Comment êtes-vous arrivé sur le projet du Concert ?
J’ai rencontré Radu il y a deux ou trois ans : on s’est immédiatement sentis sur la même longueur d’ondes, d’autant qu’on a le même genre d’humour. Très vite, on est devenus amis, ou du moins bon camarade. Lorsqu’il m’a alors parlé du
Concert, il m’a dit que le rôle du directeur du Châtelet était fait pour moi : j’ai été très touché. Sachant que c’est
Alain Attal qui produisait le film, et que je participe souvent à ses projets, c’est devenu encore plus simple.
Qu’est-ce qui vous a intéressé dans le script du Concert ?
Quand j’ai lu le scénario, j’ai été en larmes à la fin de ma lecture. J’ai appelé Radu et je lui ai dit que s’il tournait
Le Concert tel qu’il l’avait écrit, il devrait réaliser un grand film. Et j’ai bien aimé la perspective de jouer un homosexuel, ce que j’avais rarement fait jusque-là. En plus, j’ai une passion pour la musique classique et je suis moi-même issu d’une famille de musiciens, du côté de mon père et de ma mère. Du coup, j’ai été extrêmement touché par cette histoire. J’ai même conseillé à Radu l’interprétation de Tchaïkovski par Leonid Kogan qui, à mon sens, est la plus belle : quand on l’entend, on a l’impression qu’il fait pleurer son violon. Il y a chez lui des influences juives et tziganes qui font qu’on le reconnaît tout de suite.
Comment percevez-vous votre personnage dans Le Concert ?
Quand on dirige une salle comme le Châtelet, et qu’on est sans cesse confronté à des musiciens ou à des cantatrices qui ont un empêchement de dernière minute, il faut être suffisamment diplomate pour ne pas froisser les artistes et se montrer cynique en même temps : pour Duplessis, il s’agit d’avoir à la fois une programmation d’excellence et une salle remplie. Mais je pense que c’est propre à sa profession et que ce n’est pas lui qui est plus cynique qu’un autre.
Quelle a été la scène la plus difficile pour vous ?
C’est la séquence entre le Russe et moi dans mon bureau. C’était assez dur à jouer parce qu’il fallait avoir un côté visqueux face au pouvoir incarné par ce riche mafieux : Duplessis comprend que cet homme ne plaisante pas et qu’il exige de donner l’exclusivité de la retransmission à la télévision russe ! C’était d’autant plus compliqué qu’il y avait un bruit infernal à l’extérieur et qu’il faisait une chaleur terrible dans le bureau.
Comment Radu dirige-t-il les comédiens ?
C’est quelqu’un qui sait très exactement ce qu’il veut. Il me demandait constamment d’aller plus vite, ce que je ne comprenais pas – d’autant que je m’exprime déjà rapidement au naturel ! Après coup, en découvrant le film, je me suis rendu compte que j’allais plus vite que d’habitude dans mon élocution et mes gestes et que Radu avait perçu quelque chose du rôle qui m’avait échappé : autant les musiciens russes prennent leur temps pour tout, autant mon personnage est un angoissé permanent qui est constamment dans l’urgence.
Qu’est-ce que représente l’ultime harmonie à vos yeux ?
C’est lorsque, dans un
concert, il se produit une osmose absolument incroyable entre le public, le
concertiste, l’orchestre et le morceau de musique...