Edward Zwick réalise le rêve d'une vie avec LE DERNIER SAMOURAI…
Les prises de vues du DERNIER SAMOURAI débutèrent en octobre 2002, mais son scénariste et réalisateur
Edward Zwick n'avait pas attendu cette date pour s'intéresser passionnément à la culture japonaise. Concrétisation d'un vieux rêve, le projet remonte même à son adolescence et à sa découverte du cinéma nippon…
Edward Zwick :
"J'avais dix-sept ans lorsque j'ai vu pour la première fois LES SEPT SAMOURAIS d'Akira Kurosawa, et je ne saurais dire combien de fois je l'ai revu depuis. Ce film renferme à lui seul tout ce qu'un réalisateur a besoin de connaître en matière de narration, de développement des personnages, de traitement de l'action et de dramatisation d'un thème. Après cette première vision, j'ai entrepris d'étudier chaque film de Kurosawa. Je l'ignorais encore à l'époque, mais c'est cela qui m'a poussé à devenir réalisateur."
Passionné d'Histoire, Zwick trouva la période de la restauration Meiji particulièrement fascinante. La fin du régime shogunal permit en effet les premières vraies rencontres entre le Japon et l'Occident, après deux siècles de repli volontaire de l'Empire du Soleil.
Edward Zwick :
"Ce fut essentiellement une ère de transition. Le passage de l'ancien au moderne est, dans l'histoire d'une civilisation, un moment particulièrement poignant et dramatique. Mais c'est aussi un merveilleux spectacle, car chaque paysage, chaque coin de rue, chaque intérieur témoigne du choc de deux époques : un homme coiffé d'un chapeau-melon croise une femme en kimono, un soldat armé d'un fusil à répétition affronte un guerrier brandissant un sabre antique…"
Zwick, dont la production SHAKESPEARE IN LOVE remporta l'Oscar du meilleur film, a souvent cherché son inspiration dans le passé, et tout spécialement dans cette période charnière de la fin du 19ème siècle, où il situa GLORY et LÉGENDES D'AUTOMNE :
"Je suis attiré par cette époque. Je trouve qu'il y a quelque chose d'émouvant, de fascinant, à voir un personnage se transformer alors même que sa société et sa culture sont en pleine tourmente."
Tom Cruise partage l'intérêt et l'admiration de Zwick pour l'éthique japonaise, notamment celle du samouraï. À l'instar du réalisateur, il découvrit Kurosawa et le cinéma japonais au cours de son adolescence et reconnaît avoir "des sentiments très forts et un profond respect pour la culture et le peuple japonais, l'élégance et la beauté du samouraï, l'esprit Bushido qui enseigne à ces guerriers la force, la compassion, une loyauté farouche et une fidélité totale à la parole donnée tout en les préparant à sacrifier leur vie pour une cause qu'ils savent être juste. Il s'agit essentiellement d'être responsable de ses actes et de ses paroles, quelles qu'en soient les suites. Cela va au-delà du code des samouraïs : c'est une éthique de vie qui vaut pour nous tous. Sitôt qu'Ed m'a présenté le projet, j'ai donc su que je devais faire ce film. Le thème m'attirait irrésistiblement, ainsi que le personnage."
Recherches et action
Marshall Herskovitz :
"Tom s'est jeté à corps perdu dans la préparation du film. Je n'ai jamais vu un acteur pousser des recherches aussi loin. Il a été pour nous une véritable mine d'informations et nous a apporté une aide immense. Ed et moi ne cessons de nous lancer des défis – c'est la base même de notre collaboration - , mais il est rare qu'un "intervenant extérieur" nous stimule à ce degré. Tom s'est intégré à notre tandem de la façon la plus enrichissante, la plus conviviale, nous apportant des idées qui étaient toujours fondées, et souvent inspirées."
La préparation de l'acteur inclut plusieurs mois d'entraînement physique et sportif rigoureux : combat à main nue, équitation, duels à deux sabres, etc.
Marshall Herskovitz :
"Tom travailla plusieurs heures par jour durant des mois, avec un entrain et une discipline dignes de son personnage. Cavalier émérite, il manie aujourd'hui les deux sabres avec la dextérité du samouraï."
Tom Cruise:
"J'ai consacré huit mois à cette mise en forme. J'ai appris à cette occasion le kendo (art du sabre), les arts martiaux japonais et le maniement de toutes sortes d'armes. Je peux non seulement monter à cheval, mais également me battre à cheval. J'ai aussi étudié le japonais. En fait, je crois bien que j'ai tout étudié!"
Célèbre dans la profession pour son zèle et sa concentration, Cruise poursuivit ses recherches et son entraînement durant tout le tournage. Zwick lui fournit aussi des livres sur l'histoire et la culture du Japon qui vinrent s'ajouter à son abondante documentation personnelle, et l'on vit souvent l'acteur se plonger, entre deux prises, dans des ouvrages de référence comme "The Killer Angels", une étude classique de la guerre de Sécession.
Tom Cruise, fidèle à une vieille habitude, arrivait deux heures avant l'équipe et ses partenaires pour parfaire sa forme. Cela lui permit d'exécuter la totalité de ses cascades, d'enchaîner plusieurs nuits de combats, cinq jours et une nuit d'affrontements contre de redoutables envahisseurs Ninjas, des semaines d'arts martiaux avec ses partenaires, le tout couronné par deux mois de scènes de batailles.
"Au départ, je m'inquiétais du niveau de réalisme exigé dans les combats", explique Cruise, qui ignorait encore les techniques propres aux samouraïs. L'acteur dut d'abord acquérir la souplesse nécessaire, abaisser progressivement son centre de gravité par des exercices quotidiens, de manière à pouvoir enchaîner les mouvements avec la grâce et la fluidité voulues. Une respiration régulière et plus profonde, une meilleure maîtrise de son corps l'aidèrent à affronter sans mal des scènes de bataille d'une grande intensité.
Edward Zwick :
"Je me suis parfois demandé si je n'exigeais pas trop de lui quand je le voyais, face contre terre, encaisser des coups répétés ; si je ne prenais pas des risques inconsidérés lorsque des sabres frôlaient son visage prise après prise. Mais il me disait à chaque fois : "Accorde-moi seulement le temps nécessaire pour me préparer, explique-moi ce que tu veux et je le ferai."
Athlète confirmé, adepte de toutes sortes de sports, Cruise était réellement impatient d'affronter les défis physiques du film. Avant de livrer de féroces combats nocturnes, il consacrait volontiers la journée à des scènes d'une grande intensité psychologique, faisant ainsi écho à la dualité profonde d'Algren. Les nuances contradictoires de ce personnage, qui est à la fois un homme profondément consciencieux, avide de recouvrer son honneur, un stratège accompli et un lutteur mortellement dangereux, impatient de se battre, passionnèrent l'acteur. Après avoir bouclé les scènes dramatiques l'opposant à ses ravisseurs japonais, c'est avec un enthousiasme redoublé qu'il passait sa nuit à ferrailler contre une dizaine d'adversaires. "J'ai rêvé de cela depuis que je suis tout gosse", annonça-t-il dès la première nuit… et personne ne fut déçu.
Chacun, dans l'équipe, put apprécier le parallélisme entre les expériences d'Algren dans le camp samouraï et l'entraînement intensif suivi par Cruise.
Un casting international…
Marshall Herskovitz :
"C'était une belle preuve de confiance que d'inclure dans notre scénario tant de protagonistes japonais avant même de savoir si nous trouverions tous les interprètes nécessaires. C'est déjà un exploit de trouver l'acteur le plus apte à jouer un rôle, mais dénicher plusieurs bons acteurs d'un coup tient presque du miracle. Avec
Ken Watanabe,
Koyuki et
Hiroyuki Sanada, je pense que nous avons trouvé notre Dream Team."
Le contact direct avec les comédiens japonais éclaira un peu plus
Tom Cruise sur certains des textes qu'il avait étudiés : "Lorsque vous discutez avec les gens de leur culture, qu'ils acceptent de vous y faire pénétrer,qu'ils vous exposent leurs vues personnelles, c'est plus concret et plus riche que tout ce que vous pouvez lire dans les livres."
L'esprit de corps de
Tom Cruise donna le ton à la production et conquit d'emblée son partenaire,
Ken Watanabe.
Ken Watanabe :
"Les premières répétitions eurent lieu à Los Angeles. Elles m'auraient sans doute paru bien lourdes si Ed, Tom et Marshall ne m'avaient rendu la tâche aussi aisée. On a répété comme pour une pièce, en improvisant, en étudiant les modes de vie de Katsumoto et Algren et l'évolution de leurs rapports. Venant du théâtre, j'ai trouvé cela confortable et rassurant. Au Japon, il m'est d'ailleurs rarement donné de contribuer au développement d'un personnage dans une ambiance aussi créative."
Des liens de confiance mutuelle et d'amicale complicité se nouèrent bientôt entre Watanabe et Cruise, qui facilitèrent par la suite le tournage de leurs duels à l'arme blanche et en limitèrent les risques.
Le bon fonctionnement du film exigeait de la part de ces acteurs une présence comparable à l'écran, un même niveau d'investissement physique et mental : "Katsumoto devait constituer pour Algren un rival sérieux et s'imposer comme son égal dans tous les domaines", souligne Zwick. "Sans cet équilibre des forces, le film aurait capoté."
"Il nous fallait un grand Katsumoto", confirme Herskovitz. "Aussi puissant que soit le jeu de Tom, il avait besoin d'un partenaire d'envergure.
Ken Watanabe n'avait pas simplement le look du personnage, il en possédait la stature, les manières et le charisme."
Watanabe apprécia pour sa part les diverses rencontres est/ouest orchestrées devant et derrière les caméras du DERNIER SAMOURAI : "Ce face à face entre des héros américains et japonais, entre un réalisateur occidental et les acteurs et techniciens de chez nous, a été l'occasion d'apprendre énormément de choses les uns des autres."
Des professionnels japonais de haut niveau furent appelés à des postes-clés.
Edward Zwick:
"Certains avaient consacré toute leur vie à célébrer et faire connaître la culture samouraï. Les films de samouraïs sont un courant important du cinéma japonais, et plusieurs membres de notre équipe avaient même travaillé pour Kurosawa. Artistes, accessoiristes, décorateurs, habilleurs ou comédiens, tous nous ont fait profiter de leur longue expérience. Nous n'avons pas cherché à imiter le genre qu'ils avaient servi, mais à réaliser une œuvre originale, quoiqu’ancrée dans cette tradition."
Hiroyuki Sanada témoigne que lui-même et ses collègues furent impressionnés par le travail de Zwick et sa connaissance de l'histoire de leur pays : "Il possède vraiment le sujet et semble captivé par l'esprit du Bushido et de cette époque rarement dépeinte, même dans nos films. Il a une vision à la fois respectueuse et personnelle de ces thèmes, et je pense que son film sera une révélation pour les amateurs de cinéma japonais."