Paul Greengrass conclut le périple mouvementé de Jason Bourne : «Bourne est un personnage réel, évoluant dans un monde réel, mais sa quête identitaire a une dimension mythique. A-t-il toujours été un tueur, ou en a-t-on fait un tueur, et pourquoi ? Il cherche une réponse à ces questions, sans jamais faire confi ance à personne. À ses yeux, le système est pourri, tous les hommes sont mauvais.»
Les sentiments de l’acteur
Matt Damon se réjouissait de retrouver Greengrass sur ce troisième volet : «Paul est l’un des grands réalisateurs actuels. Son style est idéalement adapté à ces films parce qu’il est en prise directe avec le réel et n’a rien de théâtral.» De film en film, Damon apporte à Jason Bourne la même obstination, la même intensité contenue dans sa quête de vérité : «Matt a toujours su trouver la note exacte», souligne le réalisateur. «Le public perçoit d’instinct la droiture de ses personnages, même lorsque ceux-ci évoluent dans des contextes troubles ou affi chent une certaine noirceur. Il sent qu’ils sont mus par une force positive.
Cet aspect plaît particulièrement aux jeunes spectateurs.» «Matt incarne Jason comme
Robert Ludlum le voyait», souligne
Frank Marshall. «Par exemple, il n’a pas l’allure d’un assassin, bien qu’il ait été formé pour tuer, et c’est un homme de notre temps, apte à se fondre dans n’importe quel environnement. C’est bien ainsi que Ludlum le dépeint dans ses romans.» Le scénario de
Tony Gilroy, comme celui des deux précédents films, s’éloigne du contexte «guerre froide» des romans, devenu passablement obscur pour le public contemporain, mais conserve les thèmes clés de la conspiration, du mensonge d’État, de la manipulation et du coup tordu dont la pertinence n’est plus à démontrer. (On a longtemps soupçonné Ludlum d’avoir un contact au sein de la CIA, tant ses descriptions du mode opératoire de l’Agence sont réalistes.)
Espionnage et cinéma
Paul Greengrass connaît lui aussi intimement les arcanes de l’espionnage. En 1987, il cosigna avec Peter Wright, ancien directeur adjoint du MI5, un compte rendu précis et détaillé de la vie d’un ancien agent du Renseignement britannique. Le gouvernement s’efforça vainement d’interdire ce «Spycatcher», lui apportant ainsi une énorme publicité qui contribua à en faire un best-seller international. Greengrass est ainsi devenu l’un des réalisateurs les mieux informés sur le monde de l’espionnage et l’un des mieux placés pour raconter l’aventure de Jason Bourne.
Dans les épisodes précédents, Jason redécouvrait des bribes de son passé à travers certaines réactions instinctives. Il réalisait ainsi son aptitude à éliminer discrètement une cible en public ou à semer ses poursuivants. Mais la mort brutale de sa compagne le dissuadait d’utiliser ces dons. «Cet homme au lourd passé a commis des actes horribles, et il le sait», souligne Damon. «Marie l’avait aidé à se comprendre un peu mieux, elle incarnait sa part d’humanité.
Depuis sa mort, Jason n’a plus rien à perdre.» Bourne espérait en avoir fi ni avec son passé après la mort de son ennemi Ward Abbott (Brian Cox). «À la fin de
La Mort Dans La Peau , il avertissait clairement l’Agence et les responsables du programme Treadstone : sa vengeance serait terrible si jamais ils s’avisaient de le relancer ou de le faire suivre», rappelle Damon.
Le contexte international
Mais la situation internationale pousse certains cadres de la CIA à mettre en place une surveillance renforcée. À Treadstone succède donc le projet Blackbriar. «Ayant compris leurs erreurs, ils n’ont pas mis longtemps à inventer de nouvelles techniques d’entraînement et de manipulation psychique», dit Damon.
Et la poursuite reprend à fond de train, de Londres à Madrid et Tanger, de Paris à Moscou et New York... «Les films de la saga sont aussi des voyages à travers le monde entier, et j’aimais l’idée de réunir en une même histoire Londres, Madrid et New York», indique Greengrass.