Notes de Prod. : La Route

    en DVD le 04 Mai 2010

Créer un monde détruit pour La route

Dans un film où la planète est un personnage central, il était crucial pour les cinéastes de trouver une grande variété de terrains qui reflètent l’évolution du paysage à mesure que le père et le fils avancent sur la route, depuis une région montagneuse en passant par les plaines vallonnées du pays et jusqu’à l’océan. De plus, comme la planète a été ravagée par une catastrophe, tous les extérieurs devaient être abandonnés, dévastés et en ruine. Au cours d’une longue période de préproduction, les cinéastes ont visité plus d’une cinquantaine d’endroits pouvant servir de décors au film. La plupart d’entre eux ont été trouvés en Pennsylvanie, sur les rives du lac Erie, en Louisiane dans les régions touchées par Katrina, et dans certaines régions de l’Oregon.
Nick Wechsler note : « Comme Cormac Mccarthy ne dit pas ce qui a ravagé la Terre, nous avons passé en revue les événements récents qui ont causé d’énormes dégâts aux Etats-Unis. La Nouvelle-Orléans nous a permis de montrer les ravages que peut faire une catastrophe naturelle. Nous nous sommes aussi intéressés à d’autres endroits du pays qui ont été détruits par des incendies et des éruptions volcaniques, défigurés par l’industrie, ou vidés de leur population par des problèmes économiques. Nous nous sommes inspirés de toutes les catastrophes naturelles ou nées de la main de l’homme. »
Nick Wechsler ajoute : « Beaucoup d’endroits à Pittsburgh et dans sa région était parfaits pour le film, en particulier une portion d’autoroute abandonnée qui n’était pas très loin, des mines de charbon en plein air désaffectées, et des décharges de charbon qui donnaient au paysage un aspect calciné. Les superbes paysages hivernaux de la Pennsylvanie ont aussi été très utiles. »

Le chef décorateur Chris Kennedy raconte : « Quand j’ai lu le scénario, j’ai été très impressionné par l’habileté avec laquelle Joe Penhall avait adapté le roman. Il a réussi à en tirer des dialogues fantastiques alors que le livre relate surtout les pensées de l’Homme. Dans cette histoire, on voit le monde à travers son regard, et c’était ce qu’il fallait garder à l’esprit pour visualiser les décors. De plus, comme nous voulions utiliser des décors naturels, nous avons parcouru tout le pays pour trouver des endroits nus et dévastés. »
hris Kennedy précise : « Comme le film se déroule aux Etats-Unis, j’ai d’abord fait des recherches sur Internet quand j’étais encore en Australie, et j’ai découvert qu’il y avait en Pennsylvanie beaucoup de villes et de régions abandonnées ou détruites, encore plus qu’en Australie. C’était très excitant et en continuant mes recherches, j’ai trouvé tous ces décors spectaculaires que nous avons utilisés comme la portion d’autoroute abandonnée d’une quinzaine de kilomètres de Breezewood. Etant donné le titre du film, nous avons décidé de tourner sur cette route, puis de chercher autour d’autres endroits exploitables. Cet Etat était aussi le meilleur endroit où commencer le tournage parce qu’il est recouvert d’arbres à feuilles caduques.

C’était très important parce que la nature est morte dans le film, nous avions besoin de paysages hivernaux avec des arbres sans feuilles. « Il y a en Pennsylvanie des régions défigurées par les mines de charbon, et des paysages entiers de sol noirci, recouvert de piles de charbon et de cendre volante, comme si la terre avait brûlé. En fait nous avons utilisé une combinaison d’éléments : l’hiver, les arbres à feuilles caduques, les banlieues sinistrées par des problèmes socio-économiques de Braddock et Keysport, et bien sûr ces paysages dévastés. » Après avoir terminé ses recherches et trouvé quelques lieux de tournage potentiels, Chris Kennedy a envoyé des photos et des notes à son régisseur des extérieurs, Andrew Ullman, qui, par coïncidence, est allé à l’école dans une des régions de la Pennsylvanie où le film a été tourné. Andrew Ullman raconte : « Chris était très enthousiaste à l’idée de tourner en Pennsylvanie. Il m’a envoyé des photos et des notes en me disant que la région était parfaite pour ce film. Nous avons ensuite sillonné l’Etat, et c’est comme cela que nous avons trouvé plusieurs lieux de tournage. » Un des ces lieux est un vieux parc à thèmes de Conneaut qui a servi de décor pour des incendies et un immeuble démoli.

Andrew Ullman remarque : « Nous avons eu beaucoup de chance de trouver cet endroit parce qu’il n’existe pas beaucoup de parcs à thèmes aussi usés par le temps. Il doit avoir plus de cent ans et après quelques restructurations infructueuses, il est aujourd’hui complètement abandonné et en ruine. Nous avons pu y tourner des scènes d’incendie, et ils ont même retardé la démolition d’un immeuble pour que nous puissions filmer. » « Ce parc est un dinosaure. Plus personne n’y vient aujourd’hui. Il était fréquenté par les gens qui n’avaient pas assez d’argent pour aller ailleurs. Ils sautaient dans le train et ils venaient passer l’été ou une semaine ou deux près du lac. La plupart d’entre eux étaient des mineurs et des ouvriers.

« Les lieux dont nous avions besoin pour ce film étaient très différents de ceux que j’ai l’habitude de chercher. On me demande en général des lieux bucoliques ou enchanteurs, c’était donc très intéressant de chercher des paysages désolés et des décors en ruine qui possèdent une certaine qualité graphique. »
Une autre caractéristique différente de ce film était la lumière : les cinéastes ont cherché à simuler une planète privée de soleil. Chris Kennedy explique : « Nous avions besoin d’un temps couvert pour obtenir une lumière diffuse, parce que c’est un monde post-apocalyptique sous un hiver nucléaire, ou quelque chose de semblable. La lumière directe était donc un problème. Javier Aguirresarobe, notre directeur de la photographie, disait même que le soleil était notre ennemi. C’est aussi pour cela que nous avons tourné en Pennsylvanie et en Oregon, le temps y est couvert en hiver. »

Alors que d’autres équipes de tournage se réjouissent de voir le soleil, celle de La Route était déprimée et obligée de tourner en intérieur quand il faisait beau. Chris Kennedy raconte : « Plus le temps était mauvais, plus nous étions contents. Nous avons tourné dans la neige et dans la boue, par un froid glacial et dans des conditions extrêmement difficiles. Quand il neigeait ou qu’il pleuvait, tout le monde était dehors. Il a fallu à l’équipe un peu de temps pour s’adapter et comprendre que ce film qui traite d’une catastrophe environnementale mondiale devait être filmé dans des conditions et un environnement réels. Ce que nous voulions, c’était le côté dramatique de cette catastrophe, pas un ciel éclatant. »

La tâche de traduire en images un monde privé de la lumière du soleil est revenue au directeur de la photographie Javier Aguirresarobe qui, en 35 ans de carrière, a tourné plus de 80 productions, dont Les Autres d’Alejandro Amenábar et Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. Javier Aguirresarobe raconte : « C’est très difficile de filmer une terre morne et désolée, j’ai donc appris beaucoup de choses pendant ce tournage mais cela a rendu mon travail plus compliqué. « Pour moi, le plus important en tant que directeur de la photographie est de trouver de nouvelles inspirations, de nouveaux lieux et de nouveaux espaces que je ne connais pas. Ce film était donc un défi très intéressant parce que dans son livre, Cormac Mccarthy dépeint cette terre apocalyptique comme un monde privé de soleil. »

Très tôt, John Hillcoat a pris la décision de ne faire qu’un usage très modéré des images de synthèse et des effets visuels qui, en conséquence, ont principalement servi à supprimer les couleurs qui se sont glissées dans le cadre de la caméra pendant le tournage. Javier Aguirresarobe observe : « J’ai expérimenté plusieurs techniques différentes sur ce film parce que je savais que l’image allait subir en laboratoire un traitement spécial pour obtenir la qualité visuelle que nous recherchions. J’ai la chance d’avoir une équipe fantastique avec laquelle le courant passe très bien sur le plan personnel et professionnel, et franchement, je suis très heureux de ce film. C’est un projet incroyable qui vaut bien tous les efforts que nous avons faits. La Route est le moment fort de ma carrière, et je pense que c’est aussi le meilleur de tous mes films. »
Le directeur de la photographie continue : « La difficulté majeure sur ce film a été de s’adapter aux caprices du temps et de maintenir une continuité visuelle pendant 60 jours de tournage en extérieurs dans plus de 50 décors différents. Sur ce film, j’ai souvent dit deux choses qui sont devenues populaires dans l’équipe. La première était « Le soleil est notre ennemi », et la seconde était « Tout est possible sur La Route ». Au final, nous avons eu beaucoup de chance avec la météo, le soleil est resté caché pratiquement tout le temps.

« Dans ce film, le soleil n’existe pas et la terre est morte. La couleur verte a disparu. En fait, toutes les couleurs ont disparu. La nuit, la seule lumière, la seule couleur est celle du rougeoiement des flammes. Pour créer cette lumière nous avons utilisé de nombreuses lampes d’ambiance aériennes qui ont illuminé le ciel et donné aux décors un réalisme saisissant. « Dans ce film, toutes les lumières et tous les effets sont très réalistes parce que je veux qu’en sortant des salles, les gens aient l’impression que ce qu’ils ont vu pourrait leur arriver. Je veux qu’ils sentent que ce qu’ils voient est vrai et sincère. Ma plus grande victoire serait qu’ils parviennent à croire en la réalité de cette histoire tout en la regardant dans le cadre artificiel d’une salle de cinéma. « Cette histoire est une fiction, mais elle rejoint la réalité, et la photo devait servir ce réalisme. Mon travail sur ce film a été de créer une lumière naturelle qui restitue la triste vérité de ce monde apocalyptique. »

Après un long et difficile tournage, Javier Aguirresarobe se dit ravi d’avoir travaillé sur La Route, et rend hommage aux deux personnes qui ont « porté le feu » et le film. « Une autre raison qui me rend heureux d’avoir fait ce film est d’avoir travaillé avec des gens formidables, et en particulier avec Viggo Mortensen et Kodi Smit- McPhee. J’ai beaucoup appris en les regardant jouer parce que leur méthode leur permet de faire remonter ce qu’il y a de plus vrai dans leur personnage. Nous avons énormément de chance d’avoir deux acteurs aussi extraordinaires. Les gens n’oublieront jamais ce film. J’en suis certain. »

Sur le tournage de La Route

Le 14 Septembre 2007 - Viggo Mortensen part sur La Route

Le best-seller de Cormac Mccarthy « La Route », récompensé par le Prix Pulitzer l’année dernière, sera adapté sur grand écran avec l’acteur américain dans le rôle principal.

Les livres du romancier américain intéressent beaucoup le grand écran car c’est déjà la troisième adaptation cinématographique d’un de ses ouvrages en moins de dix ans : De Si Jolis Chevaux de et avec Billy Bob Thornton en 2001, No Country For Old Men des frères Coen sur nos écrans le 8 février prochain, et maintenant La Route.

A propos de La route, le best-seller

Adaptée du best-seller éponyme de Cormac Mccarthy qui a remporté le prestigieux Prix Pulitzer en 2007, voici une fable post-apocalyptique qui nous entraîne sur les traces d’un père et de son fils. A travers leurs aventures, nous partageons d’abord l’émouvante relation entre ces deux êtres, mais aussi leur soif de survivre. Cormac Mccarthy est célèbre pour avoir écrit le roman adapté par les frères Coen, No Country For Old Men - Non, Ce Pays N'Est Pas Pour Le Vieil Homme, un film qui leur avait valu quatre Oscars dont celui du meilleur film – et celui porté à l’écran par Billy Bob Thornton, De Si Jolis Chevaux.

Une histoire puissante, terrible et magnifique

La Route est un film qui devait être fait, mais une histoire sur la fin du monde qui parle de cannibalisme, de violence et d’autres sujets difficiles ne semble pas, au premier abord, être la meilleure idée pour un film grand public. Bien que certains studios aient d’abord refusé le projet pour cette raison, les producteurs, le réalisateur et les acteurs de La Route étaient motivés par la certitude que le roman de Cormac Mccarthy pouvait faire un film inoubliable. Après avoir vu lui échapper les droits de Non, ce pays n’est pas pour le vieil Homme, le producteur Nick Wechsler, grand admirateur de Cormac Mccarthy, a demandé à ses agents littéraires de lui dire quand le prochain livre serait disponible.

La Route : Un voyage multiple

L’histoire de La Route est simple, mais passionnante, et bien qu’on y croise quelques personnages secondaires, elle se concentre sur le père et le fils. Viggo Mortensen raconte : « Les questions profondes que soulève le livre m’ont aidé à trouver l’âme de mon personnage. Son histoire et les réflexions qu’elle m’a inspirées m’ont conduit à me demander ce que nous réserve le futur. Quand le monde aura disparu, que restera-t-il de nous, de notre culture et de notre humanité ? « C’est de cela dont parle cette histoire. Que se passe-t-il quand on vous prend tout ? J’entends par là absolument tout. C’est ce qui arrive à cet homme et son fils.

Souvenirs, compagnons et adversaires de La Route

Alors que le roman La Route raconte le voyage solitaire de ses deux personnages dans un monde où les autres humains sont soit un danger, soit un souvenir ou encore des protagonistes secondaires, son adaptation en film ne pouvait se faire sans mettre davantage en avant certains autres des personnages. Les cinéastes ont donc pris la décision de développer et de donner plus d’importance aux personnages que le roman nomme la Femme (Charlize Theron), le Vieil Homme (Robert Duvall), le Vétéran (Guy Pearce), et le Voleur (Michael Kenneth Williams). Pour le producteur de Sexe, Mensonges Et Vidéo (Nick Wechsler), le réalisateur de The Proposition (John Hillcoat) et le scénariste de Délire D'Amour (Joe Penhall), seuls quelques grands acteurs de renommée mondiale pouvaient interpréter ces rôles.

La route après l’apocalypse

Pour John Hillcoat, une des difficultés du film était de montrer l’horreur d’un monde ravagé sans avoir recours aux clichés du genre post-apocalyptique. Pour y parvenir, le réalisateur s’est entouré de collaborateurs avec qui il avait déjà travaillé : le monteur Jon Gregory, le chef décorateur Chris Kennedy, et la chef costumière Margot Wilson. John Hillcoat raconte : « Après The Proposition, j’avais envie de continuer à travailler avec eux pour le restant de mes jours. Ce que j’aime chez Chris et Margot, c’est leur attention du détail. Leur compréhension de l’histoire et du film va bien au-delà de ce qu’ils sont censés faire dans le cadre de leur métier. Comme Chris, Margot comprend parfaitement les personnages, ce qu’ils font, les thèmes qui leur sont associés et comment les traduire dans leur environnement.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 1 318 entrées
  • 1er jour IDF : 10 502 entrées
  • 1ère semaine IDF : 79 217 entrées
  • Cumul IDF : 128 755 entrées

  • 1ère semaine France : 197 280 entrées
  • Cumul France : 323 643 entrées