Du sur-mesure.
Le rôle a été écrit pour moi. C’est flatteur, mais ça fait peur. l’image que le réalisateur a de moi n’est-elle pas erronée ? est-ce qu’il ne me surestime pas ? Va-t-il me demander de faire des choses que je ne sais pas faire ? Ceux qui ne me connaissent qu’à travers mes films, me voient souvent dans des rôles austères, durs, violents. on est responsable de ce qu’on dégage ; avec le recul, l’âge et l’expérience, on prend plus conscience de l’image que l’on donne de soi. les réalisateurs qui me connaissent plus intimement, comme
Pierre Jolivet, semblent avoir envie d’aller chercher en moi un côté comique que j’ai dans la vie ! mais dans le travail, quand je ne connais pas les gens, je me renferme.
Passage à la réalisation.
Je l’occulte en redevenant « simple » acteur. Je suis peut-être plus conscient des focales, qui me donnent une notion plus précise de l’espace dans lequel je peux me mouvoir. C’est juste une petite information supplémentaire... En revanche, je me suis rendu un peu plus compte du statut privilégié que possèdent les acteurs sur un plateau.
Répétitions avant tournage.
On a répété un mois avant de tourner. C’est la première fois que ce luxe m’est offert. Pour un film comme
La Très Très Grande Entreprise, ce n’est pas un luxe, c’est essentiel. Ce mois de répétition a permis à chacun - quatuor de tête et seconds rôles - non seulement de trouver ses marques, mais aussi l’angle sous lequel il ou elle allait aborder son personnage, et les traits qu’il ou elle aurait envie de lui donner. Pareil pour l’équipe technique.
Tournage.
Au quotidien, le travail d’acteur sur un plateau est un trip dans l’absurde. Lorsque la caméra est sur vous et qu’il vous faut simplement réagir à une réplique tournée une semaine plus tôt ou qui le sera une semaine plus tard, vous vous dites : « C’est un métier ? ». Certains films se font dans la douleur. Ou dans le conflit. Ce n’est pas forcément mauvais. Ça dépend du sujet, de l’atmosphère... Ici, cette bonne ambiance, avec des gens qui travaillent ensemble depuis longtemps, faisait de ce tournage une histoire de famille. Au sens « cirque » du terme. C’est dans ce genre d’atmosphère que je réalise qu’on a de la chance de faire ce métier.
Réalisateur-acteur.
Pierre a un vrai passé d’acteur. Avec lui, je sais que je peux aller très loin dans le jeu. Si je me plante, je sais qu’il me récupérera. Je lui ai même fait jouer certaines de mes scènes. C’est une approche que nous avions découverte, Pierre et moi, sur
La Très Très Grande Entreprise, et même avant, sur Fred. En lui faisant jouer « ma » scène, je me rends compte de ce qui fonctionne, je vois ce que je peux ajouter, ou enlever. Après, on inverse le processus.
Réalisateur-citoyen.
Cela fait quinze ans que Pierre me parle d’environnement, de pollution et de tri des ordures, entre autres. A l’époque, il avait déjà cette conscience, qui me paraît si évidente aujourd’hui. Pierre est un cinéaste qui a des choses à dire et qui s’implique dans et en dehors de son métier. J’ai beaucoup de respect pour ses engagements. Mais qu’il ait, par le biais de la comédie, trouvé la manière de traiter ces problèmes sans vous en assommer et sans oublier de faire du cinéma, respect !