Notes de Prod. : Le Candidat

    en DVD le 06 Décembre 2007

Entretien avec Yvan Attal

Qu’est-ce qui vous a plu au départ dans le scénario du Candidat ?
J’ai immédiatement été saisi par la tension qui s’en dégageait. Une tension assez abstraite qui ne disait jamais de quelle élection il s’agissait, ni à quel parti les personnages appartenaient. Le scénario n’était en rien « politicien ». Il interrogeait plutôt quelque chose de l’ordre de la morale politique, très loin de certains projets où il s’agit de dénoncer, de pointer du doigt, de reprendre des propos. Niels au contraire ne portait aucun jugement. Je l’ai ensuite rencontré et j’ai tout de suite été hypnotisé, séduit par son charisme.

Le cataclysme politique du 21 avril 2002 a-t-il été déterminant dans votre envie de jouer ce rôle ?
Je ne suis pas quelqu’un de réellement engagé. J’ai des convictions, des angoisses, mais pour un tas de raisons je ne suis pas très actif politiquement même si la politique m’intéresse. Pour moi c’était surtout l’occasion de jouer et d’être dirigé par un acteur, qui plus est, un acteur que j’admire. J’ai 42 ans mais je me considère toujours comme un jeune acteur. Me retrouver entre Niels Arestrup et Maurice Bénichou m’a beaucoup appris et impressionné. Je n’aurais sans doute jamais osé jouer un rôle comme celui-ci si Niels ne m’avait pas donné toute sa confiance.

Vous interprétez un personnage taciturne, mal à l’aise avec l’idée de mensonge et de mise en scène. Est-ce que c’était une nouveauté pour vous ?
Non, j’ai souvent joué des personnages taciturnes et introvertis. Au regard de ce que j’ai joué ces derniers temps, c’est davantage le ton du film qui change. La nouveauté pour moi c’était de jouer un homme politique. Mais d’un point de vue sensible ce n’est pas un personnage très éloigné de moi et de ce que je joue d’habitude.

Votre manière de jouer est très proche de la méthode américaine de « l’underplaying », vos manières sont très sobres, retenues, intériorisées.

Si je suis dans l’introspection c’est parce que mon personnage le demande : parachuté au dernier moment à une place qu’il sent confusément ne pas être la sienne... C’est une question d’énergie. Quand on est musicien, on ne touche pas à des cordes de la même manière selon qu’on est dans une symphonie ou un quatuor. J’ai senti que ce personnage, Michel Dedieu, ne bougeait pas beaucoup, que physiquement c’était un personnage qui ne déplaçait pas d’air. Il se fond dans les murs car il n’est pas à l’aise à cette place qu’il remet d’ailleurs en question à certains moments. Et puis Niels vous place dans un univers, vous met dans un rythme. Ici l’ambiance était à l’enfermement. C’est une question d’écoute : écouter le décor, l’univers apporté par le metteur en scène. Pour Michel Dedieu il me semblait juste d’avoir des manières feutrées, ne pas en faire beaucoup en effet. Inhibé par son entourage avec lequel il ne se sent pas en confiance. Si je devais trouver un exemple concret, je dirais qu’une scène a été déterminante dans ma façon de concevoir ce personnage, celle où je dis à Georges, le chef du Parti, interprété par Niels « Je suis comme une chèvre qu’on attache à un piquet ». C’était une image assez juste de mon personnage et en conséquence il me paraissait adéquat de le jouer effectivement comme une chèvre qu’on attache au piquet. Michel Dedieu dispose d’un espace de liberté très réduit et a donc une capacité de mouvement tout aussi réduite. Ce genre de choses vous aide à jouer. Peu à peu, Michel a envie de s’enfuir, un peu comme dans la chèvre de Monsieur Seguin. Et quand il s’enfuit il a affaire au loup.

Etait-ce un rôle difficile à endosser ?
J’avais peur de ce personnage, peur d’incarner cet homme politique. En raison d’un tas de complexes qui parfois vous font penser que vous ne serez pas crédible. Alors j’ai fait le choix de ne pas m’encombrer de clichés qui puissent m’emprisonner. Niels me laissait toute latitude par rapport à ça.

Comment vous êtes-vous concrètement préparé pour interpréter le rôle d’un homme politique ?
J’ai demandé à rencontrer François Hollande qui m’a très gentiment invité dans son bureau. Il a probablement une dizaine d’années de plus que moi, il est chef d’un parti. Il n’est pas un « jeune » du parti contrairement à mon personnage. C’était néanmoins très instructif. Je lui ai posé un certain nombre de questions, dont les réponses n’allaient pas forcément m’aider à jouer le rôle mais me permettraient de démystifier « l’homme politique » et peut-être m’imprégner de sa personnalité. Si bien que lorsque j’essayais un costume pour le rôle, je n’avais pas l’impression que c’était un costume de cinéma. J’avais à l’esprit son image à lui. J’avais, bien entendu, mes raisons d’aller voir François Hollande, des raisons pas nécessairement politiques d’ailleurs. Mon instinct me guidait vers lui. Mais il ne s’agissait pas de l’imiter pour autant

Est-ce que vos expériences américaines ont changé quelque chose dans votre approche du jeu ?
Toutes les expériences vous apprennent quelque chose sur vous en tant qu’acteur. Vous vous éprouvez vous-même. Plus j’avance, plus je me sens libre.

Est-ce que le fait que Niels Arestrup soit lui-même comédien vous a aidé ? Est-ce que cela fait naître une connivence ?
Ce n’est pas seulement qu’il est un acteur, mais il est un grand acteur. Même s’il mettait en scène au cinéma pour la première fois, son expérience des acteurs était déjà grande. Souvent on prend confiance dans un metteur en scène lorsqu’on le voit demander une chose à un acteur qu’on aurait soi-même demandé. Si le metteur en scène ne voit pas le problème chez l’autre, pourquoi verrait-il ce qui ne va pas chez vous ? Lorsque vous sentez que le metteur en scène a saisi ce qui n’allait pas, et qu’il fait en sorte de vous amener dans la scène, alors vous êtes en confiance. Quand vous vous approchez de quelqu’un en lui parlant doucement, vous créez un climat. Au contraire si vous hurlez de loin vous créez les conditions d’un jeu différent. Là encore c’est une question d’énergie. A sa manière de me parler sur le plateau, j’avais une manière de lui répondre dans la scène. C’était un dialogue. C’est pour cette raison qu’il y a toujours un rapport affectif entre un metteur en scène et un acteur. J’étais hypnotisé par les manières de Niels. Au fond on peut même dire que j’étais assez soumis. Dans sa façon de s’adresser à moi en tant que metteur en scène, il m’a lui-même au piquet, mais sans violence. Il est généralement identifié comme un acteur de théâtre, mais sur le plateau, ce qu’il voulait de nous c’était tout sauf du théâtre. Très souvent par exemple, il nous demandait de déstructurer le dialogue. C’est un homme qui aime défaire une chose qui est faite.
Le rapport qu’il a aux acteurs est sans comparaison avec les autres metteurs en scène avec qui j’ai travaillé. Rien sur le plateau de ce qui appartient directement à la machine du cinéma ne devait gêner les acteurs. Il y a une compréhension mutuelle, une chose entendue dès le départ.

Vous êtes vous-même metteur en scène. Est-ce que le fait de comprendre comment on cadre, comment on monte, influe sur votre jeu ?
Bien entendu, même si au moment de jouer une scène tout n’est pas sous contrôle. Mais je me suis surtout rendu compte qu’un acteur n’est rien d’autre qu’un outil. En un sens il est là au même titre qu’un objectif, un micro, un rail de travelling. C’est un outil supplémentaire pour raconter une histoire, certes un outil plus fragile. Comprendre que tout ne passe pas par l’acteur est très libérateur car on s’impose moins de pression.

Notes de tournage...

27 Juin 2006 - Yvan Attal président, Niels Arestrup réalisateur !
L’acteur Niels Arestrup, récemment vu dans De Battre Mon Cœur S'Est Arrêté, passe derrière la caméra pour réaliser son premier long-métrage : Le Candidat.
Ce drame politique relatera l’histoire d’un candidat qui prépare une future confrontation télévisée avec son adversaire entre les deux tours de l'élection présidentielle. Yvan Attal (Un Petit Jeu Sans Conséquence), l’acteur aux multiples compétences, pourra partager son expérience de réalisateur avec le néophyte Arestrup puisqu’il se voit attribuer le rôle principal de l’aspirant au poste présidentiel. À ses côtés, figureront de nombreux acteurs plus ou moins expérimentés comme Maurice Bénichou (Le Passager), Stefania Rocca (Mary), Cyril Couton (Je Ne Suis Pas Là Pour être Aimé) ou encore Laurent Grevill (Comme Une Image). Niels Arestrup tiendra aussi un petit rôle dans la peau d’un membre du staff du candidat.
Étroitement lié à l’actualité, le film, en tournage jusqu’au 10 juillet, devrait sortir peu de temps avant que les campagnes électorales battent leur plein en France. Reste à savoir si nous voterons pour Le Candidat d’Arestrup.

Entretien avec Niels Arestrup

Comment vous est venue l’idée du film ?
Il y a quatre ans, dans un moment de profond ennui, j’ai commencé à me raconter une histoire. Je ne caressais alors pas du tout l’idée de réaliser un film. Il s’agissait davantage d’une rêverie, d’une image qui s’est imposée à moi, celle d’une grande berline noire avançant vers une propriété. En deux semaines j’ai écrit une quinzaine de pages que j’ai soumises à Frédéric Bourboulon qui a trouvé ça intéressant. Pour des raisons personnelles Frédéric n’a pas pu faire le film et Dominique Besnehard m’a alors présenté Pascal Verroust, l’actuel producteur du film. Les choses se sont enchaînées sans même que je m’en rende compte. Très vite s’est posée la question de savoir qui le mettrait en scène. Au départ il n’était pas question que je le réalise, puis on m’a encouragé à le faire. Une fois que j’avais mis le doigt dans la machine, je me suis laissé prendre au jeu.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • 1ère semaine IDF : 16 568 entrées
  • Cumul IDF : 33 044 entrées

  • 1ère semaine France : 40 156 entrées
  • Cumul France : 81 443 entrées