Notes de Prod. : Le grand rôle

    en DVD le 28 Avril 2005

Notes de l'équipe

Sophie Tepper, la productrice, m'a fait lire le roman de Daniel Goldenberg. Je l'ai adoré. Pourtant, après L'Envol, je m'étais juré de ne plus faire de film sur les acteurs ! Mais c'est un roman magnifique, qui aborde beaucoup des thèmes qui me touchent le plus. Après tout, il n'y est question que d'amour, d'amitié et d'urgence. Alors je n'ai pas hésité. L'histoire était tellement en phase avec mon univers que beaucoup de mes proches ont d'abord cru que je l'avais écrite. Avec le recul, je me rends compte que LE GRAND ROLE pourrait être un prolongement, dix ans plus tard, de mon premier film. L'Envol racontait l'histoire d'un être qui rêve de devenir quelqu'un. LE GRAND ROLE présente un homme qui se bat pour quelqu'un d'autre. Et dans le film que j'ai tourné depuis, Cavalcade, on découvre quelqu'un de brusquement brisé par le destin – il devient tétraplégique – qui lutte pour exister à nouveau. Ces trois films forment une sorte de triptyque.
Le roman parlait de huit personnages âgés de 75 ans. L'histoire était aussi beaucoup plus ancrée dans la culture juive. Sophie Tepper, Daniel Cohen, avec qui j'ai beaucoup travaillé sur l'adaptation, et moi avons décidé de rajeunir les protagonistes.
Pour le rôle principal, je cherchais un acteur charismatique autour de la quarantaine. J'ai rencontré Stéphane Freiss par hasard, dans un festival. Nous avions eu l'occasion de tourner tous les deux, quinze ans auparavant, dans le film d'Yves Boisset La Tribu. A l'époque, déjà, je m'étais dit qu'il avait de l'allure, une gueule et beaucoup d'humanité.
Lors de l'adaptation, lorsque le personnage de Bérénice Béjo a été rajeuni, j'ai très vite pensé à elle. Je savais qu'elle aurait cette profondeur, que même avec un rôle qui peut paraître en retrait, elle donnerait sa mesure et son intensité. Elle devait jouer une jeune femme que la maladie attrape trop vite. En quelques scènes, elle devait engendrer la sympathie avant de s'affaiblir. Il faut pouvoir jouer cela.

Stéphane Freiss
Je n'imaginais pas combien Maurice Kurtz me bouleverserait. Je ne pouvais pas empêcher Lionel, Olivier, Laurent et Stéphane de vivre joyeusement le tournage. Ce sont des garçons avec qui, d'ordinaire, j'aime beaucoup rire. Mais leurs personnages avaient un autre destin que le mien. Alors il m'a fallu assez vite m'écarter du groupe pour me protéger de leur bonne humeur ; et j'avoue que j'en souffrais. C'était le seul moyen de garder dans ma tête et dans mon corps le poids de la tragédie que j'avais à vivre. Steve la vivait quotidiennement avec moi. Il me poussait chaque jour vers plus de gravité.
Dans le genre calvaire, ce que Bérénice avait à vivre n'était pas mal non plus ! Pour elle aussi ce fut un tunnel douloureux à traverser, elle qui en dehors du plateau est pétillante et pleine de vie. Il nous arrivait de plaisanter bien sûr, mais ce n'est pas le premier souvenir qui me revient… et pourtant l'amitié qui nous liait tous était presque palpable.

Bérénice Béjo
J'ai vu Steve pour la première fois plus de deux ans avant le tournage, au festival du film de Paris. Je l'ai entendu parler de son parcours. Il faisait preuve d'une telle conviction, d'une telle sincérité que j'en ai été fascinée. J'avais vraiment envie de travailler avec lui, mais l'occasion ne s'est pas présentée. Lorsqu'il m'a donné ce scénario à lire, je l'ai dévoré dans le week-end. J'étais émue, amusée, bouleversée. Le lundi j'i dit oui et j'avais le rôle !
Perla, mon personnage, est le seul rôle féminin du film. On la découvre à travers quelques scènes, le dîner, la jolie scène de couple devant le magasin où elle travaille, et puis, rapidement, la maladie l'affaiblit. On a le temps d'entrevoir son énergie, son caractère et l'amour qui l'unit au personnage de Stéphane Freiss avant que le malheur ne la frappe.
Lorsque j'ai découvert la dernière scène du film, lorsque je joue avec Peter Coyote, j'étais en larmes. Elle a été assez particulière à jouer car Steve me demandait de ne rien faire. Je ne devais surtout pas forcer. C'était assez difficile, assez frustrant parfois de jouer autant en retenue. Et puis en voyant le film, petit à petit, je me suis rendu compte du travail que Steve avait fait avec moi, me permettant de dévoiler l'évolution de mon personnage.