Notes de Prod. : La Tourneuse de pages

    en DVD le 22 Mars 2007

Entretien avec Denys Dercourt

Quel a été le point de départ de La tourneuse de pages ?
A l’origine, il y a mon désir de filmer une vengeance – un thème qui m’a toujours semblé à la fois très fort et très cinématographique. Puis, en affinant mon idée, j’en suis venu à envisager l’histoire que je voulais raconter comme une vengeance sociale, avec des rapports de classes marqués. Je crois toutefois que cette idée était plus importante dans le scénario qu’elle ne l’est finalement dans le film.
Quant à l’univers musical qui constitue l’arrière-plan de l’intrigue, il s’est imposé avec évidence parce que je le connais, c’est mon environnement et c’est là d’où je parle. En tant que professeur au conservatoire, je participe très régulièrement à des jurys et je vois ainsi défiler beaucoup d’enfants qui pourraient ressembler à la Mélanie du début du film.

Comment avez-vous écrit le film en composant autour de ces éléments ?
Très vite, j‘ai su que mes protagonistes seraient deux femmes, dont une plus jeune que l’autre, et qu’il y aurait quelque chose de très physique dans leur relation. Autour de ces données, j’ai défini quelques lignes de force qui sont celles de mon récit. Puis j’ ai écrit le scénario comme je le fais toujours, à la manière d’un compositeur de musique, en alternant des phases de tension et de détente. Lorsque je suis au stade du scénario, je vois le fil narratif de mon film comme une portée de musique, sur laquelle je place des points de tensions. D’où sans doute, la dimension, assez linéaire du film. Enfin, j’essaie de faire émerger plusieurs « scènes fortes » comme celle du cache-cache ou de la piscine, des points primordiaux autour desquels le récit s’organise.

En effet, pour un film comme celui-ci qui repose sur le suspense psychologique, la narration est étonnamment limpide. Le récit suit une ligne presque droite et dispense assez peu de fausses pistes.
La simplicité, l’épure, est quelque chose d’important pour moi. Je revendique le fait de faire des films simples, nourris par des éléments plus complexes et des niveaux de lecture multiples que le film n’affiche pas forcément. A cet égard le choix de l’acteur est fondamental. Par ailleurs il y a tout de même certaines zones d’incertitude, des creux, notamment toutes la partie qui précède l’arrivée de Mélanie à la gare. Jusque là, impossible de dire quelle direction va prendre le film, pas plus que l’on ne sait si sa nouvelle rencontre avec Arianne est un hasard ou si Mélanie a médité sa revanche pendant 10 ans.

Le film n’a pas d’héroïne clairement définie. Chacune des actrices endosse alternativement ce rôle à un moment du film.
Absolument. Cela m’intéressait beaucoup d’utiliser ce type de basculement de focalisation. Au début, on a une enfant qui subit un préjudice évident, et puis peu à peu, celle que l’on présume être la « méchante », le personnage incarné par Catherine Frot, se révèle plus faible plus fragile que l’autre et devient une victime à laquelle on finit par s’identifier. En cela je crois avoir réalisé un film qui n’est pas manichéen.

Aviez-vous des référents, que ce soit dans l’écriture ou la mise en scène ?
J’ai écrit le film lors d’un séjour au Japon, ce qui m’a sans doute influencé. J’avais alors en tête le travail de plusieurs photographes nippons, certaines peintures (notamment la peinture monochrome), et puis je me suis rappelé un film que j’ai vu il y a longtemps, La Vengeance D’un Acteur de Kon Ichikawa. Pour ce qui concerne le filmage de la musique, ma référence absolue est Straub et Huillet quand ils filment Bach. Mais je n’ai pas cherché plus que cela à penser en termes de référents car je m’en méfie beaucoup, il est très facile d’être écrasé par eux.

Parlez-nous du final.
Je n’étais d’abord pas sûr de vouloir qu’Arianne s’évanouisse, mais l’idée de la chute physique, de l’effondrement, me plaisait beaucoup. Et puis ensuite il y a l’ultime plan, sur M2lanie qui marche. C’est le seul instant du film où la musique prend le dessus sur l’image, où je laisse l’émotion se libérer. Par là, j’ai voulu relâcher la tension accumulée au fil du film.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 72 794 entrées
  • Cumul IDF : 198 472 entrées

  • 1ère semaine France : 207 651 entrées
  • Cumul France : 740 674 entrées