Une première dans la ville historique d'Himeji
Edward Zwick débuta le tournage dans la petite ville d’Himeji, située dans un magnifique paysage et qui recèle quelques merveilles historiques comme le Temple Engyoji et son Monastère qui abriterait la résidence de Katsumoto et ses fidèles disciples.
De nombreuses et élégantes constructions en bois taillé à la main se nichent dans les hauteurs des montagnes, entourées par une forêt de bambous, d’ormes de Chine et de cyprès. Un paysage d’une beauté inouïe.
Edward Zwick :
“Le Monastère Engyoji a été construit dans les années 900. Ce lieu sacré accueillait à l’origine des moines pour leur apprentissage spirituel. Il est devenu aujourd’hui un haut lieu de pèlerinage pour les Japonais. Nous étions très attachés à ce que le film incarne l’esprit des traditions samouraïs de l’époque et ce site était idéal pour donner le coup d’envoi du tournage et s’imprégner des valeurs qui animaient ce monde. Chaque morceau de bois, chaque senteur délivre une part du passé ; les lumières, les pierres polies par les milliers de gens qui les ont foulées à travers des siècles de prières. Je crois qu’il est important d’avoir "baptisé" le film en ces lieux.”
La reconstitution du Japon des années 1870
L’équipe s’installa ensuite en Nouvelle-Zélande et dans les studios Warner Bros. à Burbank pour reconstituer le style et l’atmosphère de la fin des années 1870 au Japon. La chef décoratrice,
Lilly Kilvert et son équipe avaient mené d’importantes recherches bien avant le début du tournage, passant de nombreuses heures sur les livres et documents iconographiques retraçant l’ère Meiji et ses prémices. L’équipe consulta également plusieurs experts sur les tissus et matières utilisés pour les constructions, ainsi que sur les plantes de jardin favorites des samouraïs.
Presque tous les décors ont été conçus et réalisés par le service décoration du film, des toits de chaume des habitations rurales aux ambiances urbaines des rues surpeuplées du Tokyo moderne, des abat-jour de soie aux paravents en papier de riz, aux fenêtres et aux drapeaux et bannières de l’époque. Même les arbres furent reconstitués conformément aux traditions d'antan.
C’est ainsi que plus de 150 cerisiers furent plantés dans le jardin de Katsumoto, dans la cour du Temple de sa résidence de campagne et pour étoffer la forêt naturelle qui borde l’imposant champ de bataille. Montés sur des troncs en bois posés sur pied, les arbres possédaient des branches amovibles adaptées aux changements de saison – printemps, été, automne, hiver – et remplacées parfois plusieurs fois durant une même journée de tournage.
Lilly Kilvert (citée aux Oscars pour LEGENDES D’AUTOMNE) recycla un décor des studios de Burbank, utilisée sur les séries “The Waltons” et "Gilligan’s Island". Il s’agissait d’une étendue d’eau, transformée pour les besoins du film en bassin réfléchissant le long de la maison de Katsumoto, laquelle fut entièrement construite, ainsi que le pont qui traverse le bassin et permet l’accès à la maison. L’architecture de cette dernière, même si elle n’est pas la réplique exacte d’une habitation existante, s’inspire fidèlement des plans de l’habitat traditionnel, respectant les dimensions et les matériaux de construction employés pour les résidences des samouraïs et des castes supérieures.
Ce décor était monté sur une plate-forme mobile qui permettait différents angles et mouvements de caméras, ainsi que l’utilisation d’une grue.
La chef décoratrice et son équipe recréèrent également l’effervescence des rues de Tokyo au 19ème siècle. Le décor prit forme dans la célèbre "Rue de New York" des Studios Warner. L’époque fait revivre l’atmosphère grouillante des commerces, où clients et marchands en kimonos font leurs affaires et marchandent nourritures, tissus et objets en tous genres, où les Japonais se mêlent aux Occidentaux venus faire du commerce, où la modernité côtoie l’exotisme et la tradition : pousse-pousse se faufilant à travers la foule, geishas portées sur d’opulents palanquins, paravents et lanternes décorant la brique des nouvelles constructions, etc. Tokyo s’ouvrait alors aux influences occidentales.
Lilly Kilvert :
“Ce quartier commerçant de Ginza, connut une profonde transformation entre 1876 et 1877. C’est tout le Japon qui évoluait à cette époque, alors que le monde occidental débarquait sur un marché local en plein essor. Tout l’Occident était représenté là : Anglais, Français, Espagnols, Allemands – toutes les langues se mêlaient dans la rue et les influences se voyaient jusque sur les enseignes des immeubles où le nom de la ville s’écrivait parfois à l'occidentale, comme dans le film.”
L’habitat urbain japonais demeurait cependant assez traditionnel.
Richesse et splendeur des costumes de l’ère Meiji
Les costumes, signés par
Ngila Dickson, contribuent à recréer avec authenticité le faste de l’époque Meiji.
La chef costumière dirigea plusieurs équipes basées au Japon, à Los Angeles et en Nouvelle-Zélande, qui assurèrent sous son contrôle la création de quelques centaines de costumes. Elle s’inspira de documents et de photos historiques, ainsi que des conseils d’universitaires spécialistes de cette époque. Ses recherches portèrent essentiellement sur les méthodes de fabrication à la main des armures de samouraïs, ainsi que sur les significations culturelles des couleurs, la qualité des tissus, les tailles d’impressions des motifs ou encore la longueur des manches des kimonos.
Ngila Dickson récompensée par un British Academy Award et un Saturn Award pour son travail sur le SEIGNEUR DES ANNEAUX : LES DEUX TOURS et par une nomination aux Oscars pour LE SEIGNEUR DES ANNEAUX : LA COMMUNAUTÉ DE L'ANNEAU, releva ce nouveau défi en grand stratège.
Ngila Dickson (Chef costumière) :
“Je divise les tâches - scènes de village, armures des samouraïs, armée impériale, etc. - et affecte à chacune un coordinateur distinct. Cela me permet une gestion plus rationnelle et efficace, où chacun se spécialise et où je repère mieux les besoins et les avancées de tous.”
Ngila Dickson privilégia avant tout l’exactitude et la précision afin de rendre compte de la réalité des costumes de l’époque. Mais elle découvrit rapidement que la plupart de ses références historiques n’étaient pas toujours fiables…
Une armée sur le pied de guerre
Après de nombreux repérages pour les extérieurs, l’équipe choisit de s’installer dans le New Plymouth, en Nouvelle-Zélande pour retrouver l’esthétique des paysages du Japon pré-industriel.
Edward Zwick :
“La nature tient une place importante dans la culture japonaise, sans doute pour compenser l’espace vital si réduit de ce pays. Beaucoup de Japonais se rendent en Nouvelle-Zélande car ils y retrouvent une ressemblance avec les paysages et la beauté de leur terre. Nous avons pensé que la nature volcanique de cette île soulignerait l’aspect plus primitif des paysages avant l’industrialisation et la modernisation de l’économie. ”
Le tournage mobilisa des moyens techniques et humains d’une ampleur considérable. Ainsi, entre 300 et 600 figurants japonais furent réunis au gré des scènes, et près de 400 Néo-Zélandais employés dans les différents départements techniques. Le reste de l’équipe, environ 300 personnes, venait des États-Unis, d’Angleterre, d’Australie et du Japon. Certaines journées de travail nécessitèrent la présence d’un millier de personnes sur place démarrant à 3 heures du matin le maquillage, les coiffures et l’habillage des figurants et comédiens.
Les fidèles samouraïs de Katsumoto ont été recrutés dans la communauté japonaise d'Auckland . Le chef cascadeur Nick Powell soumit cette armée d’acteurs novices à un entraînement rigoureux pendant deux semaines pour leur apprendre le tir à l’arc, l’art martial du kendo et la course à cheval sous une pluie de flèches dans les pentes raides d’une colline.
La troupe militaire impériale nécessita la présence de quelque 600 figurants japonais, formés et hébergés en campement comme un vrai corps d’armée. Ils s’entraînèrent à la marche, aux exercices militaires, aux codes guerriers du Bushido, au maniement des armes à feu et des sabres, et à l’art de simuler un combat au corps à corps.