Notes de Prod. : La tendresse du loup

Interview de Anissa Daoud

Qu'est-ce qui vous a intéressé dans ce projet ?
Le scénario parlait formidablement bien de ce qu'est devenu Tunis aujourd'hui, entre schizophrénie, beauté et violence, entre promiscuité et solitude extrême. Car, plus encore que dans Khorma, le premier film de Jilani Saadi, la ville participe à la détresse des deux personnages principaux.

A Quoi Cette Détresse Est-elle Liée ?
Je crois que les rapports entre les individus se sont considérablement tendus : entre père et fils, patron et employé, professeur et élève, flic et homme de la rue et surtout entre homme et femme. Le rapport traditionnel qui existait entre les différentes strates de la société a été balayé depuis bien longtemps, mais il n'a été remplacé par rien de cohérent. Du coup, il y a une difficulté à penser le collectif et encore plus à se penser individuellement en dehors de ce collectif : il s'agit d'une crise d'identité très douloureuse qui empêche les êtres de se déterminer et de se projeter dans l'avenir. Ils sont incapables de se dire comme de se rêver. C'est aussi de cela que parle le film.

Quel regard portez-vous sur votre personnage ?
Pour moi, Saloua s'en sort mieux que les personnages masculins, mais en apparence uniquement...

Pourquoi ?
Je vois le film comme une tragédie grecque, dont le paroxysme est le viol : le point de non-retour. A ce moment-là, le destin des personnages est joué : ils vont tous périr, de manière réelle, symbolique ou métaphorique – à l'exception de Saloua, qui est déjà morte : elle est incapable de se penser autrement que dans son quotidien sordide.
Certes, elle jouit parfois d'une liberté totale, comme dans la scène du cabaret où, pleine de vie, elle se met à danser malgré le viol, invaincue et tenant tous les hommes présents en son pouvoir. Mais en dehors de ces quelques moments de jouissance, elle n'est que dans la survie de l'instant, sans aucune perspective d'avenir.

Saloua semble profondément liée à Tunis...
Oui, elle se confond même parfois avec la ville qui la nourrit et la détermine. Le fait qu'elle habite le monde de la nuit n'est évidemment pas anodin : c'est à la fois un monde de liberté totale et un monde qui la fragilise puisqu'elle est à la merci de tous ceux qu'elle croise sur son chemin. Dans les scènes du scooter, on sent très bien qu'il y a un lien quasi organique entre elle et Tunis.

Que pensez-vous de Stoufa ?
J'ai le sentiment que Saloua et Stoufa sont les versants d'une seule et même personne. Lui est un rêveur qui n'a pas le courage de mener à bien ses fantasmes. A l'inverse, elle ne rêve plus, mais il ne lui reste que l'élan vital et la force de mordre ! Par ailleurs, même si Stoufa subit une injustice, il n'a pas pour autant un comportement exemplaire au moment du viol : il ne la défend pas jusqu’au bout. Les films de Jilani parlent souvent de la lâcheté des hommes ...et de leurs rêves non accomplis ...

Comment vous êtes-vous préparée au tournage ?
Même si le film n’est pas bavard, nous avons beaucoup répété les dialogues – y compris les plus anodins – et travaillé la musicalité du dialecte tunisien car Jilani tenait à ce que la langue soit ancrée dans la réalité de la rue.

Comment s'est passé le tournage ?
Jilani un réalisateur constamment à l'écoute. Même s’il sait exactement ce qu’il veut, il envisage plusieurs pistes pour la même séquence, ce qui permet d’aller très loin dans l’exploration des personnages et de toucher à des émotions très fortes. Tous les soirs, après avoir visionné les rushes tournés la veille, il décidait de la nouvelle approche à tenter.

Interview de Jilani Saadi

Comment est né La Tendresse du loup ?
Quand je suis revenu en Tunisie en 2000, après vingt ans d'absence, pour y tourner mon premier long métrage, Khorma, j'ai été frappé par l'agressivité et la violence des rapports entre les gens, et plus particulièrement entre hommes et femmes. J'ai souhaité en rendre compte dans mon deuxième film car, pour moi, c'est le signe inquiétant d'une société en crise. D'autre part, j'avais envie d'écrire une histoire d'amour pour Mahamed Graya, que j'avais déjà dirigé dans Khorma et que j'avais trouvé magnifique.

Secrets de tournage

J’ai fait ce film en m’inspirant de deux faits divers que l’on m’a racontés pendant la réalisation de mon premier film Khorma. Comme je vivais en France à l’époque, le tournage fut pour moi l’occasion de me replonger dans la société tunisienne que j’avais quitté 20 ans auparavant.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 405 entrées
  • Cumul IDF : 405 entrées

  • 1ère semaine France : 572 entrées
  • Cumul France : 572 entrées