La Route

La Route

Un film de .
Genre : Drame - Durée : 1H25 mn
Sortie en salles le 16 Janvier 2002 - en VOD/DVD le 20 Septembre 2006
Spectateurs
" est un cinéaste de la rigueur. Une rigueur quasi mathématique qu'il doit à une formation scientifique à laquelle il fait volontiers et fréquemment référence.
A ce titre, il cultive une véritable vénération pour Robert Bresson.
C'est ainsi qu'il nous a raconté à sa façon son histoire avec Bresson : alors qu'il étudiait le cinéma au VGIK de Moscou, il apprit que le réalisateur français venait de publier "Des Notes sur le Cinéatographe".

Il réussit à convaincre le bibliothécaire de son Institut de se procurer la version française de l'ouvrage qui n'existait pas encore en russe. Puis il recopia scrupuleusement chaque ligne, chaque mot de ce livre rédigé dans une langue et un alphabet qu'il ne connaissait pas. Enfin, il confia ces pages manuscrites à une traductrice qui n'arait pas été autorisée à pénétrer dans l'école. C'est ainsi que ces notes furent traduites sur un cahier d'écolier pour le seul .
aime nous raconter ses histoires… Il n'aime pas les écrire.

Le réalisateur Kazakh n'est pas un scénariste. Il recherche la simplicité et c'est pourquoi ses scénarii sont si minces, si ténus et pourtant si explicites, si visuels. LA ROUTE est une déclaration d'amour en forme de "jeu de l'oie" malicieux et nostalgique, un manifeste vital qui brouille les pistes du récit.
La narration sème le trouble, elle divague sans itinéraire précis et pourtant à la lecture du scénario, on a le sentiment d'une nécessité extrême, d'une précision d'orfèvre. Enlevez une seule scène et la tension que a magistralement installée, s'évanouit.

La ligne blanche que nous suivons tout au long de LA ROUTE est la prise de conscience du protagoniste-cinéaste – à l'image de – qui découvre à la mort de sa mère que le temps a passé et qu'il est à mi-course de sa vie d'homme. C'est l'heure du bilan avec son cortège de désillusions, la fiction du rêve fait place aux réalités amères.
Une petite leçon d'ironie et d'humilité pour cet homme qui doit désormais envisager son avenir d'amant, de père et d'artiste sous le signe de la maturité, LA ROUTE nous dit que la vie est brève, fragile, dérisoire.

C'est le temps des lucioles attirées par la lumière qui les brûle.
C'est l'existence d'un cinéaste qui entraîne ses semblables dans le rai aveuglant d'un projecteur : quelle illusion.
C'est ce que nous raconte : nos destinées éphémères."


Elise Jalladeau & Joël Farges (ARTCAM PRODUCTION).


ENTRETIEN AVEC DAREJAN ORMIBAEV :

Comment est née l'idée de ce film ? Pourquoi avoir choisi comme héros principal un réalisateur ?

"L'idée de ce film m'est venue, je crois, à l'époque de Terminus (Konescnaja Ostanovka) de Serik Aprymov. Après la présentation du film, il y a eu un petit scandale. A cette époque je n'étais pas encore réalisateur mais je travaillais dans l'unité de production Miras comme rédacteur. Un jour, mon chef m'apporta du Parquet une plainte déposée par une jeune actrice qui avait joué dans le film. C'étais moi qui devais répondre à cette lettre.
Le problème était le suivant : on n'avait pas prévenu cette jeune fille que la scène dans laquelle elle avait joué était, après le montage, assez osée. La partie plus érotique fut tournée avec une autre actrice. C'est le montage qui donne l'impression que c'est la même jeune fille que l'on déshabillait. Elle n'avait pas été prévenue et s'est donc rendue à la première du film. Elle venait d'un village nommé Aksuat, je crois, et lorsqu'elle s'est vue nue sur l'écran, elle s'est indignée et a écrit une lettre au Procureur Général.
Là-bas, ils ont regardé cette lettre, mais n'ayant pas vraiment compris de quoi il s'agissait, ils l'ont envoyée aux Studios. J'ai donc fait nos excuses en expliquant que la création artistique était ainsi faite. J'ai pensé que c'était intéressant et que ça pouvait faire l'objet d'une scène dans un film. D'un côté c'est assez drôle, mais d'un autre côté, ça pose problème… Cette histoire m'est restée en mémoire et a été la première idée directrice du film. Et j'ai tenu à ce que Serik Aprymov joue dans mon film. Il avait créé toute cette histoire et c'était à lui d'y mettre un point final. Il l'a compris et il joue le rôle du frère de la jeune fille. J'utilise aussi quelques images de son film Terminus…"
Remonter