Du château majestueux habité par le puissant prélat jusqu’à l’ancestrale abbaye qui renferme la clé du mystère du film,
Le Dernier Des Templiers déborde d’ambiances et de lieux. Pour créer les décors et les séquences d’action du film, les cinéastes ont réuni une équipe composée de certains des meilleurs décorateurs, cascadeurs, maîtres d’armes et cavaliers du cinéma.
Charles Roven observe:«Nous avons créé un monde aussi sombre et dangereux que cette époque. »
Pour évoquer les grandes étendues sauvages de l’Europe du XIVe siècle, les cinéastes sont allés en Autriche et en Hongrie pour trouver des paysages préservés.
Dominic Sena raconte : « La Hongrie a été notre base, mais nous sommes aussi allés à Vienne et à Salzbourg. Les grandes forêts, les monastères et les châteaux étaient situés pour la plupart en Autriche, et nous avons utilisé des studios en Hongrie dans lequel nous avons construit les nombreux décors intérieurs. »
Tourner dans les décors naturels n’a pas simplifié la vie de l’équipe.
Alex Gartner raconte : « Pour atteindre certains extérieurs, il fallait parcourir des kilomètres sur des routes défoncées avec des 4X4 puis marcher encore plus loin en portant le matériel. Ce n’était pas évident, mais les lieux en valaient la peine. Malgré le froid, la boue, la pluie et les brusques changements de température et de temps, les acteurs et l’équipe ont été extraordinaires. »
Le tournage du
Dernier Des Templiers a commencé dans la région isolée des Totes Gebirge – les Montagnes Mortes – en Autriche. Durant les deux semaines et demie de tournage de nuit au mois de décembre, l’équipe a enduré des températures négatives, dont une nuit où il a fait -18°C.
Dominic Sena raconte : « Nous savions que l’hiver allait rendre le tournage éprouvant, mais c’était le prix à payer pour obtenir les paysages désolés que nous souhaitions. Personne n’est resté insensible à leur beauté. Le premier jour de tournage,
Nicolas Cage était stupéfait. Il n’est jamais resté dans sa caravane. Il s’asseyait sur les rochers et admirait la nature. »
Nicolas Cage confie : « J’ai adoré travailler dans ces conditions. Ce genre d’ambiance très spectaculaire contribue à insuffler de vraies émotions au film, et cela m’aide à me sentir dans l’histoire. »
Ron Perlman se souvient:«Je n’ai jamais aimé me battre contre les éléments. Les gens des costumes ont été les vrais héros de ce film. Ils étaient là avec des couvertures et un chocolat chaud quand nous étions trempés et qu’il faisait zéro, et quand nous allions nous mettre au chaud dans nos caravanes, ils restaient dehors avec toute l’équipe. »
Les cinéastes ont fait des repérages partout en Europe pour trouver un château de la bonne époque.
Charles Roven raconte : « Nous avons cherché en Hongrie, en République tchèque, en Allemagne, en Italie et en Espagne. Je suis devenu un véritable chercheur en architecture parce que je tenais à ce que le décor soit authentique. »
Leurs efforts ont été récompensés par la découverte du château de Kreuzenstein, qui se trouve au sommet d’une colline à 20 kilomètres au nord-est de Vienne. La forteresse, dont l’existence est attestée depuis l’an 1115, a été construite pour protéger ses habitants des envahisseurs. Elle est flanquée de tours qui offrent une vue panoramique sur la campagne environnante, et possède des murs hauts et épais, un pont-levis et une herse.
Pour
Uli Hanisch, le chef décorateur du film, le château et son donjon faisaient une excellente demeure pour un cardinal très influent. Il raconte : « Mon plus grand plaisir est d’apprendre de nouvelles choses. Nous avons commencé par ouvrir des livres d’histoire et je suis devenu accro à cette période. Les œuvres d’art représentaient toujours des sujets religieux et on trouve une quantité incroyable d’images de diables et de démons qui s’affrontent. Cela nous a tous beaucoup inspirés. »
Uli Hanisch s’est appuyé sur les deux styles architecturaux prédominants de l’époque, le gothique et le roman, pour créer un contraste entre le château du cardinal, qui reflète son pouvoir sur le monde, et l’abbaye des moines de Severac, qui ne s’occupent que de spiritualité. Pour traduire la puissance suprême et incontestée de l’Église,
Uli Hanisch a décoré les quartiers privés du cardinal dans le style gothique. Il explique : « C’était le style le plus récent et le plus riche. Le cardinal est fortuné, raffiné et son pouvoir est immense. Pour créer l’ambiance que nous voulions, nous sommes allés plus loin que ce qui se faisait à l’époque en l’entourant d’éléments gothiques dorés. »
Le cardinal d’Ambroise, lui-même malade de la peste, reçoit les chevaliers dans sa chambre, allongé dans son lit et entouré de médecins portant d’étranges masques à bec censés les protéger.
Uli Hanisch raconte : « Nous avons construit un immense lit qui ressemble presque à un trône. Comme la pièce, il est décoré d’anges et de démons qui se battent. Ce cardinal est en train de mourir entouré de ses richesses. C’est notre façon d’exprimer son univers dans une seule pièce. »
La corruption physique et morale de l’Église est symbolisée par le délabrement des décors.
Uli Hanisch explique : « Les murs ont l’air d’avoir une maladie de peau. Tout est complètement pourri et tombe presque en morceaux.»
L’abbaye de Severac arbore un style roman plus traditionnel à travers des bâtiments massifs comportant peu de fenêtres et des intérieurs exigus.
Uli Hanisch note : « L’abbaye et les moines prennent leur tâche très au sérieux et ne sont pas aussi riches que le cardinal. »
L’abbaye possède malgré tout un véritable trésor sous la forme de milliers de livres. Avant l’invention de l’imprimerie au XVe siècle, la fabrication de livres était un art extrêmement complexe pratiqué exclusivement par les moines. Chaque livre était écrit à la main et souvent illustré de somptueuses enluminures. La copie d’un livre par un moine pouvait prendre deux ans.
Uli Hanisch raconte : « Quand nous avons conçu notre bibliothèque, nous savions que nous allions devoir construire un grand espace pour la bataille qui s’y déroule. Il devait y avoir des coins et des recoins pour permettre aux personnages de se cacher, et de nombreuses étagères remplies de livres. Nous avons ainsi créé plus de 4 000 livres. »
Les livres d’époque étant rares et précieux,
Uli Hanisch avait besoin de créer rapidement des copies. Il raconte : « Nous avons constitué un grand atelier de fabrication de livres. Quinze personnes ont travaillé pendant un mois presque jour et nuit pour fabriquer assez de vrais livres en cuir et en papier, puis des faux livres en fibre de verre qu’il a fallu peindre et vieillir. Ce fut un travail énorme, mais le résultat était incroyable. »
Pour préparer les comédiens aux nombreuses scènes d’action, le coordinateur des cascades
Tom Struthers les a entraînés pendant des semaines.
Il confie : « Même avec l’expérience acquise sur des films comme
Il Faut Sauver Le Soldat Ryan,
Terminator Renaissance ou THE DARK KNIGHT, LE CHEVALIER NOIR, c’était un tournage éprouvant et parfois très dangereux. Nous avons tourné dans des extérieurs où il fallait être très prudent. Nous avons par exemple filmé une scène au bord d’un précipice de 60 mètres avec des chevaux, un chariot, les acteurs et l’équipe au grand complet. »
Tom Struthers ajoute : « Je n’avais que quelques semaines pour transformer des acteurs qui n’étaient jamais montés sur un cheval en cavaliers expérimentés. Il se trouve que
Nicolas Cage n’est même jamais monté sur un poney quand il était enfant ! Il ne savait même pas de quel côté on monte sur un cheval. En très peu de temps, il a été capable de trotter puis de galoper tout seul dans un champ. Cela faisait beaucoup à apprendre pour quelqu’un qui n’avait jamais fait d’équitation, mais il s’en est vraiment bien tiré. »
Nicolas Cage s’est entraîné en Angleterre avec Camilla Naprous et son équipe des Devil’s Horsemen. Durant trois semaines, sept heures par jour, l’acteur s’est plié à de nombreux exercices allant du slalom à cheval entre des piquets à la simple balade en forêt. Il raconte : « J’ai vraiment appris à aimer les chevaux, ce sont des animaux remarquables. La relation entre l’homme et le cheval est très ancienne et très belle. La découverte de ce lien a été un des aspects les plus agréables de mon travail sur ce film. »
Selon Camilla Naprous, trouver le bon cheval pour un cavalier est un peu comme réunir deux âmes sœurs. Elle explique:«Tous les chevaux ont une personnalité différente. La monture de Nicolas, Dolly, est très intelligente et parfois un peu effrontée. Le cheval de
Ron Perlman, El Greco, est plus facile à monter, il se contente de faire ce qu’on lui demande. »
Ron Perlman note : « El Greco était magnifique. Quand ils disaient : « On tourne ! », on lisait dans son regard : « OK, vous voulez que je fasse quoi ? »
Malgré son expérience,
Dominic Sena a trouvé que les chevaux étaient un des éléments du film les plus difficiles à coordonner. Il raconte : « Nous avons travaillé avec des chevaux de pure race espagnole (PRE ou andalous), qui sont très grands et difficiles à contrôler. Ils devaient aussi tirer un chariot d’une tonne et demie sur un terrain accidenté. Pour les scènes où les voyageurs traversent des forêts très isolées, il a fallu trouver des chemins assez larges pour le chariot. Personne n’avait imaginé que tirer un chariot dans un tel environnement était aussi difficile. »
Les cinéastes se sont heurtés à un autre problème inattendu en voulant tourner les scènes de dialogue quand le chariot avance. Quand il était tiré par son équipage de six chevaux, le bruit du chariot couvrait les dialogues des acteurs.
Dominic Sena raconte : « En étudiant des westerns, j’ai réalisé que les personnages avancent, arrêtent leurs chevaux pour parler, puis reprennent leur route. Ils ne parlent jamais en avançant, maintenant je sais pourquoi ! »
Le réalisateur poursuit : « Nous avons essayé d’utiliser des voitures électriques pour tirer le chariot, mais elles n’étaient pas assez silencieuses. Nous avons fini par le relier au treuil d’un camion situé à plus de cent mètres en avant qui l’a tiré à travers la forêt. »
Pour l’aider à concevoir les séquences de combat du film,
Tom Struthers a engagé
Kevin Mccurdy, un coordinateur des combats anglais qui travaille pour le théâtre et le cinéma.
Tom Struthers raconte : « Je voulais une approche innovante des combats, j’ai donc demandé à
Kevin Mccurdy de respecter l’époque et d’ajouter un peu de tension dramatique, de privilégier l’idée plutôt que la brutalité. Nous avons fait subir un entraînement très rigoureux aux acteurs. Ce sont vraiment eux qui manient l’épée dans le film et cela fait une vraie différence.»
Pour chaque acteur,
Kevin Mccurdy a mis au point un style de combat particulier développé à partir de ses mouvements naturels. Il raconte : « Pour créer les mouvements d’un personnage, je me projette en lui et j’utilise son état émotionnel. Je commence à travailler sur les personnages avant de rencontrer les acteurs, et quand je les rencontre je regarde comment ils bougent avant de leur mettre une épée dans les mains. Ensuite, nous travaillons ensemble sur les mouvements qu’ils font naturellement. »
Il continue : «
Nicolas Cage est comme une machine. Il est brillant, très technique et précis dans ses mouvements. Pour
Ron Perlman, nous avons utilisé sa force, sa stabilité et ses épaules voûtées.
Robert Sheehan, qui joue le jeune homme qui veut devenir chevalier, est rapide et nerveux. Son style est très différent de celui des autres. »
Les épées utilisées dans le film sont des répliques d’armes européennes de l’époque adaptées pour chaque personnage par le département des accessoires dirigé par le chef accessoiriste
Zoltan Szalkai. Il raconte : « Chaque arme est à l’image du guerrier qui la porte. Nous avons fait des copies d’épées du XIVe siècle auxquelles nous avons ajouté quelques éléments de décoration. Par exemple, Behmen a une épée longue richement gravée et très élégante. C’était ce qu’on appelait à l’époque une épée à une main et demie ou « bâtarde », parce qu’on la maniait avec une main qui était soutenue par l’autre. »
Zoltan Szalkai continue : « Felson, qui est un homme plus grand et plus fort, a une épée plus courte avec une lame plus large gravée de motifs moins élaborés. Pour Kay, nous avons utilisé une épée très simple, parce qu’il est encore un combattant inexpérimenté. »
Pour la scène où les personnages sont attaqués par une meute de loups dans la forêt de Wormwood, les cinéastes ont fait appel à
Zoltan Horkai qui, bien qu’il soit un des meilleurs dresseurs d’animaux sauvages au monde, est venu à cette profession accidentellement. Il explique : « Quand j’avais six ans, je rêvais d’avoir un loup. Un seul m’aurait suffi. Quand j’en ai enfin eu un, un cinéaste de documentaires animaliers est venu me voir parce qu’il avait besoin de filmer un loup en train de courir dans la forêt. Quand d’autres cinéastes lui ont demandé comment il avait réussi ce plan, il leur a parlé de moi. Aujourd’hui, j’ai deux cents animaux, dont des ours, des loups, des cerfs et des sangliers sauvages. »
Les cinéastes ont utilisé sept loups âgés de quatre à quinze ans pour seize scènes. Les animaux de
Zoltan Horkai ont tous des aptitudes de jeu différentes. Il explique : « Dans ce film, le réalisateur voulait voir les loups pousser des hurlements, regarder, se lever et montrer les crocs. L’astuce est de choisir le bon animal pour l’action requise. Je vis avec ces loups depuis quinze ans, mais ils sont toujours aussi mystérieux et imprévisibles. Chaque journée et chaque prise avec eux apporte son lot de nouveautés, il faut donc rester extrêmement vigilant et appliquer des règles de sécurité très strictes. Nous demandons aux gens de ne pas apporter de nourriture sur le plateau. Je veux m’assurer que personne ne sera blessé, humain ou animal. »
Nicolas Cage se souvient : « J’ai tourné une scène avec un loup qui était à moins de trente centimètres de mon visage. Comme j’aime les animaux, j’ai voulu avancer ma main de façon amicale et quelqu’un m’en a dissuadé. Lorsque j’ai compris que cet animal pouvait me mordre, j’ai soudain été pressé de finir le plan avant de me faire dévorer ! »
Le tournage du
Dernier Des Templiers dans les forêts et en montagne a été une véritable aventure pour les acteurs et toute l’équipe. Le réalisateur note : « Nous n’avions jamais fait de film dans de telles conditions. Filmer des choses que je n’avais jamais vues avant était vraiment très stimulant. »
Dominic Sena conclut : « C’est sans aucun doute le tournage le plus éprouvant qu’il m’ait été donné de faire. Mais le résultat en valait la peine et malgré tout, je ne m’étais jamais senti aussi bien après avoir terminé un film. »