Notes de Prod. : Le Bruit des glaçons

    en DVD le 26 Janvier 2011

Entretien avec Anne Alvaro, à propos du Bruit des glaçons

Quel rapport aviez-vous avec Bertrand avant ce tournage ?
Il se trouve que ce n’est pas la première fois qu’il veut travailler avec moi. Il m’avait proposé précédemment deux scénarios qu’il n’a pas tournés. J’ai lu le Bruit des glaçons comme une nouvelle, c’était un pur régal. Bertrand n’avait pas écrit le rôle de Louisa pour moi, mais je l’ai reconnue néanmoins comme un personnage qui venait à moi à point nommé. C’est une impression qu’on n’éprouve pas très souvent, qui vous porte et vous emporte. Je l’ai tout de suite beaucoup aimée, cette Louisa dont Bertrand m’a à la fois très bien et très peu parlé. L’image de la mère, l’image de l’amante. La bonté et la douleur de quelqu’un qui ne s’extériorise pas. Ensuite pour des questions de dates, j’ai eu très peur de ne pas pouvoir faire le film, et je l’aurais affreusement mal vécu. Mais, une parenthèse de théâtre a rendu la chose possible.

Lui, parle de Louisa comme de « la femme terminale »…
La femme terminale… C’est extrêmement troublant, mais c’est tout à fait ça… Celle qui rend le goût de vivre à l’homme qu’elle aime en silence depuis toujours, dans cette maison où elle vit, comme c’est dit, de toute éternité. Dès ma première scène importante, Bertrand m’a dit que je sentais bien le personnage, j’ai été rassurée. Tout s’est dénoué pour moi dans un plan où je n’étais pas prévue initialement. Je suis bord cadre sur la terrasse, comme une figure de proue, et regarde les deux garçons en contrebas. Jean Dujardin dit à Albert Dupontel : « Donnez-moi le temps d’aimer cette femme… »

Vous assistiez au tournage des scènes dans lesquelles vous n’étiez pas ?
Oui, tout le temps, j’étais là comme la gardienne de la maison, je les regardais travailler. Il y avait entre nous une relation de confiance, de respect, de curiosité et de rigolade qui n’a fait que grandir, jour après jour. On a bien bu, on a bien mangé, j’ai découvert les vertus du citrate de bétaïne à cette occasion !... C’est le plaisir absolu d’un tournage où la pratique de l’acteur se confronte à un metteur en scène-auteur dont le texte est construit sans recours à la psychologie, et tellement chargé d’imaginaire. C’est ce qui déclenche tout chez l’acteur, on est dans la sensation pure.

Comment Bertrand vous dirige-t-il ?
Il vous donne des indications musicales, des indications de romancier. Il a un côté un peu pédagogue de tonton cinéphile, se référant aux maîtres, Bresson ou Kurosawa, d’une voix ronde et désinvolte qui, parfois, se fait plus précise, façon de nous dire que ça n’est pas le moment de déconner ! Toujours jovial, au demeurant, et heureux, je crois. Le plus excitant, c’est qu’aucune journée ne ressemblait à l’autre. Selon les plans à tourner, on pouvait passer de la plus franche gaudriole à l’impression de faire des poids et haltères sur une toile d’araignée…

C’est la première fois que vous jouiez avec vos deux partenaires masculins ?
Oui. J’étais très curieuse de Jean Dujardin. Quand j’ai dit à ma fille cadette que j’allais jouer son amoureuse, elle a sauté en l’air, car il est l’idole de toutes ses copines ! Jean est tellement doué, drôle et délicat, pas du tout superficiel. Lui et Albert, toujours profond et tourmenté, m’ont fait mourir de rire en me charriant sur ma situation d’actrice de théâtre subventionné : « Adieu Tchékhov, adieu Ibsen !... » Il est malin, Bertrand, d’avoir réuni un casting aussi intrigant ! Nous étions ahuris et hilares quand nous avons vu apparaître Myriam Boyer (mon cancer à moi) sous son petit chapeau, c’était trop bon ! …

Sur le tournage du Bruit des glaçons

22 septembre 2009 - Dujardin chez Blier

Si Jean Dujardin a déjà largement réussi à faire ses preuves en tant qu’acteur, jouant à merveille des rôles aussi hétéroclites que Brice de Nice, Loulou, Oss 117 ou Octave dans 99 F, il va bientôt marquer une nouvelle étape dans sa belle carrière : Arte France Cinéma vient d’annoncer le lancement de quatre nouveaux projets de coproduction, parmi lesquels Le Bruit des glaçons, un film réalisé par Bertrand Blier avec, dans le rôle-titre, Jean Dujardin.

Le Bruit des glaçons : Note d'intention

« J’ai une note d’intention valable pour tous mes films : faire rire, faire peur, vous emmener dans des coins sombres, faire « hou » dans la nuque des filles, parler de choses très graves en adoptant le point de vue du cancre, celui qui ne comprend rien à la vie, là c’est un écrivain qui

Entretien avec le réalisateur du Bruit des glaçons, Bertrand Blier

Encore un film « risqué » …
Je ne sais pas faire autrement. A quoi sert-il de faire des films si on ne prend pas de risques ? Autant changer de métier, non ?

Il n’est pourtant pas si courant de traiter du tabou du cancer sans pincettes…
Je crois avoir fait beaucoup de films plus risqués que le Bruit des glaçons. L’idée en est simple. Parler du cancer aujourd’hui, c’est une conversation qu’on a tous, car on y est tous confronté. La seule chose à faire, c’est de se battre et de bien se soigner, je le dis à tous mes copains, fort de mon expérience. Il y a très peu de cancers qu’on ne puisse soigner si on les prend à temps. Je suis très optimiste sur les questions d’espérance de vie, il suffit de regarder les statistiques.

Entretien avec Jean Dujardin, à propos du Bruit des glaçons

Vous attendiez-vous à la proposition de Bertrand pour ce rôle ?
Il a d’abord voulu me rencontrer, me renifler pour savoir qui j’étais. Moi, ça n’est pas mon truc d’aller voir un metteur en scène pour lui dire : je veux travailler avec vous. Si quelqu’un a besoin de vous, il vient vous voir. On a tout de suite compris qu’on avait des choses à faire ensemble, sans très bien savoir ni quand ni comment. Ce qui m’a décidé, ce sont les vingt pages qu’il m’a donné à lire. Ca lui ressemblait, c’était singulier et absurde, angoissant et émouvant, très gonflé en un mot. Lui-même y croyait très fort, il sentait qu’il tenait quelque chose de neuf. Peut-être bien un film d’amour et d’espoir, plutôt qu’une comédie grinçante sur le cancer qui pourrait ne pas être drôle du tout. Vous imaginez la bande-annonce : « Vous avez 60 piges, vous avez le cancer, ce film est pour vous ! » Moyen, comme accroche. En fait, Bertrand casse les conventions du cinéma comme un vieux sale gosse. Il est là pour déranger, mais avec élégance.

Entretien avec Albert Dupontel, à propos du Bruit des glaçons

Le cinéma de Bertrand Blier vous est-il familier ?
Blier est un des rares cinéastes français qui m’ait donné l’envie de faire des films. Car il est au carrefour de la poésie, la poésie du cinéma, et d’une certaine efficacité comique. On pourrait dire qu’il est un David Lynch français, mais en plus drôle ! Je pense avoir vu à peu près tous ses films, je connais même les dialogues de certains d’entre eux par cœur. Je garde par exemple un souvenir ému de Buffet froid, Tenue de soirée, Trop belle pour toi ou Merci la vie. Tant d’invention me fascine et m’impressionne, comme me fascinent et m’impressionnent les frères Coen ou Terry Gilliam. Il me semble que le Bruit des glaçons est le meilleur scénario de Bertrand depuis longtemps. Il a retrouvé avec ce film ce qui est au cœur de son cinéma, un imaginaire en fusion et, mine de rien, le sens de la fable métaphysique. Aux films narratifs, comme les Valseuses ou Préparez vos mouchoirs, ont succédé des œuvres plus abstraites et plus risquées qui ne caressent pas dans le sens du poil. Il est difficile de rester sincère quand le succès vous rattrape. Lui, a continué à se renouveler. Ne pas le faire, c’est piétiner. Cet homme-là ne fait pas du sur-place.