Comment est née l'idée de faire "Le Mac" ?
J'avais vu une émission de télé sur un concours de
macs aux Etats-Unis. Il fallait élire le meilleur “pimp”. Chacun arrivait avec tout l'attirail : les fourrures, la voiture, les bagues... J'ai d'abord pensé à
Thomas Gilou pour réaliser le film, mais très vite on n'a pas été d'accord sur les directions à prendre dans la comédie. Moi, j'avais dans la tête cette idée de deux jumeaux. Mais le vrai élément déclencheur du "
mac ", c'est "Torrente". Je voulais en acquérir les droits, et j'ai négocié pendant deux ans avec le producteur qui m'a laissé croire qu'il les avait, alors que c'était l'acteur qui avait les droits. "
Torrente", c'est un peu "
Bad Lieutenant" en comédie. Cela a nourri l'idée de prendre pour héros une crapule. Là, il s'agit d'un banquier forcé à devenir un proxénète et un gangster. Il peut tout se permettre, le spectateur le suit puisqu'il est dans la confidence. Il sait que le type n'est pas comme ça, mais qu'il doit endosser le job. J'ai travaillé avec
Vincent Lambert pour écrire le scénario, c'est-à-dire que je lui racontais des idées de scène, que lui ensuite allait écrire et scénariser. On a très bien travaillé ensemble. Il comprenait bien mes idées, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir les siennes, qui étaient souvent très bonnes.
Pourquoi avez-vous mis cinq ans à faire le film? Vous n'étiez pas satisfait du scénario ?
Il y a eu plusieurs versions, et j'en ai aimé la plupart. Le seul, l'énorme hic, c'était le refus de
José Garcia... Je ne voulais pas envisager de faire ce film sans lui. Alors c'est vrai que je ne lâche pas facile- ment une idée que je crois bonne. J'étais convaincu que ce rôle était pour lui, je crois que lui-même le savait, mais il était dans un autre trip à l'époque, il avait besoin de montrer une autre image de lui et il ne voulait plus faire rire. Donc j'ai attendu. Chaque fois qu'on se croisait, je lui parlais du "
mac ". Récemment, je lui ai donné à lire une nouvelle version, qui était la meilleure. Il l'a lue, et il a dit oui. Dans ces cas-là, il faut aller très vite... Alors on l'a serré !
Pourquoi était-ce lui et lui seul ?
Parce que José a la capacité d'être méchant et drôle tout en y mettant l'énergie du gars qui se cogne contre les murs et qui en redemande. Il incarne le
mac, mais aussi son jumeau, le frère banquier. Lui c'est un innocent, un genre de Dany Boon. Soudain, on lui change le costume et il devient tout à fait autre chose. José a la capacité de jouer ces deux emplois, il est capable d'aller de Bourvil à de Funès. Il peut faire ce grand écart qui consiste à incarner l'un ou l'autre. Les films sérieux qu'il a faits récemment ont montré sa palette. Et puis j'ai été comédien, je regarde de près le jeu des acteurs. Ce que José fait dans "La Vérité si je mens", c'est très complexe, son personnage est sans cesse sur le fil. Dans "
Le Boulet", on s'est beaucoup amusé à ce qu'il soit dans le quasi n'importe quoi ! José a une énergie folle que j'avais envie de retrouver. Quand on dit "Moteur", avant même de penser au public, José veut faire rire l'équipe autour de la caméra et ses partenaires, et pour ça, pour un gag, un sourire, un rire en plus, il est prêt à se faire très mal, à se cogner très fort... Et c'est toujours percutant parce qu'en plus, il travaille énormément. Les années qu'il a passées chez Canal +, c'est une sacrée école. José n'a peur de rien, d'aucun ridicule. Il s'est confronté à des réalisateurs plus complexes comme Régis Wargnier, Jean-Jacques Annaud, Costa Gavras... Aujourd'hui, il revient à la comédie, et il est prêt à tout !
Quand José Garcia dit oui, comment fait-on pour aller très vite ?
Quand on a le bon acteur, le bon script et le bon concept, le problème c'est de trouver le réalisateur prêt à exécuter une commande, à collaborer avec moi, et capable de trouver ça intéressant. C'est difficile à trouver puisque depuis la Nouvelle Vague, on pense que le metteur en scène doit être le père de toutes les décisions, alors que ce talent, cette capacité à savoir décider, ça s'apprend film après film. J'avais vu les modules de “Un gars, une fille”, et
Arsène Mosca - que je connaissais - m'a dit que la réalisation, le travail et les impros avec Jean Dujardin, c'était
Pascal Bourdiaux qui les avait faits. Alors je l'ai rencontré. Il a eu l'intelligence de comprendre qu'un film comme celui-là se fait en équipe, autour du travail et de l'énergie qu'apporte José. Il faut être client de ce qu'il fait, savoir le suivre et lui donner envie d'aller encore plus loin. Pascal a eu cette générosité.
Comment sait-on qu'on peut faire confiance à un jeune metteur en scène qui va réaliser son premier film ?
La confiance, elle s'est gagnée tous les jours, à différentes occasions : par exemple, les techniciens qu'il m'a suggérés pour faire le film, et ceux que je lui ai proposés quand les siens ne me semblaient pas correspondre aux besoins du film. Il a su composer, travailler avec des techniciens qu'il ne connaissait pas. Parler formidablement de cinéma ne suffit pas à avoir du talent. Pascal ne parle pas beaucoup, mais il sait faire. Il savait qu'il avait la pression, mais il l'a acceptée et je trouve qu'avec un film à ce niveau de budget, c'est normal que le producteur se protège.
Pourquoi ne pas être allé chercher un réalisateur expérimenté ?
Je l'ai déjà fait : j'ai confié un film à un vieux de la vieille, reconnu et établi. Ce fut une grosse erreur. Il y a un problème de génération, de goût. Et puis j'aime bien lancer de nouveaux talents. Luc Besson donne leur chance à des types qui n'ont pas fait grand-chose et j'aime bien ça. Il faut faire sortir une nouvelle génération de réalisateurs prêts à travailler autrement. Franchement, j'ai eu l'idée de départ, j'ai co-écrit le scénario avec
Vincent Lambert, il n'y a pas de raison que je ne puisse pas collaborer davantage à la fabrication du film ! En Amérique, il y a des garde-fous, mais en France, si le réalisateur " pète les plombs ", on ne peut rien faire, sauf ne pas sortir le film, c'est-à-dire se faire hara-kiri.
Ce film n'a pas l'esthétique d'un premier film...
Parce qu'on lui en a donné les moyens ! Je voulais une certaine élégance. Pascal a avec lui le cadreur de "
Mesrine", et on a confié le look du film à un directeur artistique, ce qui est rare sur une comédie. Je ne m'intéresse pas uniquement au jeu des acteurs. La couleur et l'esthétique participent à l'ensemble. En France, on vient d'une culture où, si le metteur en scène débute ou n'a pas fait de grands films, on ne s'attache pas à ces détails parce que, le plus souvent, on se dit : allons à l'essentiel, c'est-à-dire la comédie. Mais si on a les moyens, le luxe même, de regarder derrière et autour du jeu, ça fait partie des atouts que peut apporter une production, si le film a les financements nécessaires et les bons partenaires. A l'arrivée, "
Le Mac " ne fait pas "premier film". C'est une comédie élégante, stylée, lookée.
Un Mac, ça n'évoque pas l'élégance...
Bien sûr, mais dans cette histoire, le personnage joue à être un
mac. Il n'en est pas un. C'est la donnée essentielle qui fait qu'on a de la tendresse pour le personnage. Et on lui a donné un côté rock'n'roll, afin d'obtenir une comédie chic et moderne.
Avec un acteur qui offre un feu d'artifice...
José Garcia, c'est une locomotive. Il entraîne le film, le rôle, l'équipe, et en plus il adore dérailler... Une comédie est réussie quand elle est emmenée par un acteur ou un duo d'acteurs. Voyez ce que fait Jamel dans "
Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre", ou Dany Boon et Kad Merad, Christian Clavier et Jean Reno... Ce sont des acteurs qui s'amusent ensemble. Je n'étais pas sur le tournage, mais je suis sûr que sur "
Les Bronzés 3 Amis Pour La Vie", ils se sont moins amusés que sur les précédents... Le plaisir que prennent les acteurs à jouer dans une comédie est une réalité très importante, car elle se voit à l'écran. J'avais peur de recréer le couple Garcia/Melki de "La Vérité si je mens", même si on sait, quand on confie un rôle à
Gilbert Melki, qu'on va rouler en Rolls. Mais j'ai eu tort d'avoir peur. Après tout, combien de fois Bourvil et de Funès nous ont fait rire ensemble ? Si le script est à la hauteur, la complicité et le plaisir de se tirer la bourre font que cela marche. C'est comme au ten- nis, chacun veut mettre la pâtée à l'autre, chacun veut faire la scène. L'émulation fait qu'au final, les deux la font, et du coup, au montage, c'est quasi impossible de choisir! Ils ont une complicité de vieux garçons.
C'était la première fois en revanche que José Garcia jouait avec Carmen Maura…
Avoir
Carmen Maura pour jouer sa mère a sans doute été un des arguments qui ont emporté l'adhésion de José pour faire le film. Cela lui montrait l'ambition qu'on mettait dans le projet. Carmen s'est énormément amusée à composer ce personnage. D'ailleurs, pour la grande scène qu'ils ont ensemble, on a filmé en gros plans, champ/contrechamp. Quand on a deux acteurs pareils, on les regarde, il n'y a rien d'autre à faire. Ils s'affrontent pour s'épater, et cela fait le délice du spectateur.