Notes de Prod. : La Sainte Victoire

    en DVD le 14 Avril 2010

La Sainte Victoire par Christian Clavier

Comment êtes-vous arrivé sur le projet de La Sainte Victoire ?
François Favrat a souhaité me rencontrer. J’ai vu son premier film, Le Rôle De Sa Vie, en DVD et je l’ai trouvé très intéressant, avec une excellente gestion d’acteurs, et une histoire intelligente, plus complexe que ce que l’on voit d’habitude, ne mettant pas en scène que des «gentils» et des «méchants». On y trouvait des relations humaines riches comme il y en a dans les films de Sautet. J’ai trouvé François à la fois assez sympathique et assez pointu, en interrogation, en réflexion. Lui en tant qu’homme et son scénario me convenaient.

Qu’est-ce qui vous tentait dans le scénario de La Sainte Victoire ?
L’histoire est centrée sur les personnages. La description que fait François des rapports entre les gens est intéressante. La Sainte Victoire parle des gens. Sa description n’en est ni manichéenne, ni monolithique. Il y a un contexte, une forme de thriller politique qui n’est pas mal fait du tout et qui sonne juste mais, au-delà de cela, il est d’abord question de rapports de confiance, puis de confiance trahie. Cela promettait d’être passionnant à jouer. Le fait de le jouer face à Clovis Cornillac renforçait encore l’intérêt du projet. Je ne connaissais de lui que son travail, nous n’avions jamais travaillé ensemble. Le projet rassemblait par ailleurs d’excellents acteurs, pointus, comme Michel Aumont ou Valérie Benguigui, et je me suis dit que cela valait le coup d’aller dans un registre différent de ce que je fais habituellement. Cela m’a plu.

Qui est Vincent Cluzel ? Comment avez-vous approché ce personnage ?
Je l’ai abordé en essayant d’être le plus proche possible d’une forme de réalité liée au type de milieu dans lequel il vit. Cet homme souhaite mettre certaines idées en application et doit les confronter à son ambition personnelle mais également à la conquête du pouvoir. Il est intéressant de réfléchir à ces choses-là. Cluzel est confronté à un principe de réalité. Je suis toujours intéressé lorsque les personnages sont confrontés à un principe de réalité. C’est ce qui fait la qualité de l’écriture de Favrat.
Tous ses personnages sont confrontés à un principe de réalité. Ce ne sont ni des utopies ni des fantasmes. Je suis acteur, je peux sauter allègrement de «Napoléon» à «La Cage aux folles», du film Les Visiteurs au film Le Prix à Payer ou au film de François Favrat. La majorité des choses que j’ai faites par goût ou par inclination profonde a toujours été de la comédie, ou de la farce, des choses extrêmement populaires, alors ce rôle peut paraître inattendu à certains. Pas à moi. Ce type de personnage me ravit. Avec son âge, avec sa personnalité, avec une fille, tout cela me plaît. Ce sont des rôles qui m’intéressent. Je n’ai pas le sentiment que ce soit un rôle inattendu pour moi. J’ai été formé par ma professeur Tsilla Chelton - comme tous mes camarades du Splendid - à servir les auteurs, en l’occurrence François Favrat qui m’offre ce rôle.

Comment avez-vous travaillé avec Clovis Cornillac ?
Clovis m’a surpris à de nombreux moments et c’est ce qui est plaisant lorsque l’on joue avec de vrais acteurs. Clovis est un vrai bon acteur. Il invente des choses, il donne de lui, donc automatiquement on se trouve sollicité dans les scènes. Il y a des scènes, notamment de confrontation, des moments très forts, où il m’a surpris, et donc fait réagir. J’aime cela. Il est très motivant de jouer avec quelqu’un qui a cette qualité, cette capacité de jeu. Il a fait beaucoup de théâtre, il a une très belle carrière. Il est à la fois généreux et très précis... Il joue, quoi !

Votre personnage dans La Sainte Victoire se retrouve souvent dans des face-à-face riches d’enjeux, avec votre fille jouée par Vimala Pons, avec le personnage de Valérie Benguigui aussi...
Les rapports père-fille sont peu traités, mais simplement parce que le sujet est ailleurs. La fille s’éloigne de son père par amour pour Xavier. Cela a d’ailleurs poussé François à rajouter des scènes qui n’étaient pas prévues initialement, des petits moments qui m’ont beaucoup plu. Cette tension entre les personnages, ces enjeux, sont le propre des bonnes histoires. S’il n’y a pas d’enjeu, pas de tension, il n’y a rien à jouer. Il est question de gens qui se rencontrent par intérêt et qui deviennent très «amis».
Évidemment, ces amitiés ne sont pas fondées sur des bases suffisamment saines et fortes pour qu’elles tiennent longtemps. C’est un thème que François abordait déjà dans Le Rôle De Sa Vie. Ici, c’est par intérêt que Clovis vient vers moi et j’ai un intérêt à le faire travailler pour moi. Il a un intérêt pour ma fille et d’un coup, tout se détruit. Ce sont de vrais rapports humains, d’authentiques parcours, et je trouve cela passionnant.

En découvrant La Sainte Victoire terminé, avez-vous vu surgir quelque chose que vous n’aviez pas senti en le jouant ?
Profondément, je pense que toute l’histoire politico-policière reste l’anecdote et le cadre du film. Le point essentiel, ce sont les rapports humains. C’est cela qui m’intéressait et que j’ai vu apparaître clairement en découvrant le film. Je l’ai dit à François. Il y a chez lui une capacité remarquable à parler des gens sans se faire bouffer par l’anecdote.

Y a-t-il des aspects de Vincent Cluzel qui vous touchent, dont vous vous sentez proche ?
J’aime sa sincérité. Il est embarqué dans un parcours difficile mais je crois en fait qu’il le savait dès le départ. Je ne pense pas qu’il soit dupe, même s’il ne savait pas jusqu’où cela l’entraînerait. Je dirais qu’il apprend la vie, paradoxalement, un peu comme le personnage de Clovis à son niveau. Ils sont confrontés à un principe de réalité. C’est blessant et parfois déstabilisant, mais peut-être ces expériences leur feront-elles du bien. Ce sont des leçons de l’existence. Elles peuvent être sévères mais sont souvent nécessaires.

Quel regard portez-vous sur l’esprit de La Sainte Victoire ?
Pour moi, c’est un constat intelligent. Le film dit les choses telles qu’elles sont. Je ne le sens ni amer, ni d’un positivisme forcené. Entre le point de vue du personnage de Valérie Benguigi, celui du mien ou celui de Clovis, le film ne fait que constater. François est assez profond, il a une écriture précise. Quand on dépeint la société, sans pour autant être Balzac ou Maupassant, on arrive à ce ton.
On peut dire que Maupassant est très cruel, je ne suis pas sûr qu’il soit amer, et Balzac non plus. Ou même Simenon. Ils parlent de milieux, il y a une dimension de cet ordre-là, mais je ne crois pas que ces gens se placent comme pessimistes ou optimistes. Ils dépeignent. Il y a des moments d’émotion dans La Sainte Victoire, des moments de tristesse, de gaieté aussi. Il y a de la vie.

Comment qualifieriez-vous François en tant que metteur en scène ?
C’est un bon metteur en scène. Il a fait une très grande confiance à son équipe, à Giovanni Fiore Coltellacci, son chef opérateur italien et cadreur. Il a tourné en scope en faisant beaucoup de plans. Il est très exigeant sur les prises et possède un vrai sens du montage. C’est un réalisateur idéal pour raconter des histoires. Des histoires de gens. Je crois que François a un point de vue iconoclaste - et je ne parle pas de rire. À un moment ou à un autre, il va sans doute se laisser aller à ça, et ce sera certainement du très bon cinéma.
Quand on le prend à contre-pied, ça lui plaît. C’est un type curieux, intelligent et formidablement sympathique. Il a du charme, comme son film. Il y a un mélange de gens, de milieux, de générations.

Quel souvenir personnel gardez-vous de l’expérience de La Sainte Victoire ?
C’était très intéressant à jouer. Cela fait partie des vrais rôles de comédien. J’ai aimé être avec une autre génération. François Favrat, c’est une autre génération, une génération jeune qui me voit comme quelqu’un qui peut être établi, avec des enfants, et cela me plaît beaucoup. C’est quelque chose qui était esquissé dans Le Prix à Payer mais il me semble que là, François m’a donné un rôle qui correspond à mon âge, dans le registre de la comédie dramatique de mœurs. Je trouve très intéressant que ce soit cette jeune génération qui vienne me voir avec ce type de personnage-là. Cela m’amuse beaucoup et je m’y prête très volontiers. Il y a pas mal de jeunes qui me proposent des choses étonnantes en ce moment et ça me plaît bien.

Entretien avec François Favrat, réalisateur de La Sainte Victoire

Le titre de votre film - La Sainte Victoire - peut être perçu de plusieurs manières différentes. Pouvez-vous nous en parler ?
Au-delà d’un clin d’œil à la montagne située près d’Aix-en-Provence, région colorée et lumineuse où se déroule l’action, le titre propose une double lecture qui, à mon sens, résume parfaitement la thématique du film : faut-il être prêt à tout pour réussir quitte à se compromettre ou à vendre son âme ? Ou la victoire se doit-elle d’être atteinte en restant intègre ? Chacun de mes personnages est construit autour de ce dilemme : «Qu’êtes-vous prêt à perdre pour gagner ?».

La Sainte Victoire par Clovis Cornillac

Comment avez-vous rejoint le projet de La Sainte Victoire ?
Lorsque François m’a donné le scénario, nous avons tout de suite accroché humainement. J’ai aimé son côté timide tout en étant sincère et décidé. J’ai trouvé le scénario formidable mais pour des raisons de planning, je ne pouvais le tourner que très vite, ou pas du tout. François était prêt, il ne manquait que l’interprète de Vincent Cluzel.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 408 entrées
  • 1er jour IDF : 2 862 entrées
  • 1ère semaine IDF : 23 035 entrées
  • Cumul IDF : 27 898 entrées

  • 1ère semaine France : 78 474 entrées
  • Cumul France : 93 707 entrées