« Les procédures longues, qui ont caractérisé certains des premiers procès, peuvent entraîner une détention provisoire très longue. Il faut absolument éviter cela. Si l’acte d’accusation n’est pas concentré sur des faits précis, l’affaire peut s’étendre sur une dizaine d’années. Je trouve cela incorrect. Vis-à-vis de l’accusé, qui a droit à un procès rapide, comme de la communauté internationale. Cela peut même entraîner l’échec du procès, comme cela a été le cas pour Slobodan Milosevic, qui ne sera finalement jamais jugé. C’est ce qui a motivé la directive 73bis, qui permet aux juges d’imposer aux procureurs une limitation de l’affaire. Pour prouver 70 chefs d’accusation, il faut des années. Est-ce bien utile de juger tous ces chefs? Ne vaut-il pas mieux se concentrer sur les principaux ? Certains des autres peuvent être transférés à une autre juridiction, locale, par exemple. »
Fausto Pocar, juge au TPIY de 1999 à 2005, président du Tribunal de 2005 à 2008
« L’avis du Conseil de sécurité, je m’en fiche. S’ils veulent détruire le Tribunal en plein travail, ils n’ont qu’à le faire. Mais ici, chacun de nous a prêté serment. Nous avons juré de rendre justice. Cet organe judiciaire dépend-il vraiment de la date du jour à New York, et de la personne qui prendra la parole au Conseil de sécurité pour parler de notre budget? La question n’est pas là. Car qui paye la facture, en fin de compte ? Ce sont les victimes, qui n’ont pas la possibilité de témoigner. Ou les accusés qui ne disposent pas des conditions nécessaires et équitables pour exposer leur cas. (...) Les avocats sont toujours considérés comme des sales types. Pourtant, le fait que nous représentions des personnes qui ont peut-être commis des actes graves ne signifie pas que nous approuvons ces actes.
Nous sommes là pour accomplir une mission. Sans une bonne défense, les jugements prononcés seraient sans valeur. C’est là tout l’intérêt de la procédure contradictoire. »
Michael Karnavas, avocat au TPIY
« Je crois que pour nous tous qui faisons ce travail, l’implication émotionnelle est très forte. Cela ne veut pas

dire que nos émotions influent sur notre travail : ce serait un désastre. Nous devons coûte que coûte conserver un regard objectif et réaliste sur les affaires. Lorsqu’un procureur travaille sur la même affaire pendant 12 ou 15 ans, c’est-à-dire une part considérable de sa vie professionnelle, et que les juges lui déclarent, juste avant l’audience : “Non, vous ne pouvez pas présenter toutes les preuves...”, l’avocat pensera d’abord aux victimes, aux gens qui nous ont parlé, qui nous ont donné leur témoignage. On a envie de se battre pour le moindre détail de l’affaire, pour chacune des victimes prises individuellement, et ce n’est pas toujours possible. On doit s’efforcer de rester aussi professionnel et objectif que possible pour présenter un maximum d’éléments pendant le temps imparti. Ces affaires sont extrêmement douloureuses, extrêmement complexes, et les examiner en profondeur peut être très éprouvant. »
Daryl Mundis, procureur au TPIY