Quel rapport aviez-vous avec Bertrand avant ce tournage ?
Il se trouve que ce n’est pas la première fois qu’il veut travailler avec moi. Il m’avait proposé précédemment deux scénarios qu’il n’a pas tournés. J’ai lu le
Bruit des glaçons comme une nouvelle, c’était un pur régal. Bertrand n’avait pas écrit le rôle de Louisa pour moi, mais je l’ai reconnue néanmoins comme un personnage qui venait à moi à point nommé. C’est une impression qu’on n’éprouve pas très souvent, qui vous porte et vous emporte. Je l’ai tout de suite beaucoup aimée, cette Louisa dont Bertrand m’a à la fois très bien et très peu parlé. L’image de la mère, l’image de l’amante. La bonté et la douleur de quelqu’un qui ne s’extériorise pas. Ensuite pour des questions de dates, j’ai eu très peur de ne pas pouvoir faire le film, et je l’aurais affreusement mal vécu. Mais, une parenthèse de théâtre a rendu la chose possible.
Lui, parle de Louisa comme de « la femme terminale »…
La femme terminale… C’est extrêmement troublant, mais c’est tout à fait ça… Celle qui rend le goût de vivre à l’homme qu’elle aime en silence depuis toujours, dans cette maison où elle vit, comme c’est dit, de toute éternité. Dès ma première scène importante, Bertrand m’a dit que je sentais bien le personnage, j’ai été rassurée. Tout s’est dénoué pour moi dans un plan où je n’étais pas prévue initialement. Je suis bord cadre sur la terrasse, comme une figure de proue, et regarde les deux garçons en contrebas.
Jean Dujardin dit à
Albert Dupontel : « Donnez-moi le temps d’aimer cette femme… »
Vous assistiez au tournage des scènes dans lesquelles vous n’étiez pas ?
Oui, tout le temps, j’étais là comme la gardienne de la maison, je les regardais travailler. Il y avait entre nous une relation de confiance, de respect, de curiosité et de rigolade qui n’a fait que grandir, jour après jour. On a bien bu, on a bien mangé, j’ai découvert les vertus du citrate de bétaïne à cette occasion !... C’est le plaisir absolu d’un tournage où la pratique de l’acteur se confronte à un metteur en scène-auteur dont le texte est construit sans recours à la psychologie, et tellement chargé d’imaginaire. C’est ce qui déclenche tout chez l’acteur, on est dans la sensation pure.
Comment Bertrand vous dirige-t-il ?
Il vous donne des indications musicales, des indications de romancier. Il a un côté un peu pédagogue de tonton cinéphile, se référant aux maîtres, Bresson ou Kurosawa, d’une voix ronde et désinvolte qui, parfois, se fait plus précise, façon de nous dire que ça n’est pas le moment de déconner ! Toujours jovial, au demeurant, et heureux, je crois. Le plus excitant, c’est qu’aucune journée ne ressemblait à l’autre. Selon les plans à tourner, on pouvait passer de la plus franche gaudriole à l’impression de faire des poids et haltères sur une toile d’araignée…
C’est la première fois que vous jouiez avec vos deux partenaires masculins ?
Oui. J’étais très curieuse de
Jean Dujardin. Quand j’ai dit à ma fille cadette que j’allais jouer son amoureuse, elle a sauté en l’air, car il est l’idole de toutes ses copines ! Jean est tellement doué, drôle et délicat, pas du tout superficiel. Lui et Albert, toujours profond et tourmenté, m’ont fait mourir de rire en me charriant sur ma situation d’actrice de théâtre subventionné : « Adieu Tchékhov, adieu Ibsen !... » Il est malin, Bertrand, d’avoir réuni un casting aussi intrigant ! Nous étions ahuris et hilares quand nous avons vu apparaître
Myriam Boyer (mon cancer à moi) sous son petit chapeau, c’était trop bon ! …