Notes de Prod. : La Reine des pommes

    en DVD le 07 Juillet 2010

Notes de Valérie Donzelli, réalisatrice de La Reine des Pommes

Je venais de finir mon court métrage Il Fait Beau Dans La Plus Belle Ville Du Monde. Le film était refusé partout et j’avais peur de ne plus jamais faire de cinéma. Mon amie Laure Marsac partait à New York pour trois mois. J’étais au téléphone avec elle, la conversation donna à peu près ceci :
Moi : « Tu pars, tu as de la chance, je ne suis jamais allée en Amérique. »
Elle : « Viens me voir! Je pourrai t’héberger. Je serai dans une grande maison. »
Moi : « D’accord, mais si je viens, on fait un film. » (...)

Je suis partie à New York si subitement que je n’ai pas eu le temps d’écrire tout le scénario. Je n’avais écrit que la fin, c’est de retour à Paris que j’ai imaginé le début. Mais en vérité, l’histoire d’Adèle qui se fait larguer, je l’avais en tête depuis longtemps. J’avais ce film en moi, il est juste sorti d’un coup, après une longue gestation. Je voulais faire ce film vite, je ne voulais pas perdre mon désir.
Je l’ai écrit en ayant à chaque fois cet objectif en tête, chaque choix a été fait en fonction de ça. Cette contrainte de l’urgence est devenue un vrai parti pris de mise en scène. Je savais également que je voulais faire une comédie, à la fois légère, burlesque et émouvante. Ce que j’aime avec la comédie c’est qu’elle permet d’aborder beaucoup de situations et de sujets, que cela paraît toujours léger, puisque c’est drôle même si dans le fond cela peut être plus grave.

Il était entendu que le sujet de La Reine des pommes, la rupture amoureuse, n’était pas d’une grande originalité, alors j’avais seulement à cœur que la réalisation soit vraiment personnelle. Le cinéma est avant tout un art ludique, où tout est fabriqué pour recréer du réel. Je voulais juste que mon film se fasse dans l’intimité de la forme et qu’il soit cohérent. Même si le point de départ de mes deux films était de filmer des lieux : le Palais Royal pour Il Fait Beau Dans La Plus Belle Ville Du Monde., et New York pour de La Reine des pommes. Mon principal moteur est avant tout de raconter des histoires intimes mais universelles. (...)

J’aime le cinéma d’Agnès Varda, pour sa liberté, sa fraîcheur, et celui d’Eric Rohmer pour sa simplicité et le jeu des acteurs, toujours désuet. J’aime que les personnages parlent bien et qu’ils soient toujours confrontés à des problèmes intimes. Je suis très attachée au cinéma de François Truffaut, qui traite toujours, d’une manière ou d’une autre, cette question de l’intime. Mais aussi, et évidemment, à celui de Jacques Demy qui est le maître du mélange de la légèreté de la forme, confrontée à la profondeur de ce qu’il raconte. J’aime beaucoup l’idée du jeu et de ne pas être forcément dans un registre naturaliste, mais sur plusieurs registres. Ainsi les scènes sont plus burlesques avec le personnage de Jacques, plus Rohmeriennes avec le personnage de Pierre, et Truffaldiennes avec le narrateur. (...)

Après le tournage de La Reine des pommes, Il Fait Beau Dans La Plus Belle Ville Du Monde. était sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. J’y retournais pour la deuxième fois en sept ans. La première fois en 2001, en tant qu’actrice, pour mon premier rôle au cinéma dans Martha, Martha...de Sandrine Veysset, et la deuxième fois pour ma première réalisation avec Il fait beau dans la plus belle ville du monde, j’étais très fière.