J’ai fait ce film en m’inspirant de deux faits divers que l’on m’a racontés pendant la réalisation de mon premier film
Khorma. Comme je vivais en France à l’époque, le tournage fut pour moi l’occasion de me replonger dans la société tunisienne que j’avais quitté 20 ans auparavant.
La chose qui m’a le plus marquée, surprise et même choquée, c’est la violence des relations entre les gens. Cette violence des rapports et cette lâcheté ambiante sont pour moi les révélateurs d’une société en crise.
Le viol est l’expression la plus abjecte de cette violence sociale. Comment peut-on jouir de la douleur et de la négation de l’autre ? Cette question m’a servi de repère pour le tournage de cette scène terrible. J’ai évité de filmer la nudité des corps pour ne pas tomber dans une forme d’érotisme malsain. J’ai préféré filmer essentiellement les visages et les mains.
Saloua et Stoufa représentent une partie de cette jeunesse tunisienne qui vit dans une dualité et même une schizophrénie. De l’extérieur, l’apparence est flatteuse, élégante, sexy, extravertie. Mais dès que l’on gratte cette apparence, on ne trouve que souffrance, contradiction, et culpabilité.
Après cette nuit folle, Stoufa retourne à son point de départ, la tête cachée sous les draps, couché dans son petit lit, dans la maison du père contre lequel il s’est révolté en vain.
Ce sentiment d’impuissance est partagé par toute la jeunesse en Tunisie et dans le monde arabe. Une jeunesse qui n’a pas appris à tuer le père ...
Jilani Saadi