Marc Lawrence : «Écrire soi-même le scénario présente un avantage certain : le réalisateur peut choisir des décors qui se situent tous dans son quartier ! Je ne m’en suis pas privé : au départ de la pré-production, j’ai tracé sur un plan de New York un cercle englobant 8 blocs d’immeubles autour du mien et ai décrété que nous y tournerions tous nos extérieurs. «Plus sérieusement, je pense que le travail est grandement facilité lorsqu’on filme dans un environnement familier. L’appartement d’Alex ressemble ainsi comme deux gouttes d’eau au mien. La façade et le hall d’entrée sont d’ailleurs ceux de mon immeuble, et le gardien porte le nom du mien. Diffi cile de faire mieux...» Lorsque le scénario exigeait qu’il sorte de cette élégante «zone de confort» de l’Upper West Side,
Marc Lawrence s’arrangeait pour filmer dans des décors tout aussi familiers de Long Island, ou encore à Farmingdale, où il avait travaillé adolescent, et à Uniondale, dont le Coliseum «doubla» opportunément Madison Square Garden.
«New York a laissé son empreinte inimitable sur le film et lui a communiqué son rythme», observe la chef costumière
Susan Lyall. Les intérieurs marient deux looks distincts, l’un contemporain, l’autre fortement influencé par l’attachement d’Alex aux années 80. La chef décoratrice
Jane Musky et sa brillante équipe réalisèrent un véritable catalogue «80s» pour le film : «Nous avons créé des posters, des pochettes de CD, des couvertures de magazines «d’époque» pour le groupe PoP à partir de photos de Hugh arborant divers costumes et maquillages. On le voit ainsi en concert, en tournée en Égypte, sur le mur de Berlin, et l’on suit d’une pièce à l’autre de l’appartement toutes les étapes de sa carrière.»
Susan Lyall : «Je me suis replongée avec délice dans cette «décennie décadente» dont la mode, épaulettes surdimensionnées, pantalons cintrés à taille haute, etc. , nous paraît aujourd’hui si étrange. Je me suis largement ins-pirée de Simon Le Bon, le chanteur de Duran Duran, en veillant à ne pas faire d’Alex une caricature de star déchue. Je le voyais comme un artiste raffi né qui avait certes connu des jours meilleurs, mais qui restait désireux, et capable, d’effectuer un come-back et de conquérir un public plus jeune.

«Cora demandait une autre approche. C’est une ado branchée, totalement «dans l’instant». Ses chansons, son style et son comportement sont ouvertement sexuels, comme peuvent l’être ceux d’une fille qui aspire de toutes ses forces à monter sur scène. «Pour le duo final, Marc voulait un costume plus «classe» qui compléterait celui d’Alex. Cette veste de smoking satinée donne à Cora un petit air de Judy Garland et s’harmonise à merveille avec le costume en velours noir de Hugh.» «Ce numéro résume bien le thème du film», conclut
Marc Lawrence. «Il y est dit : «Je suis en quête d’inspiration, pas d’une autre négociation». La vie m’apparaît comme un combat permanent entre les deux. Nous sommes tous désireux de nous dépasser, mais le quotidien ressemble davantage à une suite de compromis. Nous aimerions être constamment inspirés, au meilleur de nous-même, nous voudrions ne pas avoir trop souvent à négocier. La magie de l’existence se situe dans cet entredeux. Sophie et Alex la connaîtront. Je pense que nous méritons aussi de la connaître...»