Comment avez-vous rejoint le projet ?
Je connais
Olivier Doran depuis longtemps et j’ai tourné
Pur Week-end avec lui. Il m’a parlé du projet très en amont et souhaitait me proposer le rôle, mais je n’étais peut-être pas assez connue. Depuis, j’ai tourné
Sans Arme Ni Haine Ni Violence de
Jean-paul Rouve, qui a reparlé de moi, et il y a eu la sortie de
Bienvenue Chez Les Ch'Tis ! Et tout s’est mis en place.
Qu’est-ce qui vous attire dans vos rôles, et plus particulièrement dans celui-ci ?
J’ai aimé la féminité et l’élégance du personnage, une femme décrite comme quelqu’un qui en impose malgré elle. Aborder ce côté glamour que je n’ai pas dans la vie était à la fois très intéressant et plutôt flatteur. C’était un type de personnage que je n’avais encore jamais interprété. Dans mes rôles précédents, j’étais toujours la fille sympathique, la copine, «the next door girl», celle qui ne fait pas peur. Le parcours du personnage était lui aussi attirant. On découvre Vanessa d’abord en tant que DRH, une carte de visite impressionnante. Elle est élégante avec son tailleur strict et son chignon impeccable, à la limite redoutable, un peu caricaturale. Mais au cours de l’histoire, elle va dépasser tous les clichés pour se révéler. Le fait même qu’elle s’intéresse à Marmignon la rend surprenante.
C’est donc un peu un rôle de composition. Comment l’avez-vous approché ?
Ce premier aspect de Vanessa que l’on découvre est pour moi un rôle de composition mais petit à petit, elle se rapproche de ce que je suis dans la vie. Le costume - un code vestimentaire pratiquement noir et blanc, de très hauts talons - compte beaucoup pour le personnage et lui compose une armure pour s’imposer en tant que DRH. Sa silhouette et son maintien me faisaient penser à une héroïne hitchcockienne - dont je suis assez différente en réalité !
Vous parvenez à faire exister le personnage face à un grand duo d’acteurs. Comment avez-vous réussi ?

Jouer face à Jean-Paul et à Richard était l’un des points les plus attirants du film. Faire exister Vanessa dans l’espace que lui offrait le scénario n’était pas un problème. Le film est très bien ficelé, avec d’excellents dialogues et des situations qui fonctionnent. J’ai approché ce personnage comme je le fais la plupart du temps, de manière instinctive. Son parcours est simple et cohérent. Vanessa a deux facettes : celle qu’elle présente dans l’entreprise et celle qu’elle offre à l’extérieur. Pour en saisir les clefs, je me suis imaginé qu’elle était d’origine provinciale, qu’elle s’était faite toute seule après de très hautes études. Mutée dans une grande entreprise parisienne, sans entourage, elle se fait draguer par Lecuyer, un arriviste minable dont elle ne veut pas être un trophée de plus. Simple et vraie dans ses rapports humains, elle n’a pris conscience de son physique, de sa séduction et de ce qu’elle dégage que très peu de temps auparavant. Lorsqu’elle découvre Marmignon, elle est cueillie. Il est touchant, maladroit, enfermé dans son monde, dont il ne sort que pour apporter son aide à sa sœur et à des Chinois - une des très bonnes idées du film. Voilà ce que je me suis raconté d’elle !
Dans la plupart de vos scènes, Jean-paul est votre partenaire. Comment cela s’est-il passé ?
Travailler avec Jean-Paul est extrêmement facile. Il est très drôle dans la vie, très réactif. S’il a en face de lui quelqu’un pour lui renvoyer la balle, les choses vont très vite. Nous n’avons pas eu vraiment à travailler la complicité nécessaire pour que ce couple fonctionne dans la séduction car nous nous connaissions déjà bien, puisque j’ai tourné dans son premier film. Je suis très friande de toutes ses vannes. Dans ce film, il est à la limite du burlesque et vous ne bronchez pas... Nous avons fait une lecture et la seule scène que nous ayons vraiment travaillée est celle du dîner, que nous avons fait évoluer vers plus de naturel. Nous avons aussi beaucoup travaillé son rythme. Je la trouve réaliste et elle fait avancer l’histoire sur de nombreux niveaux. Elle éclaire chaque personnage pour lui-même mais elle fait aussi évoluer les relations qui existent dans le trio Vanessa-Marmignon-Chêne.
Vous connaissez Jean-Paul en tant que comédien et réalisateur. Qu’est-ce qui change ?
Quand il est réalisateur, c’est lui le capitaine du bateau et il le tient très bien. Qu’il soit acteur ou réalisateur, il est ultra exigeant, il ne lâche pas, ne fait aucun compromis. C’est ce que j’apprécie le plus chez lui. J’adore qu’il n’emploie pas la langue de bois, ce qui est assez rare dans ce métier. Il est direct, dans le sens de l’efficacité. Il est travailleur - c’est certainement un point commun avec Richard qui les a rapprochés. Leur grande expérience leur permet de n’accepter aucun compromis - ce qu’il m’arrive de faire encore quelquefois et que je regrette à chaque fois au final. Personnellement, je suis en train d’apprendre qu’il ne faut pas être trop conciliante et suivre son instinct.
Paradoxalement, vous avez tourné avec beaucoup d’acteurs- réalisateurs. Qu’est-ce qu’Olivier Doran a de particulier ?
Olivier sait travailler en équipe et ses nombreuses expériences lui donnent une écoute et une capacité à s’adapter. Il sait ce qu’il veut mais quand il se rend compte que les acteurs ne sont pas à l’aise avec des dialogues ou une situation, il est prêt à remanier sa mise en scène pour aller dans le sens du mieux et utiliser les compétences de ceux qui sont sur le plateau. Sur ce film, il s’est beaucoup plus imposé en tant que metteur en scène. Il a pris davantage confiance en lui. Il savait qu’il avait deux metteurs en scène sur le plateau, tous deux de très fortes personnalités. Richard et Jean-Paul l’ont toujours respecté et ils ont tout le temps été heureux d’être sur le plateau. Ils sentaient un vrai metteur en scène en face d’eux.
Que retiendrez-vous de cette expérience ?
D’abord le plaisir de jouer dans une bonne histoire à travers un rôle différent, et puis l’ambiance. La complicité entre Jean-Paul et Richard était réelle et donnait une très agréable énergie au plateau. Mon seul regret est de ne pas avoir eu plus de scènes avec
Richard Berry, ce qui ne nous a pas empêchés de très bien nous entendre. Je n’oublierai pas non plus la joyeuse compagnie de
Jean-noël Brouté. Ce film a été un plaisir à la fois humain et professionnel.