Notes de Prod. : Laissez-passer

    en DVD le 09 Octobre 2002
Bertrand Tavernier :

Point de départ :

"J'ai longtemps tourné autour de l'idée d'un film se déroulant sous l'Occupation dans le milieu du cinéma. Jean Aurenche m'avait raconté des tas d'histoires qui formaient une série d'épisodes à la fois savoureux, touchants, passionnants et dramatiques. Mais il me manquait un angle, un vrai point de vue. Je n'ai pensé à faire d'Aurenche un personnage du scénario qu'après sa mort.
Et puis, j'ai rencontré Jean-Devaivre dont les deux premiers films, La Ferme Des Sept Peches et La Dame D'Onze Heures, m'avaient frappé lorsque je les avais vus à 18 ans : j'ai eu envie de revoir ces films, de les faire ressortir aussi et d'entrer en contact avec leur "auteur".
C'est ainsi que Thierry Frémaux et moi-même avons convié Jean-Devaivre à l'Institut Lumière à Lyon en 1993. J'ai découvert un homme qui avait vécu des moments extraordinaires et me suis dit que l'on pouvait mélanger les deux destins, les deux trajectoires."


Rejets :

"Un film peut déjà se définir par tout ce que l'on rejette d'emblée. Je ne voulais pas parler du voyage à Berlin des acteurs et des actrices, ni pointer du doigt l'attitude de certaines vedettes : je ne voulais surtout pas distribuer des bons ou des mauvais points. J'avais plutôt envie de comprendre, de découvrir quels étaient les choix auxquels des gens moins connus – même si certains étaient très respectés à l'intérieur de leur profession -, réalisateurs, scénaristes, techniciens, ouvriers, figurants, étaient confrontés.
Quelle était la frontière entre fiare son métier et se déshonorer, travailler et collaborer, survivre et se compromettre ? Ces questions, je me les posais aussi : comment me serais-je comporté dans de telles circonstances ?
Michael Powell, dans son autobiographie, déclare qu'il a fait tous ses films "pour apprendre". J'ajouterais aussi "pour comprendre"…
En tout cas, comme pour La Vie Et Rien D'Autre, L.627 ou Ca Commence Aujourd'Hui, je suis parti sans idée préconçue et j'ai commencé à explorer une période et un milieu. Ce qui compte quand on tourne un film d'époque, c'est moins d'accumuler les sources et les renseignements que de se poser les bonnes questions. Celle dont on ne connaît pas, a priori, les réponses."



Jacques Gamblin :

Bertrand Tavernier :

"Bertrand Tavernier, je le vois comme un gros ours pudique avec un grand chapeau pour contenir sa passion. Il est curieux. Il a une mémoire hors du commun, c'est un disque dur, Bertrand, il sauvegarde tout ce qu'il voit et tout ce qu'il entend. Il se sert de tout, il attrape tout. Il est ouvert à tous les genres de cinéma. Il débusque les acteurs dans des théâtres même pas répertoriés dans le Pariscope ! J'adore l'entendre rigoler. Ça monte dans l'aigu et l'on s'en souvient toujours.
Quand je voyais Bertrand arriver sur le plateau, je me disais, c'est un Monsieur, c'est une montagne. Je dis ça, mais je ne l'ai jamais vu arriver sur le plateau parce qu'il était toujours là avant moi !… Je me souviendrai toujours de cette soirée chez lui à regarder des rushes, des pré-montages, à écouter des musiques, devant ce mur de cassettes vidéo. De temps en temps, il grimpait sur une échelle, à l'assaut du mur pour y chercher désespérément la numéro 49…
J'étais comme un gosse qui croise un jour quelqu'un qui lui donne envie de faire du cinéma."


Un personnage nommé Jean-Devaivre :

"Je suis arrivé tard sur le projet, je n'ai pas eu l'occasion de rencontrer Jean-Devaivre avant le tournage. Ça aurait pu être un handicap mais j'ai décidé d'en faire un moteur. Je voulais trouver une liberté en me faufilant entre l'écriture du scénario, ce que j'entendais sur Jean-Devaivre, ce qu'il me disait lui-même au téléphone, le manuscrit de sa vie qu'il m'avait envoyé, et mes propres sensations.
Une seule chose était sûre, ce personnage devait exister par son énergie, sa bonne santé, sa façon de réagir au quart de tour et de décider plus vite que les autres. Une conscience personnelle de l'urgence. Ce n'est pas un homme du discours. Il sait ce qu'il faut faire à un moment donné tout en ignorant d'où lui vient ce "savoir" et qui a "décidé" en lui. A un moment dans le film, le personnage de Pierre Nord lui dit : "Vous n'avez pas froid aux yeux". Et il répond : "ça se fait comme ça, c'est après que j'ai froid". Stratégie de l'instinct, de l'instant, c'est ce qui est le plus fascinant chez ce personnage."



Denis Podalydes :

Bertrand Tavernier :

"J'ai croisé Bertrand Tavernier à plusieurs reprises au théâtre : il venait régulièrement à la Comédie Française, saluer des acteurs qu'il connaissait bien comme Philippe Torreton… Et puis, un jour, il m'a appelé pour me dire qu'il travaillait avec Jean Cosmos sur le scénario de LAISSEZ-PASSER et m'a proposé de jouer le rôle de Jean Aurenche. Je ne savais rien du personnage, sauf la "paire" qu'ils formaient avec Bost : ce que je connaissais le mieux, finalement, c'étaient les films qu'Aurenche avait écrits avec Bertrand. Rendez-vous a été pris, après ma lecture du livre de mémoires d'Aurenche LA SUITE A L'ECRAN. La première vraie rencontre a eu lieu chez Bertrand, à l'automne 1999, il m'a montré la scène d'ouverture de Le Mariage De Chiffon. posté à côté de l'écran, il me regardait regardant le film en disant : "C'est beau, non ?"
Et il pointait, à travers la délicatesse des dialogues, l'extrême tendresse du personnage. Le projet du film, pour moi, est d'abord passé par une bibliothèque, une vidéothèque avec des films que je n'aurais sinon sans doute jamais vus : Le Mariage De Chiffon, Douce, Sylvie Et Le Fantome, Les Amants Du Pont Saint-jean… C'était très important de visionner toutes ces cassettes qui après circulaient sur le tournage : à côté du bureau de Production, à la régie, il y avait une grosse boîte emplie de cassettes vidéo."

L'avis de la presse

Studio :
"Un film touchant et passionnant sur le cinéma sous l'occupation"
(article entier disponible dans Studio Magasine n°174, page 32)

Les Cahiers du cinéma :
"Emporté par l'enthousiasme de sa nostalgie, Tavernier revoit à la hausse le contexte politique dans lequel sont nés les films sous l'occupation"