Les personnages étant au centre du processus créatif de Stamm, ses acteurs ont dû endurer un traitement et un environnement de tournage que l’on pourrait qualifier de Kubrickien : plateau en autarcie complète, prises à répétitions et des conditions généralement épuisantes. Stamm s’explique : «Le plus important pour moi, c’était de garder l’intimité avec les acteurs : de n’avoir jamais personne dans la pièce, et sans retour vidéo à l’extérieur. Il n’y avait qu’un retour vidéo sur le plateau. Il n’y avait pas de tente-retour où tout le monde regarde les prises, donc les acteurs savent qu’ils n’ont pas 50 paires d’yeux qui les scrutent. C’est une façon de protéger leur intimité. J’essaie de lancer les acteurs dans la scène pour qu’ils m’apportent des choses auxquelles je n’aurais sûrement jamais pensé. Je les laisse être eux-mêmes, et je ne fais que réagir. On fait beaucoup de prises. Ce qui marche pour moi, c’est d’en faire énormément pour arriver à un stade où ils sont fatigués, énervés, et contrariés, parce que c’est comme ça que vous touchez à des émotions très brutes, qui rendent incroyablement bien à l’écran. On fait jusqu’à 15 ou 20 prises pour parvenir à ça...»
Eric Newman remarque que, sur ce genre de tournage, «le scénario n’est qu’une sorte de carte pour savoir dans quelle direction on veut aller, et ce que l’on veut accomplir.» C’est pourquoi l’improvisation était le nerf de la guerre sur le plateau. La possibilité de sortir du cadre du scénario a permis au film – et aux acteurs – de se développer dans une dimension surprenante pour le réalisateur, et permettant de repousser les limites du réalisme dans la narration. Comme Stamm le rappelle, «le plus important pour moi, c’est qu’ils n’aient pas de répliques en tête qu’ils tentent à tout prix de reproduire, mais plutôt qu’ils plaquent leurs propres mots et les caractéristiques des personnages sur le texte. J’ai travaillé de la même façon sur mon film précédent, A Necessary Death» Pour les acteurs, les répliques improvisées, basées sur le scénario, ont sûrement été l’aspect le plus délicat du tournage.
Louis Herthum (Louis Sweetzer) se rappelle : «La dimension d’improvisation du film est fascinante – c’est une opportunité rare pour un acteur.C’est totalement libérateur mais aussi assez effrayant. C’est sûrement l’une des choses les plus terrifiantes que j’ai faite de ma vie, mais c’est aussi une des plus gratifiantes.»
Marc Abraham, le producteur, note que ce qui permet la réussite d’une telle approche : «Le point de vue de Daniel est tellement clair, tellement fort, que les acteurs lui font totalement confiance.» Stamm a fait visionner à ses acteurs des images de vrais exorcismes, afin de les préparer à leurs rôles : «Je voulais qu’ils sachent comment les exorcismes étaient pratiqués dans le passé, pour ne pas sombrer dans le cliché. Ce film se devait d’être basé sur les personnages, on ne voulait pas faire une imitation d’un film comme L’Exorciste. On voulait donner aux fans du genre quelque chose de neuf et de frais, une nouvelle vision des choses, plutôt que de répéter de vieux clichés.»
Eric Newman remarque qu’à cause du gros travail d’improvisation fait sur Le Dernier Exorcisme, «le contenu du film, dans ses détails, changeait de manière constante. De manière plus globale, il ne s’estpas éloigné de sa construction originale. Cela reste très proche de l’idée que nous en avions à la naissance du projet, ce qui démontre les capacités de Daniel à rendre tout cela. Les acteurs et le réalisateur ont vraiment poussé le film au niveau que nous espérions, mais qu’on n’aurait pas pu imaginer atteindre. Et c’est le pivot de tout le projet.» Stamm ajoute : «Dans un documentaire, vous construisez l’histoire au montage, et on a essayé de simuler ça du mieux que l’on pouvait, pour que ça n’ait pas l’air écrit. On voulait que ça ait l’air d’avoir été puisé dans des heures d’images.» Ce qui a finalement été le cas. Le Dernier Exorcisme a été tourné en décors naturels, dans la campagne de la Louisiane, dans une vraie ferme, entourée d’alligators, de serpents et de vermine. La maison avait quant à elle une histoire qui permettait un fort degré de vraisemblance, et une aura inquiétante quasi organique, qui aurait été un vrai casse-tête à recréer s’il avait fallu la fabriquer de toute pièce...
Le Créateur des Décors,
Andrew Bofinger, a vite réalisé que le gros de son travail était déjà fait. C’est pour cela que, comme il le dit lui-même : «
Daniel Stamm et moi avons passé pas mal de temps ensemble pendant la préparation. On a fait de nombreux repérages sur le plateau principal, la ferme des Sweetzer, où se passe 85% du film.» Il ajoute : «En entrant dans la maison, on a tout de suite vu tout le potentiel qu’elle avait. En habillage décor, ça nous a vraiment simplifié la vie, puisqu’il y avait déjà des armoires centenaires et des antiquités partout. La maison en elle-même avait déjà cette ambiance inquiétante. On n’aurait jamais eu les moyens financiers de créer ça de toute pièce...» À propos de son travail d’ensemblier et de créateur des décors, Bofinger montre à quel point ces derniers influent sur le style visuel général, sur la personnalité et l’ambiance de l’environnement filmé, mais aussi sur ses occupants. L’environnement influe sur les personnages, et les personnages influent sur l’environnement.Bofinger continue : «J’ai pu projeter mon point de vue créatif sur le plateau et les différentes pièces de la maison, et ainsi développer les personnages à travers eux... Je voulais un maximum de couleurs neutres, qui ne prendraient pas le dessus sur l’action, mais permettraient juste de la mettre en avant. On a donc utilisé des couleurs froides au rez-de-chaussée de la maison Sweetzer, et pour l’étage,
Daniel Stamm et moi avons choisi des tons orangés, parce que c’est là que se passent la plupart des scènes d’action et de tension, et qu’on voulait un contraste de couleur radical entre les deux étages. Quant à la chambre de Nell, on voulait montrer son isolation du reste de la communauté. Nell a 16 ans, il s’est passé pas loin de 6 ans depuis le décès de sa mère, on a donc essayé de donner à sa chambre l’impression qu’elle appartenait à une fille de 10 ans, que Nell n’avait pas grandi.» Bofinger ajoute : «Dans la décoration, vous faites passer plus de choses sur les personnages qu’à travers les dialogues. Il y a tellement d’aspects de Nell à incorporer. Il faut lui donner l’air innocent – mais elle n’est pas innocente, elle est possédée.»
Pour le personnage du Révérend Cotton, Bofinger voulait faire passer l’idée qu’il s’agissait d’un fumiste, d’un comédien : «Pour son bureau, j’ai voulu donner l’impression que c’était une sorte de sanctuaire, où il pouvait encore garder ses rêves d’enfant. C’est génial de pouvoir se plonger dans ces petits détails des personnages que seul vous pouvez expliquer. Ce n’est ni dans le scénario, ni dans les dialogues.» Pour
Daniel Stamm, travailler avec les deux autres faiseurs d’ambiance principaux du tournage, le Directeur de la Photographie
Zoltan Honti et la monteuse
Shilpa Sahi, s’est fait le plus naturellement du monde. Au mariage de Stamm, Honti était son témoin, et c’est Sahi qui a prononcé les sacrements. Comme Stamm le note : «Zoltan, Shilpa et moi avons travaillé ensemble depuis notre premier film d’étudiant à l’AFI, et on voulait renouveler l’expérience. On a travaillé ensemble pendant trois ans sur notre précédent long métrage, donc on sait ce qui marche, et ce qui ne marche pas, on connaît les goûts de chacun, et on connaît très bien le format. Je crois que ça m’aide beaucoup de les avoir avec moi, pas seulement parce qu’ils sont talentueux, mais parce qu’ils connaissent parfaitement tout le processus. Il y a énormément de choses dont on n’a pas besoin de parler, puisqu’on connaît le raccourci.»