Le Dernier Roi D'Ecosse est un thriller qui mélange les faits et la fiction pour représenter l’Ouganda sous la dictature du général Idi Amin Dada, à travers deux portraits : celui d’un leader charismatique mais psychopathe qui a ravagé son pays et tué un demi-million de personnes, et celui d’un jeune médecin fictif, témoin de l’Histoire, qui trouve finalement le courage de se révolter.
Quand le documentariste oscarisé
Kevin Macdonald a découvert le roman de
Giles Foden,
Le dernier roi d’Ecosse, il a été frappé par la force de cette histoire de terreur et de survie, d’autant plus puissante qu’elle se fonde sur des faits réels. Il y a vu aussi un portrait de la nature humaine et tout le potentiel d’un vrai thriller.
« Pour moi, explique-t-il, c’est l’histoire d’un jeune homme en quête d’aventure, qui va se trouver confronté à des situations qui le dépassent. D’une certaine manière, cela aurait pu être l’histoire de n’importe quel tyran, mais j’ai trouvé ce sujet particulièrement passionnant parce que personne n’avait encore fait vraiment de film comme celui-ci sur l’Afrique.
« Ce qui m’attire dans un projet, c’est la possibilité d’entraîner le public dans un monde qu’il ne connaît pas, des lieux qu’il n’a jamais vus. J’espère en plus que ce film-ci pourra ouvrir les yeux des gens, même ceux qui n’avaient jamais entendu parler d’Idi Amin Dada. »
A sa parution en 1998, le livre a remporté le Whitbread Award du premier roman, le Somerset Maugham Award, le Betty Trask Award et le Winifred Holtby Memorial Prize.
Giles Foden, qui a quitté l’Angleterre pour l’Afrique à cinq ans et a grandi en partie en Ouganda, voulait depuis longtemps écrire un roman sur l’étrange et terrifiant régime d’Idi Amin Dada. Il a fini par trouver le moyen de lever le voile de la mythologie qui entoure le dictateur et d’entrer dans l’intimité de son univers, en créant un personnage fictif, un jeune médecin qui devient son ami, son confident et son homme de confiance, et finit par découvrir qu’il est piégé dans une spirale chaque jour plus violente et plus incontrôlable.
En mélangeant les dilemmes moraux imaginaires du Dr Nicholas Garrigan avec des faits réels choquants du régime d’Amin Dada,
Giles Foden a ouvert une fenêtre non seulement sur le passé de l’Ouganda, mais sur une question fascinante : comment des êtres humains ordinaires réagissent-ils lorsqu’ils sont confrontés aux actes les plus inhumains ? Il a intitulé son roman
Le dernier roi d’Ecosse d’après un des titres grandiloquents qu’Amin Dada s’était lui-même attribués – les autres noms extravagants étant « Conquérant de l’Empire britannique » et « Seigneur de toutes les Bêtes de la Terre et des Poissons de la Mer ».
A la lecture du livre de
Giles Foden, la productrice Lisa Bryer en décela immédiatement le potentiel. « Je sentais qu’il pouvait s’inscrire dans la grande tradition des films classiques à suspense qui s’appuient sur un contexte réel, comme
Salvador ou
Missing. Cette histoire a un attrait universel, et elle est aussi d’une actualité percutante : ce genre de chose ne cesse de se répéter, aujourd’hui comme hier. »
Charles Steel, associé de Lisa Bryer, ajoute : « C’est l’histoire intemporelle d’un jeune homme qui part à l’aventure, se perd en chemin et finit par trouver la rédemption. Mais c’est aussi celle d’une relation exceptionnellement puissante entre Nicholas et Idi Amin Dada. »
Lisa Bryer et
Charles Steel ont proposé l’idée à Andrea Calderwood, alors responsable des dramatiques télévisées chez BBC Scotland. Celle-ci a fait appel à
Andrew Macdonald et
Allon Reich de chez DNA et Tessa Ross de FilmFour. Pour Andrea Calderwood, « cette histoire est passionnante et originale. Le film est audacieux parce qu’il souligne qu’Idi Amin Dada était un être humain. Un homme évidemment plein de défauts et de faiblesses, mais un homme tout de même. »
Il a fallu des années pour que le projet voie le jour. Lisa Bryer commente : « L’adaptation a été très délicate. Et le travail de
Peter Morgan et
Jeremy Brock est remarquable. Ils ont fait en sorte que le public conserve de la sympathie pour Nicholas Garrigan, parce que c’est lui que l’on suit dans le monde de cet épouvantable dictateur.
Ils ont aussi trouvé l’équilibre entre l’innocence du jeune médecin et l’arrogance d’un fou. »
Une fois le scénario achevé, les producteurs ont cherché un réalisateur désireux de s’atteler à un sujet aussi difficile et prêt à tourner en Ouganda, un pays qui n’avait jamais accueilli d’équipe de tournage. « Kevin a été brillant, confie Lisa Bryer. Et son expérience de documentariste a été importante. Il sait comme personne faire des recherches. »
Il restait une difficulté majeure : Macdonald et les producteurs pensaient essentiel de tourner en Ouganda, mais jusqu’à une date récente, le pays était inaccessible à la plupart des Occidentaux, et Idi Amin Dada y reste une figure controversée capable de réveiller de dangereuses émotions. En outre, le pays ne dispose d’aucune infrastructure cinématographique et il fallait une coopération pleine et entière au plus haut niveau du gouvernement pour réaliser ce film. Ignorant si tout cela était possible, la production a demandé un entretien avec le Président de l’Ouganda en personne, Yoweri Museveni.
Lisa Bryer se souvient : « Tout reposait sur ce rendez-vous. Il nous fallait le soutien du Président. Après plusieurs semaines de négociations avec son bureau, nous avons fini par obtenir une audience. Le jour venu, John Nagenda, conseiller spécial du Président auprès des médias, s’est assuré de notre tenue et de nos bonnes manières, puis nous a introduits dans une grande salle décorée de drapeaux ougandais. Kevin, les trois producteurs,
Andrew Wood, le producteur délégué, et la régisseuse ougandaise
Emily Mabonga se sont placés face à huit ministres et officiels et à un Président radieux. Les caméras de télé et les photographes de presse étaient là pour couvrir l’événement.
« A la moitié de cet entretien, poursuit la productrice, le Président Museveni m’a demandé d’où venait ma tribu. Je lui ai répondu « D’Israël et d’Afrique du Sud, Monsieur le Président. » J’espérais ne pas avoir tout gâché. Deux heures plus tard, nous sommes sortis, et ses ministres nous ont dit que le Président était non seulement ravi de nous voir filmer dans son pays, mais qu’il mettait à notre disposition son armée, son Parlement et ses ministres ! »
Andrew Macdonald précise : « Tout le monde pensait que nous étions fous de vouloir tourner en Ouganda, mais je sentais que c’était la seule façon de faire ce film comme il le fallait. L’Ouganda est un pays très particulier, avec son architecture des années 50 et 60, évidente dans le bâtiment du Parlement et l’hôpital Mulago. Je voulais saisir une Afrique différente, plus réaliste. Lorsque nous sommes arrivés dans ce pays, nous avons tout de suite senti la présence de l’Histoire. Tous ceux que nous avons rencontrés ont été profondément marqués par l’époque d’Idi Amin Dada, d’une manière ou d’une autre. Tourner là-bas a fait une différence énorme. »