Notes de Prod. : Le dernier Trappeur

    en DVD le 20 Octobre 2005
La Place de l’homme

Pour un grand nombre de citadins, totalement coupés de ce qu’est la réalité de la nature, le trappeur est un homme qui tue des animaux. Il y aurait donc une densité plus forte d’animaux sur un territoire non exploité par un trappeur. Ce qui est bien entendu totalement faux.
Une forêt, à la condition bien sûr qu’elle soit exploitée avec intelligence, produira plus d’arbres qu’une forêt où l’homme n’interviendra pas, avec une qualité de bois bien supérieure. Le bûcheron (on ne parle pas ici des grosses compagnies forestières qui dénaturent les forêts et effectuent des coupes à blanc) élimine les vieux arbres ou les arbres en surnombre afin que d’autres puissent profiter pleinement de la place qui leur est ainsi faite pour se développer. Avant qu’ils ne dégénèrent, il coupera aussi les arbres arrivés à maturité en prenant soin de laisser assez d’adultes pour assurer une bonne régénération.

L’homme ici occupe parfaitement sa place. Il profite d’une quantité de bois qui va lui servir pour une quantité de choses, et la forêt profite de son intervention raisonnée et réfléchie. C’est un échange de bons procédés. Le trappeur agit sur un territoire de la même façon. Par son intervention de prédateur intelligent, il va dynamiser les populations d’animaux. Ceux- ci vont se mettre à produire plus, car la nature a horreur du vide, et les animaux seront plus sains et en meilleure santé. Cette part est celle qui revient à l’homme qui, quoi qu’on en dise et quoi qu’on fasse, appartient à la nature et y a sa place. Certes la nature peut se débrouiller sans l’homme, mais ils y perdent tous les deux. Dès lors, pourquoi ne pas vivre ensemble ?

Pourquoi créer un monde artificiel avec la nature d’un côté, l’homme de l’autre alors qu’ils pourraient si bien vivre ensemble ? C’est ce que les trappeurs peuvent nous montrer, c’est ce qu’ils ont à nous réapprendre. Cette philosophie de l’adaptation de l’homme à la nature est ce qu’il y a de plus beau dans cette façon qu’avaient de vivre ces hommes de la nature (Indiens, Inuits et trappeurs) que nous avons voulu absorber en leur inculquant une soit disant façon moderne de vivre. Une façon dont on sait aujourd’hui qu’elle ne fait que détruire cette terre maintenant malade, sur laquelle, il nous faut pourtant bien vivre à moins d’aller à la recherche d’une autre planète que nous détruirons à nouveau avant d’aller en “user” une autre.
L’homme deviendra alors le parasite de l’univers, le tique humanitaire qui sucera tout le sang de chacune des planètes sur laquelle il se posera en les condamnant du même coup. Alors que l’homme pourrait être si formidable.

Les ravages de la déforestation

Dans les catastrophes écologiques du siècle, la déforestation massive arrive en bonne position et les forêts boréales ne sont malheureusement pas épargnées. La Colombie- Britannique, province canadienne sublime située à la frontière Sud de l’Alaska, en est un triste exemple. Norman en sait quelque chose, lui qui a dû changer de territoire à deux reprises. En effet, les coupes à blanc réalisées dans des endroits de plus en plus reculés ont des conséquences très fâcheuses pour l’environnement.
Dans un premier temps, les compagnies forestières tracent des routes qui, même l’abattage et le débardage finis, permettent d’atteindre ces lieux jusque là préservés puisque difficiles d’accès. Sans compter qu’elles laissent bien souvent derrière elles des baraquements et autres constructions de fortune bâtis à la hâte pour les ouvriers et les bûcherons, et qui ne sont pas démontés car cela représente un coût inutile.
Autant de plaies qui défigurent des endroits jadis féeriques. Bien souvent, ces terres appartenaient à des trappeurs comme Norman ou à des Indiens qui avaient un droit de pêche et de chasse, qu’ils demanderont à exercer plus loin moyennant dédommagement. Cela recule d’autant les sanctuaires où les animaux parviennent à vivre en toute tranquillité car, à la limite de ces endroits dévastés, guides de chasse et de pêche qui travaillent pour de riches clients venus de la planète entière coloniseront de nouveaux territoires.

La nature n’est pas ingrate…

Dans les montagnes Rocheuses où Norman a sa ligne de trappe, on trouve une faune très variée car toutes sortes d’animaux de montagne habitent en altitude : le mouflon blanc d’Alaska, le mouflon des rochers, le mouflon à grandes cornes, ainsi que la chèvre des Rocheuses.
On trouve aussi quelques populations de cerf mulet, un petit animal très gracieux qui, en été, n’hésite pas à vivre sur les plus hautes crêtes, tout comme son cousin bien plus grand que lui le grand cerf des montagnes Rocheuses ou wapiti. On peut rencontrer ici et là un prédateur typique des zones de montagnes, le puma, mais il reste rare.

En automne, les trappeurs chassent à l’occasion ces animaux afin de varier leur quotidien, composé essentiellement de viande caribou et d’élan, surtout d’élan l’hiver : jusqu’à 400 kilos de viande en une chasse ! Mais les trappeurs, comme la majorité des peuples du Nord se nourrissent beaucoup de poissons, de lièvres et de perdrix de toutes sortes : perdrix des neiges, tétras et gélinottes. Ils consomment aussi beaucoup de viande de castor et de lynx, du moins ceux qui trappent ces deux espèces. La viande des autres animaux à fourrure, martres, wolvérines, loups et pékans, n’est pas consommable et, une fois gelée, sert de nourriture pour les chiens ou d’appât.

L’ours noir, présent un peu partout et en grand nombre, possède une viande succulente, très fruitée et tendre. Il en est tout autrement du grizzli, dont la viande est imprégnée de l’odeur des cadavres qu’il dévore. Même chose plus au Nord avec les ours polaires, dont la viande trop riche en vitamine A n’est pas consommée par les Inuits.
Quantité de petits animaux comme les écureuils, les geais arctiques, les bruants des neiges accompagnent la vie des coureurs des bois. Cette liste s’élargit considérablement en été, avec toutes sortes de huards, de grèbes, de cygnes sauvages, d’oies et une multitude de canards, de vautours, d’éperviers, de faucons, de buses et d’aigles dont la fameuse pygargue à tête blanche. Dans les marais, c’est une explosion de vie avec tous les pluviers, courlis, barges, bécasseaux, chevaliers, mouettes et sternes.
Le coureur des bois se nourrit de cette providence, ramassant ici et là des œufs avec lesquels il se confectionne des omelettes et des baniques (une sorte de pain très riche en graisse cuit à la poêle) en tous genres, dans lesquelles il ajoute des baies variées : myrtilles, groseilles, framboises sauvages. Dans le Grand Nord comme partout ailleurs, la nature n’est pas ingrate.

Les Origines du DERNIER TRAPPEUR

Nicolas Vanier est un amoureux de la nature et de la vie, un aventurier comme on n’en voit plus, un “Jack London des temps modernes” qui s’est illustré dans des expéditions en Sibérie, dans le Grand Nord Canadien ou encore en Alaska.
Il a publié de nombreux livres, carnets photos, romans ou récits de ses aventures et a tourné plusieurs documentaires de ses expéditions. Au cours de son incroyable “Odyssée Blanche” (8 600 km entre l’Alaska et le Québec), Nicolas Vanier, rencontre celui qui lui a donné l’envie de tourner son premier long- métrage de cinéma : Norman Winther, “le dernier trappeur”. C’est l’occasion pour lui de partager avec le public un film dans lequel il aborde enfin tous les thèmes qui lui tiennent à coeur.
Il s’est attelé, durant un an et demi, souvent dans des conditions de tournage extrême, à la réalisation de ce projet, soutenu par son producteur, Jean- Pierre Bailly (MC4) et le groupe TF1.
C’est une relation unique et profonde de communion avec la nature que Nicolas Vanier vous fera vivre à travers ce film magique, au milieu de paysages grandioses.

Quelques Instants…

Travailler sur ce film fut un rêve de gosse, un de ceux qui vous poursuivent tard dans la vie. Le Grand Nord n’est pas un pays, c’est une atmosphère, des lumières, des silences… le grand dehors.
Il y a les premières rencontres avec Norman et Alex, les entendre ne rien dire, étirer les secondes avec eux pour finalement perdre toute notion du temps. …Ou Nicolas nous a emmené plus au Nord, au- delà du cercle polaire, au pays où semble t- il on a inventé le froid, où les jours s’appellent la nuit et les saisons l’hiver !