Notes de Prod. : Le Chevalier des sables

En savoir plus sur Le Chevalier des sables

Après  l’échec  -  artistique  et  commercial  -  de  son  précédent  film,  Goodbye  Charlie,  Vincente  Minnelli,  de  retour  à  la  MGM,  se rattrape en réalisant l’une de ses plus belles œuvres dramatiques. Film de commande dont il hérita après que William Wyler et Richard Burton lui-même en déclinent la réalisation, Le Chevalier des sables (le titre original The Sandpiper désigne en anglais un
oiseau fragile de la région de Big Sur, où l’action se situe) commence par le plus beau générique de la carrière du cinéaste : sur un magnifique thème de Johnny Mandel, de sublimes plans aériens sur les plages, les falaises et les vagues dessinent avec un mélange de précision topographique et de lyrisme élégiaque le décor naturel et sauvage du drame qui va se jouer. Minnelli, dont  on  limite  souvent  le  cinéma  à  ses  beautés  artificielles,  ne  s’est  jamais  autant  arrêté  sur  les  paysages  naturels  qu’ici, même s’il nous avait déjà fait pressentir ses talents de paysagiste avec La Roulotte du plaisir ou Celui par qui le scandale arrive.
S’ensuit une superbe histoire d’amour et d’adultère brassant d’innombrables thèmes comme la foi, la religion, la mort, l’art, la place de la femme  dans la société, la sexualité, l’éducation et bien évidemment l’amour.  Dalton Trumbo et Michael Wilson ont réussi à écrire un scénario modeste en apparence mais dense et subtil dans ses dimensions thématiques et ses coloris dramatiques. La direction d’acteurs, comme toujours chez Minnelli, mérite tous les éloges : le couple Taylor-Burton, qui se reforme ici à l’écran pour la troisième fois (ils feront encore huit films ensemble par la suite) est constamment crédible et parvient à donner chair et ambiguïté à des personnages pourtant très typés sur le papier. Eva Marie Saint dans le rôle toujours délicat de
la femme trompée comme Charles Bronson dans celui, étonnant, d’un hippie athée, sont admirables eux aussi. Le décor naturel dans lequel ils évoluent, et dont Minnelli semble être tombé amoureux (comme Henry Miller avant lui), donne au film un ton mélancolique tout à fait particulier. Constamment élégant, Le Chevalier des sables se distingue des mélodrames flamboyants du cinéaste tels que Comme un torrent, même si la passion est belle et bien présente ici ausi. Il s’agit plutôt un drame intimiste, doux et amer dans la veine de Quinze jours ailleurs ou de Thé et sympathie, le film dont il se rapproche le plus peut-être par le ton, l’atmosphère et la mise en scène. Car cette histoire, qui avait tout pour tourner à la tragédie, est traitée, jusqu’à la note apaisée finale, avec retenue, pudeur et tact. L’émotion lancinante, le romantisme secret, le lyrisme en sourdine du Chevalier des sablesen font une œuvre atypique et attachante, incomprise à l’époque de sa sortie, laquelle a sans doute été sinon compromise, du moins parasitée, par les frasques de son couple star. Il est temps de le redécouvrir comme un film confession de Minnelli, celui
où s’explicite et se résume une dernière fois sa vision de l’art et du monde. François Guérif a pu écrire très justement : «  Le Chevalier  des  sables peut paraître une œuvre de réconciliation. Il faut vivre avec la réalité et ramener ses rêves à la mesure humaine. Il me paraît plutôt être un témoignage de sérénité : les êtres les plus exaltés y apprennent à vivre en tenant compte des autres. Le rêve donnant au monde réel la beauté nécessaire pour que l’homme puisse y vivre.» Et Jean Douchet : « Minnelli
entend  transformer, par  l’art,  le monde en son rêve.  Il le refuse tel qu’il  est,  mais  lui conçoit un nouveau décor, une écorce idéale de splendeur et de beauté. »