ENTRETIEN AVEC STEVEN SHAINBERG (réalisateur)Comment est né ce projet ?
"Le film est l'adaptation d'une nouvelle signée Mary Gaitskill, parue il y a une dizaine d'années dans un recueil intitulé "Bad Behavior". J'avais lu ce recueil à l'époque de sa sortie et avais apprécié l'ensemble des nouvelles qui y figuraient. Lors de mes études à l'AFI (American Film Institute) j'ai adapté SECRETARY pour en faire un court métrage (…). Beaucoup de personnes à Hollywood furent intéressées par le projet pour en faire un long métrage. Mais lorsque je les rencontrais et que je leur disais que ce film n'était pas un paradigme de l'histoire classique, (…) mais qu'au contraire, il allait découvrir quelque chose de merveilleux dans sa relation de soumission à son patron, les gens me prenaient pour un fou. Du coup, mes interlocuteurs étaient beaucoup moins partants pour travailler dessus et personne ne voulait plus s'embarquer dans le développement d'une telle histoire. J'ai mis le projet de côté durant quatre, cinq ans. Entre temps, Erin Wilson –qui est auteur dramatique et une de mes meilleures amies- et moi cherchions quelque chose sur lequel travailler en collaboration, et comme rien ne nous convenait, nous avons repensé à SECRETARY. "
Maggie Gyllenhaal a-t-elle eu des réticences par rapport au rôle ?
"Elle en a eu mais pas pour les raisons qui pourraient paraître évidentes. Cela concernait plutôt la manière de jouer les choses, de trouver le ton juste. Quant à savoir jusqu'où aller pour ce rôle ou comment chercher à s'en protéger, elle n'a jamais soulevé le problème. On parle souvent des acteurs qui n'ont peur de rien, je peux vous assurer que c'est absolument son cas. "
Qu'est-ce que dans cette histoire a suscité chez vous dès le départ le désir d'en faire un film ?
"LA SECRÉTAIRE parle non seulement de sexe, d'amour et de pouvoir mais surtout de la façon dont tout cela s'entremêle. Cela m'intéressait de travailler sur une histoire d'amour qui brasse tous ces éléments, qui soitt certes différente des autres mais sans pour autant tomber dans un versant sombre ou effrayant. Que de cette relation puisse ressortir une sorte de luminosité et de beauté. Je pense sincèrement qu'il n'y a rien de bizarre dans tout cela. En revanche, peut-être que ce qu'ils font ensemble, exprime de manière métaphorique ce qui existe dans la plupart des couples où d'une certaine façon, je crois que les choses fonctionnent ainsi. Ils traversent des hauts et des bas, et il est question comme toujours de manipulation. Sauf qu'ici, celle-ci entraîne finalement une forme d'honnêteté dans leurs rapports. Pour moi, le problème des "histoires d'amour" est qu'elles me semblent trop simplistes. En revanche, la sensibilité avec laquelle Mary Gaitskill a écrit son roman m'a semblé particulièrement familière. Ce qui est assez étrange car sa nouvelle est écrite du point de vue d'une jeune femme que l'on dira plutôt dérangée. Mais elle a eu pourtant chez moi une véritable résonance. "
Cette histoire est donc d'après vous une métaphore de toutes les histoires d'amour ?
"Absolumment. D'une part, nous avons deux personnes extrêmement particulières qui allant à la découverte de leurs complexités respectives, se trouvent l'une l'autre. Et d'autre part, la façon dont le pouvoir s'exerce entre eux et dont il s'exprime érotiquement, est familière, du moins je le crois, à beaucoup d'autres couples, qu'ils soient ou non engagés dans ce genre de relations très spécifiques.
Vous ne faites pas de cinéma à propos des hommes ou des femmes en général. Vous faites un film sur "cet homme et cette femme". Et si vous faites bien votre travail, alors le film ira à la rencontre de nombreuses autres personnes. Du coup, je me suis bien plus appliqué à savoir qui étaient vraiment Lee et Mr Grey et à cerner leur psychologie, qu'à essayer de dire des choses très universelles. "
Mais Mr Grey n'est-il pas parfois effrayant ?
"Pas du tout. Il n'est jamais effrayant mais lui en revanche est effrayé. Il l'est par l'amour comme d'ailleurs la plupart des hommes selon moi. Ce personnage a développé une sorte de haine de soi en rapport avec ce qu'il a conscience de désirer. Ironiquement, il est vraiment le seul dans le film à penser que quelque chose ne tourne pas rond chez lui. Et là encore, c'est quelque chose que l'on retrouve souvent chez les hommes. Alors, le fait qu'à travers le personnage de James Spader, le film mette à jour ces contradictions et ces fragilités peut être perçu comme une sorte de menace. Quoi qu'il en soit, les gens réagissent au film de manière très personnelle et très viscérale, et c'est cela qui est formidable." |
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