Notes de Prod. : La Valse des pantins

    en DVD le 03 Mars 2004
« Après Raging Bull, je suis redevenu nerveux. Pour moi, ce film était un film de kamikaze : j’y avais tout mis et je pensais que ce serait mon dernier film. Je pensais partir tourner des films documentaires à Rome sur la vie des saints – j’avais appris des choses nouvelles à leur propos.
Je pensais me reconvertir dans le documentaire. J’étais encore un peu insatisfait. J’aimais Raging Bull, et j’avais encore en moi l’énergie que j’avais mise dans ce film sans vraiment savoir ce que j’allais en faire.

Alors Bob a fait de nouveau son apparition en me proposant La Valse des pantins. Il m’a dit : "C’est un film que tu pourrais tourner à New York, très rapidement. Tu ferais ce que tu veux." J’y ai réfléchi. Puis j’ai eu l’idée de Jerry Lewis, que j’ai rencontré à Las Vegas et à Los
Angeles. Ensuite, j’ai choisi Sandra Bernhard. J’étais encore un peu affaibli par Raging Bull. J’avais une pneumonie, que j’ai guérie pendant un séjour à Rome. (...)

Bob m’avait donné le scénario dix ans auparavant et je n’avais alors pas bien compris le sujet, mais dix ans plus tard, je saisissais mieux les personnages de Jerry et de Rupert à cause de ce que j’avais vécu entre-temps. Lui avait senti ces choses dès le départ parce qu’il était déjà une star. Le film est, je pense, plutôt réussi. Principalement grâce aux acteurs qui sont merveilleux.

Je voulais faire deux choses : tourner aussi vite que possible, et surtout réduire mon style à quelque chose de très retenu, avec des plans très simples dans leur composition qui donneraient l’impression que les personnages y sont comme enfermés. Créer une tension. À cette époque, j’étais assez perplexe face à une certaine tendance visuelle dans le cinéma. Certains critiques parlaient de films en disant : "On pourrait en prendre un plan et l’accrocher au mur comme un
tableau."

J’ai pensé à certains vieux films, qui ont un éclairage assez plat, des plans simples et qui pourtant sont très puissants et émouvants. Les films d’Ozu par exemple. Je ne voulais pas imposer au public des effets techniques. Le sujet permettait ce parti pris parce que c’était une comédie de mœurs. Je voulais que les plans ressemblent à de la télévision. Michael Chapman, qui n’a pas fait l’image du film, m’avait dit que ce serait impossible parce que j’avais un œil trop sophistiqué.
C’est peut-être vrai, mais j’ai tenté quelque chose d’autre sur ce film.
(...)

Je voulais me discipliner et devenir vraiment un réalisateur. Je ne dis pas ça par fausse modestie. Je voulais me sentir capable de mettre en scène des sujets qui n’étaient pas les miens, et voir jusqu’où je pouvais me les approprier. »
Injustement, LA VALSE DES PANTINS est l’œuvre la moins populaire du cinéaste Martin Scorsese. C’est pourtant une des plus intéressantes et des plus radicales de sa carrière. Une satire féroce dans laquelle Scorsese dénonce les diktats de la télévision et, notamment, les conséquences de sa domination sur l’individu “moyen”. Le scénario a été écrit par Paul Zimmerman quatorze ans auparavant. Il met en scène Rupert Pupkin, un spectateur sociopathe doté d’un talent comique médiocre qui voue un culte absolu à Jerry Langford, un animateur de show télévisé. Ce simple squelette narratif offre à Martin Scorsese l’occasion de filmer le monde du show business tel un champ de bataille où l’arrogance, le mensonge et la suffisance règnent en maîtres absolus.

Une satire ahurissante sur les forcenés du quart d'heure de célébrité

Rupert Pupkin rêve de devenir le nouveau roi du rire. Employé des télécommunications, il passe l’essentiel de son temps à répéter des numéros comiques et à traquer les célébrités pour compléter sa collection d’autographes. Un soir, il parvient à approcher son idole Jerry Langford, un présentateur de talk-show humoristique qui lui suggère de contacter sa secrétaire. Le lendemain, Pupkin déboule au bureau de Langford, persuadé qu’il va passer à la télévision. Après s’être fait rembarrer plusieurs fois, Pupkin décide d’employer la manière forte et met au point un stratagème avec la complicité de Masha, une fan dérangée...