur la réalisation de documentaires marins, c’est que personne ne sait vraiment où l’on peut rencontrer, par exemple, une baleine. Nous avons dépensé beaucoup d’argent sur des voyages inutiles, jusqu’au jour où, comme par magie, nous tombions finalement sur un épisode extraordinaire de la vie animale.

Vous souvenez-vous avec précision du temps qu’il vous a fallu pour filmer la séquence des orques et de la baleine grise ?

Nous avions organisé deux excursions distinctes toutes les cinq semaines, avec à notre disposition un petit avion qui nous permettait de localiser la baleine grise, et deux cameramen sur un bateau. Deux cameramen parce que si, par hasard, nous tombions sur une horde d’orques qui s’attaquaient à une baleine, nous voulions absolument filmer à la fois l’événement en plan général et en gros plan. Mais tout cela coûte cher.

Beaucoup de ces expéditions n’ont servi à rien, il n’y avait souvent rien à filmer, et cette attente et ces échecs étaient particulièrement stressants. A la fin des prises de vues, nous nous sommes aperçus que nous n’avions en boîte qu’environ un quart de ce dont nous avions besoin. Et puis à la dernière minute ou quasiment, nous tombons sur ce moment extraordinaire au cours duquel un makaire et un thon attaquent un banc d’anchois… jusqu’à ce qu’ils soient rejoints, pour notre plus grand bonheur, par un énorme rorqual boréal qui ne fait qu’une bouchée de tout le menu fretin.

Vous avez dû faire face à des dangers bien réels pour certaines images…

Il y a deux sortes de dangers. Les dangers dus à certains animaux sont souvent exagérés par l’imaginaire collectif. Effectivement, il faut faire très attention avec les requins, mais nous avons pu plonger avec eux à plusieurs reprises.
Les tenues protectrices ne sont jamais de trop, mais il faut avant tout faire preuve d’un jugement objectif de la situation et du comportement de l’animal.
Les requins ne sont guère friands d’êtres humains engoncés dans des combinaisons de caoutchouc ! Il faut aussi savoir quand sortir de l’eau, ne jamais pousser l’expérience trop loin. L’autre grand danger auquel nous avons dû faire face, c’est celui que représente la force des éléments. Nous avons ainsi eu des sueurs très froides quand, un jour, une équipe occupée à filmer les ours polaires s’est retrouvée sur un morceau de banquise qui s’est détachée du bloc principal. Le morceau de glace rétrécissait dangereusement à mesure que les vagues venaient le heurter. J’ai attendu pendant vingt-quatre heures avant de savoir si notre équipe avait été récupérée par l’hélicoptère que nous avions dépêché sur place.

En quoi consiste le travail de réalisateur sur ce genre de film ?

C’est, pour une telle opération, un peu comme entrer dans la peau d’un chef militaire. Mon équipe de production était composée de vingt personnes, nous avions quarante cameramen à disposition, avons passé trois mille journées sur le terrain : deux cents endroits dispersés dans le monde entier. La logistique que ces contraintes engendrent exige un sens aigu de l’organisation. En même temps, il s’agit de ne jamais perdre de vue que vous êtes en train de faire un film qui, on l’espère, sera vu par des millions de gens. Mon plus grand bonheur sur ce film, c’est quand le souci d’emmagasiner les images a été terminé. Nous avions tous les rushes dont nous avions besoin.
C’est là que le deuxième défi apparaît : faire sortir de cette manne d’images un film d’une heure trente qui sera perçue par le spectateur comme une véritable expérience sensorielle.

Quelle est vraiment l’histoire racontée par La Planète Bleue ?

Ce qui nous importait, c’était d’entraîner les gens plus loin qu’ils n’avaient jamais été, vers l’océan inconnu, et leur faire prendre conscience que notre planète est bleue avant tout. La majeure partie de la Terre est recouverte par les eaux, et, alors que trente personnes par jour parviennent à arriver au sommet de l’Everest, seulement 2 % des fonds marins ont été à ce jour explorés.

Pourriez-vous classer La Planète Bleue dans un genre cinématographique spécifique ?

Plusieurs films consacrés à la nature ont déjà eu beaucoup de succès. Microcosmos, pour moi, est un chef d’oeuvre, alors qu’on n’y a filmé que la vie d’un champ.
Par la même équipe, Le Peuple Migrateur est également une oeuvre majeure. Ce sont les deux films que je rapprocherais le plus de La Planète Bleue, mais je dirais aussi que leur approche est plus contemplative. La Planète Bleue est avant tout axée sur les actions des animaux.

Entretien avec le réalisateur de La Planète Bleue

Quelle est l’importance de la mer, à vos yeux ?

La raison pour laquelle nous nous sommes attelés à la conception d’un projet aussi peu raisonnable est que chacun d’entre nous éprouvait depuis toujours une véritable passion pour les océans. Sur la terre ferme, les équipes de tournage de l’Unité d’Histoire Naturelle de la BBC ont réalisé depuis de nombreuses années des documentaires spectaculaires autour de la faune. Nous avons alors éprouvé le désir de faire entrer à son tour l’univers sous-marin dans l’esprit des spectateurs tout en sachant qu’il ne fallait pas se contenter d’un message écologisant du style “Prenez grand soin de l’océan, faites attention aux poissons, mangez-en moins, pêchez moins” : les gens ne savent même pas, à la base, à quoi ressemble un thon vivant ou comment se comporte un dauphin en pleine mer ! Avec La Planète Bleue, nous sommes partis du principe qu’il fallait justement faire découvrir ces habitants des océans.

Les Coulisses de La Planète Bleue

Canada : Ours polaires et bélugas
“Pendant que nous tournions au Canada, quelqu’un nous a averti que plusieurs bélugas étaient piégés sous les glaces, et qu’un groupe d’ours polaires en faisaient leurs repas quotidiens. Nous nous sommes précipités sur les lieux, munis de nos caméras, et ce en un temps record.” (Martha Holmes, productrice)