Comment vous êtes-vous retrouvée impliquée dans La Rafle ?
Ça s'est fait très vite, quasiment du jour au lendemain ! Mon agent m’a appelée le vendredi pour des essais prévus le samedi. J'avais deux grosses scènes à travailler avec l'accent yiddish. C'est d’abord
Olivier Carbone, le directeur de casting, qui m'a reçu. Puis j'ai rencontré Rose plusieurs fois dans son bureau où elle m'a fait jouer quasiment toutes mes scènes du film. Lorsqu'elle m'a annoncé que j'avais le rôle, j'ai eu à peine le temps de réaliser, le tournage était seulement trois semaines plus tard.
Etiez-vous surprise qu’on vous propose un rôle de mère de famille juive polonaise avec trois enfants ?
J'étais surtout ravie d'avoir l'opportunité de passer un casting pour un film d'une telle importance avec un vrai rôle de composition. En effet, je ne suis pas juive ni polonaise et je n'ai pas d'enfant !
Mais c'est précisément cela qui est excitant en tant qu'actrice, de pouvoir incarner des personnages aussi éloignés de vous et ne pas être associée à un seul type de rôle.
Comment avez-vous travaillé l'accent de Sura Weismann?
Pour les essais d'abord, je suis allée sur Internet pour trouver des vidéos de personnes ayant cet accent. Je suis tombée sur des interviews de Marek Halter et je m'en suis inspirée. Et Rose a tout de suite beaucoup aimé le résultat. Je n'ai pas cherché à coller à tout prix à l'accent yiddish, je ne voulais surtout pas tomber dans la caricature.
Ensuite pour le tournage, j'ai travaillé avec un coach mes répliques en yiddish ainsi que l'accent propre à cette langue. L'aspect technique de ce travail m'a plu et cela m'a aussi permis de découvrir la richesse de la culture yiddish, à travers sa musique notamment.
Comment définiriez-vous votre personnage ?
C'est une sorte de mère courage, très croyante, qui élève ses enfants, s'occupe de son intérieur, travaille beaucoup, une femme qui est dans le concret. Elle règle la vie de la maison.
Elle sent gronder l'orage à l'extérieur et sert de remparts entre ses enfants et l’incertitude du monde extérieur.
Son évolution est intéressante. On la voit au début se comporter et éduquer ses enfants dans l'humilité, la discrétion et le respect des règles. Puis face aux évènements et la dure réalité qui s'impose à elle, le vernis craque et elle se révèle en femme forte et révoltée. C'est elle qui encourage son fils à s'évader.
Quel était le plus grand défi pour vous ?
C'était surtout d'arriver à rendre mon personnage crédible et d'être à la hauteur de l'émotion des scènes.
Par quelles scènes avez-vous commencé ?
Nous avons commencé par les scènes d'extérieur à Montmartre et notamment celle où les mères juives sont dans le parc avec leurs enfants et se font expulser par le garde. Mais c’est plutôt mon deuxième jour qui fut plus marquant. On tournait la scène de la montée dans le bus, juste après
La Rafle. Moi, je venais de rencontrer Gad seulement quelques instants avant pour notre première scène ensemble. Tous les raflés étaient rassemblés dans la cour, il y avait une figuration importante et l'émotion était très forte. D'autant plus forte que Joseph Weismann était sur le plateau, très troublé par tous ces figurants portant l’étoile jaune. Et Hugo est allé le voir et lui a dit: « je joue votre rôle et j'espère que je ne vous décevrai pas ! ». C'était très émouvant d'assister à cette rencontre entre les deux Jo...
Vous sentiez-vous une sorte de responsabilité particulière ou était-ce pour vous un personnage comme un autre ?
Le film reprend une partie de l'histoire de Joseph Weismann et tous les faits sont réels, mais pour mon personnage, je n'ai pas cherché la ressemblance avec la vraie mère de Joseph. L'idée était plutôt d'incarner une mère juive comme hélas, tant d'autres femmes face à pareilles situations.
On sait à quel point il s'agit d'un sujet important, bouleversant, tragique, mais j'ai essayé justement de prendre de la distance par rapport à cela. Je ne voulais pas me laisser engloutir pour ne pas perturber mon jeu.
C'est peut être plus maintenant qu'il faut en parler que j'assume davantage la responsabilité qui est la nôtre.
D'ailleurs je réalise aujourd'hui que j'ai été plus touchée par ce sujet que je ne voulais le dire.
Je pensais « ce n’est pas mon histoire, cela fait partie de l'Histoire… ». Mais avoir joué ce personnage, rencontré tous ces gens et Joseph Weismann en particulier, m'a fait vraiment prendre la mesure de ces évènements tragiques et qui nous concernent tous en réalité.
Aviez-vous entendu parler de la rafle du Vel’ d’Hiv’ ?
Un peu à l'école, par la télé ou ma famille, mais je ne connaissais pas les circonstances exactes. Je me suis renseignée, j'ai beaucoup lu, notamment le livre « la grande rafle du Vel’ d’Hiv’» qui m’a appris tant de choses. Rose m'a aussi montré La Marche du Siècle avec le témoignage poignant de Joseph Weismann.
J'ai pris conscience à travers tous ces documents de l'horreur de cette période.
Beaucoup d’entre nous connaissent ce que c’est que le nazisme ou les camps en Allemagne, mais combien savent quelle était la réalité en France ? C'est pour cela que ce film est important.
Vous disiez que vous n'aviez rencontrée Gad Elmaleh que quelques instants avant de tourner votre première scène, vous formez pourtant un couple évident…
Nous devions nous rencontrer bien avant le tournage, mais cela n'avait finalement pas été possible.
Alors nous nous sommes découverts au fil du tournage.
Gad est quelqu'un de très gentil bien qu'assez indépendant et sa présence sur le plateau était très appréciable, surtout avec les enfants. C'était un vrai plaisir et une chance de travailler avec un artiste tel que lui ! Je pense aussi que le fait de tourner en Hongrie a permis à toute l'équipe une plus grande cohésion.
Les scènes dans le camp sont particulièrement douloureuses et dures…
Oui, ce sont surtout les scènes de la séparation que j’appréhendais. Des scènes très lourdes techniquement avec beaucoup de figuration, des cascades… mais surtout émotionnellement tellement chargées. Ces scènes ont été tournées vers la fin du tournage donc nous étions en confiance et prêts à donner le maximum. Lorsqu'il y a eu la première fois ce mouvement de foule, les enfants, les mères, les soldats, il devait y avoir peut être 200 figurants, c'était vraiment très impressionnant !
Qu’attendez-vous d’un metteur en scène ?
J'aime que le dialogue soit ouvert, qu'on puisse avoir un échange réel, et je suis capable de donner énormément lorsque je suis en confiance. En l'occurrence, les situations que Rose avait écrites étaient très claires. Rose sait ce qu'elle veut et avance. Elle nous faisait également confiance en tant qu'acteurs. Parfois je lui disais : « t'es sure, t'as ce qu'il te faut ? », mais c'est mon besoin d'être rassurée.
J'ai admiré sa constance malgré le plan de travail très serré, la complexité de sa tâche, la fatigue évidente... Elle est toujours restée très disponible pour nous.
En plus de Gad, vous avez rencontré Jean Reno, Mélanie Laurent…
Oui ! Quelle chance fantastique d’avoir pu travailler avec des acteurs de l’envergure de Gad, Jean ou Mélanie, mais également
Sylvie Testud,
Anne Brochet ou
Catherine Allégret... Je n’ai rencontré sur ce film que des acteurs formidables. Et le petit Hugo qui joue mon fils a été aussi un partenaire remarquable, d’une très grande justesse, avec beaucoup de présence. J'appréhendais cette relation et jouer avec un enfant, je ne l’avais jamais fait, mais j'ai vraiment apprécié. J'avais avec lui un rapport non pas d'adulte à enfant mais d'acteur à acteur.
Vous disiez que La Rafle est quasiment votre premier film. Quel parcours avez vous suivi auparavant ?
J'ai toujours voulu être actrice et j'ai commencé ma formation très tôt dans des cours et conservatoires. Après quelques apparitions à la télé, c’est maintenant une vraie chance de commencer à travailler au cinéma.