Notes de Prod. : Lady Chatterley

    en DVD le 09 Mai 2007

Les trois versions de L'Amant de Lady Chatterley

D.H. Lawrence a écrit trois versions de L'amant de Lady Chatterley. Le roman connu sous ce titre en est la troisième; celle considérée comme définitive par Lawrence et qu'il fit éditer à compte d'auteur, en mars 1928, quelques mois avant sa mort. L'existence de ces trois versions n'a rien d'étonnant en soi ; c'est la méthode de Lawrence pour les écrire qui fait exception dans l'histoire de la littérature.

Cette méthode, la voici : entre chaque version, Lawrence laisse reposer le manuscrit plusieurs mois et passe à autre chose. Quand il revient à son projet, il ne repart pas du manuscrit précédent pour y apporter des modifications, mais il réécrit intégralement une deuxième version. Puis, plus tard, une troisième. Il y a donc une trame et des situations communes aux trois versions mais aucun passage strictement similaire, aucun dialogue semblable. Et les personnages eux-mêmes, les quatre personnages centraux du roman – Lady Chatterley et Clifford son mari, le garde-chasse (qui change de nom selon les versions) et Mrs Bolton, la garde-malade de Clifford – fluctuent beaucoup d'une version à l'autre. On a donc affaire à trois versions autonomes, cohérentes de la première à la dernière page.

J'ai découvert L'amant de Lady Chatterley sur le tard. Certains aspects du livre m'enthousiasmèrent mais il était inadaptable à mes yeux. Ou alors dans une adaptation si libre que je n'aurais pas eu l'audace d'y penser. Il faut dire que L'amant de Lady Chatterley (la troisième version) est assez verbeuse et que, sur ce terrain-là du moins, le livre a mal vieilli. Comme si Lawrence, face au caractère éminemment subversif de son sujet et la censure qu'il anticipait, s'était senti obligé de théoriser, par la voix de ses personnages, la thèse de son roman : l'amour plus fort que toutes les barrières sociales.

Puis j'appris qu'il existait deux versions précédentes et que la seconde était éditée chez Gallimard sous le titre Lady Chatterley et l'homme des bois. Cette version-ci est plus simple, plus frontal vis-à-vis de son sujet, moins tourmenté. Le livre est davantage centré sur la relation entre Constance et Parkin, le garde-chasse, et les deux personnages eux-mêmes sont assez différents. Parkin, par exemple, est ici un homme simple qui aurait dû logiquement être mineur mais qui a choisi d'être garde-chasse pour échapper à la vie en groupe. (Dans L'amant de Lady Chatterley, c'est un ex-officier de l'Armée des Indes qui a choisi de vivre en ermite. Mais sa culture et ses origines rendent moins scandaleuse sa relation avec Lady Chatterley. D'une certaine façon, intellectuellement, ils sont presque du même monde, ce qui explique qu'ils peuvent commenter ensemble ce qui leur arrive.) Dans Lady Chatterley et l'homme des bois, ils ne commentent pas, ils expérimentent. Enfin, le récit, davantage encore que dans la dernière version, est littéralement envahi par la végétation. Et le règne végétal n'intervient pas seulement ici comme métaphore de l'élan vital qui fait se rejoindre les deux protagonistes, mais il les accompagne sans cesse dans leur transformation. C’est cela pour moi la plus grande beauté de Lady Chatterley et l'homme des bois : le récit d’un amour qui ne fait qu’un avec l’expérience concrète de la transformation.

Pascale Ferran

Entretien avec Pascale Ferran

Comment est née l’envie d’adapter Lady Chatterley ? Quelle est la genèse de ce projet qui, à première vue, peut paraître assez lourd ?

Paradoxalement, pour moi, le projet n’était pas lourd au départ. Il venait en réponse, et donc plus ou moins en opposition, à un vrai projet lourd, à mes yeux, qui était le film que je devais faire juste avant et qui s’appelait Paratonnerre. C’était un film fantastique, une histoire d’amour, avec beaucoup de décors, pas mal de figurations, des effets spéciaux. Celui-là, oui, il était lourd.Trop même, en tout cas trop cher dans les conditions de financement actuelles, puisque après plusieurs mois de préparation, on a dû tout arrêter. Ce qui est toujours très pénible. J’avais lu L’amant de Lady Chatterley six mois ou un an plus tôt, et dans cette drôle de période qui a suivi l’arrêt de Paratonnerre, j’ai découvert la 2éme version du livre : Lady Chatterley et L'homme des bois. Et tout de suite, le livre a commencé à me hanter. Il faut dire, par ailleurs, qu’entre L’âge des possibles et Paratonnerre, j’avais travaillé pendant quelque temps avec Pierre Trividic sur un projet de scénario qui n’était pas sans évoquer certaines problématiques de Lady Chatterley. Il s’agissait d’un huit-clos entre un homme et une femme, une aventure amoureuse qui transformait les deux protagonistes. Le film devait se passer entièrement en intérieur ; ils ramenaient du dehors le monde et leurs humeurs, mais on n’en voyait rien. L’intimité, la question sexuelle, était un des enjeux centraux du film. Bon, on n’est jamais arrivé à l’écrire et le projet a été abandonné. Mais quand j’ai découvert Lady Chatterley et L'homme des bois, cela a été une forme de retrouvailles avec ce projet ancien. Des retrouvailles très joyeuses puisque là où nous avions échoué, la réussite de Lawrence était éclatante. En particulier sur les scènes d’intimité où il arrive à restituer des moments de vérité entre les deux personnages qui me semblent très difficiles à écrire. Enfin, le livre me mettait à une distance juste du projet, suffisamment loin de ma propre biographie pour arriver à bien voir ce qui se joue entre les deux personnages.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 16 480 entrées
  • Cumul IDF : 122 830 entrées

  • 1ère semaine France : 45 223 entrées
  • Cumul France : 400 817 entrées