Fils unique, j’ai été contraint pendant de longues années à me mesurer seul (ma femme et mes filles s’étant volatilisées par instinct de survie) à ma mère, veuve, un personnage à la forte personnalité dans son monde.
Bien qu’ébranlé par cette expérience, j’ai connu et aimé la richesse, la vitalité et la puissance de l’univers des « vieux ». Mais j’ai aussi vu leur solitude et leur vulnérabilité dans un monde qui avance trop vite sans savoir où il va et qui oublie son histoire, perdant le sens de continuité du temps, qui craint la vieillesse et la mort sans comprendre que la valeur des choses ne tient qu’à la qualité des sentiments.
Durant l’été 2000, le syndic de mon immeuble, qui savait que j’étais endetté, me proposa réellement de garder sa mère pendant les vacances d’été. Dans un sursaut de dignité, je refusai, mais depuis lors, je me suis souvent demandé ce qu’il serait arrivé si j’avais accepté. Voici donc le fruit de ces réflexions.
Pour les comédiennes, après avoir rencontré des actrices professionnelles, j’ai choisi des dames qui n’avaient jamais joué de leur vie, dénuées de tout tic formel, sur la seule base de la force de leur personnalité. Au cours du tournage, elles m’ont littéralement anéanti, l’histoire changeant en fonction de leur humeur. Mais leur apport, en termes de spontanéité et de vérité, a été déterminant. Certaines scènes ont même été tournées à leur insu.
L’acteur qui joue le rôle du syndic,
Alfonso Santagata, est un grand comédien de théâtre. Les autres, le médecin et l’ami de Trastevere sont vraiment des amis d’enfance.
Quant à moi, j’ai joué le rôle principal parce que durant la préparation du film, alors que j’expliquais à l’équipe qu’il fallait trouver un homme d’âge mûr, plus ou moins alcoolique, ayant vécu des années durant avec sa mère, tous les visages se sont tournés vers moi.