Le scénario était écrit depuis deux ans, il dormait sous une pile de vieux magazines. Il n’avait pas de titre et l’idée de le mettre en image, de le faire respirer, me perturbait. J’ai cru longtemps que je ne le réaliserais jamais, qu’il était écrit pour rester là et qu’à mon prochain déménagement, il finirait à la poubelle.
Le jeu des acteurs
Peu de temps après, on me propose de photographier
Gaspard Ulliel (pour la sortie du film
Les égarés). J’accepte. Gaspard me donne envie de faire ce film. Je réécris pour lui et accepte le rôle. Le plaisir de tourner avec Gaspard ne se limitait pas à sa photogénie et son talent, mais surtout à la façon dont il s’est fondu dans le personnage. Il incarnait Simon tel que je l’avais imaginé, c’est-à-dire pas très loin de moi
Pour Nicole, l’approche de son personnage et du film était différente. Mon désir de tourner avec elle remonte à plusieurs années et je n’imaginais personne d’autre pour interpréter la ère de Simon. J’avais cependant envie de la voir différente : qu’elle s’autorise à jouer avec l’humain, le sensible alors qu’elle apparaît généralement dans les films comme une femme forte. J’aime la fougue et la force avec laquelle elle se jette dans une scène, il y a quelque chose d’animal, de brut et d’intense. Avec elle, toutes les prises sont différentes.(…)
La relation mère-fils
Le point de départ du film était donc un duo ; une mère et son fils, deux vies parallèles. Très vite, j’ai choisi l’itinéraire de Simon pour nous mener à leur intrigue commune. Pour chaque film, j’ai besoin d’un personnage central, celui par lequel on appréhende l’histoire et les autres personnages, celui qui trace un sillon subjectif au cours duquel mon travail serait de se faire ressentir au spectateur ce qu’il ressent. Cela ne veut pas dire qu’on ne s’identifie pas aux autres personnages, à leur problématique, leurs choix ou leurs doutes mais cela n’est intéressant que si c’est à partir d’un seul point de vue.
Pour une fois, le scénario était assez construit, ce n’était pas une succession de scènes mais d’abord une histoire. Et de ce fait, peut-être ennuyeux puisque beaucoup de scènes y apparaissaient comme bénignes, sans grand intérêt. Je pense par exemple à celle de la partie de tennis qui indiquait uniquement que
« Simon jouait seul contre Louise et Matthieu. Simon s’épuise, Simon perd. Il abandonne. »Je tenais à ce que la force et le lien de la relation entre Simon et sa mère se manifeste avec naturel, simplicité, presque normalement, parce que je crois que ce n’est pas quelque chose que l’on peut expliquer dans la vie. Mais je ne veux pas parler d’ambiguïté, ce n’est pas à moi de la faire.
L’importance du regard
J’ai toujours pensé que le cinéma n’est pas là pour raconter mais pour montrer. Mon travail est donc de montrer, avec mes images, quelques mots et des silences bien sûr, mais surtout des regards. Les films n’existent qu’avec le regard des acteurs. En voyant certains acteurs, je me dis parfois que même sans caméra, on arriverait à faire un film.