Notes de Prod. : Le Missionnaire

    en DVD le 16 Septembre 2009

Interview du réalisateur Roger Delattre

Qu’est-ce qui a retenu votre attention à la lecture du scénario ?
J’ai lu le scénario sans vraiment savoir de quoi il s’agissait, et j’ai beaucoup ri, y retrouvant même un peu de la verve d’Audiard. Quand on m’a dit que Jean-marie Bigard était associé au projet, sur le coup, j’ai redouté l’excès de truculence : dans mon idée, il fallait que son jeu se rapproche de celui d’un Lino Ventura. Coup de chance, c’est ce à quoi pensaient les producteurs du film, et j’ai donc été ravi de m’en voir confier la réalisation.

Visuellement, comment envisagiez- vous cette comédie ?
Je regrette souvent que sous prétexte de comédie, on laisse un peu tomber la composition du cadre. Au contraire, je me suis nourri de films très composés, signés Melville, Verneuil ou Lautner, et j’ai toujours eu envie de m’appuyer sur ces références. Une comédie est bien évidemment destinée à faire rire les gens, mais il n’y a pas de raison, pour autant, de perdre de vue la grammaire du cinéma. La composition d’un cadre est essentielle : il s’agit de dessiner la cour de récréation dans laquelle les acteurs vont jouer.

Avec quelle conséquence sur le jeu des acteurs ?
Il y a évidemment une certaine contrainte à répéter trois fois ses déplacements pour les maîtriser. Mais selon moi, le cinéma est fondamentalement l’écriture du mouvement, et je ne crois pas qu’exiger d’un acteur qu’il respecte une certaine mécanique lui nuise. Au contraire, une fois qu’il l’a faite sienne, je pense qu’elle le rend plus libre, car il est encadré par le mouvement précis qu’il doit exécuter.

Qu’est-ce qui s’est révélé le plus difficile à obtenir en termes de comédie ?
La musique, car les dialogues du film étaient aussi importants par la drôlerie des mots d’esprit que par la musique qu’ils devaient chanter. Il y avait donc une vraie tonalité à trouver, symptomatique de l’évolution du personnage interprété par Jean-marie Bigard : en sortant de cellule, il parle à l’économie, avant de progressivement revenir à la vie. Si bien que dans les deux premiers tiers du film, il n’était pas question pour Jean-Marie de faire du Bigard...

Justement, comment dirige-t-on un personnage tel que Jean-marie Bigard ?
Nous avons beaucoup répété, et Jean-Marie s’est montré très à l’écoute. Cela s’est évidemment révélé très compliqué pour lui de parler sans bouger un sourcil, mais il a fait preuve de beaucoup de discipline. C’est d’ailleurs l’un des enjeux qui m’a le plus séduit dans le film : apprivoiser cette énorme énergie. C’était un peu comme avoir une boule de feu en main, et réussir à la faire bouger comme on le souhaite, sans qu’elle ne vous brûle.

Quel type d’acteur avez-vous découvert avec Doudi ?
On sent que c’est un comédien qui a fait ses armes sur les plateaux télé. Il a un sens du rythme propre aux programmes courts. Moi qui ai travaillé sur ces formats, j’ai reconnu chez lui une certaine fébrilité propre aux acteurs habitués à jouer dans ce type de vignettes. C’est un excellent acteur : dans la scène de la vente des bijoux, j’ai dû me cacher tellement je riais ! Je tiens aussi à souligner que la plupart des seconds rôles sont tenus par des acteurs que l’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma : ils donnent une vraie couleur au film.

Quelle était la vision de la province que vous souhaitiez donner à travers ce film ?
La Drôme Ardèche était pour moi un choix parfait car mes références comprenaient des images diffuses de cinéma italien : chaud, ensoleillé, coloré, et riche en personnages virevoltants. J’avais aussi envie de filmer la province comme je la ressens : indémodable. À mon sens, elle stratifie le temps, je m’y sens moins démodé qu’à Paris, et je le dis sans démagogie aucune. Le bar construit par Hugues Tissandier est ainsi une compression des années 50 et 60, avec des vestiges de la guerre de 14, mais aussi un écran plat pour les matchs de foot : il reflète le passage du temps, mais aussi un monde en mouvement.

Qu’espérez-vous que les spectateurs retiennent de cette comédie ?
J’ai envie qu’ils rient, évidemment ! Mais aussi qu’ils soient touchés, car c’est une comédie qui contient de vrais moments d’émotions.

Les 7 péchés capitaux de Jean-Marie Bigard

Comment est née l’envie d’écrire ce film ?
Philippe Giangreco, un copain de Ticky Holgado, lui avait fait part de l’idée qu’il avait eue en visitant un cou- vent : imaginer un malfrat qui prendrait la place d’un curé. Il avait dit à Ticky : « Bigard ferait cela très bien ». Ticky me l’a donc présenté, et les choses se sont enchaînées jusqu’à ce que je propose le projet à Luc Besson. Et puisque le hasard n’existe pas, quand j’ai rencontré Luc Besson pour la première fois (à l’occasion d’une mise en scène pour Les Restos du Cœur), il m’a dit : « Je te verrais bien en curé » ! Nous nous en sommes souvenus au moment de parler du Missionnaire ensemble.

Les premières fois de Doudi Strajmayster

Premier pas au cinéma
J’ai lu le scénario du Missionnaire sans savoir quel rôle on voulait me proposer. Quand j’ai su qu’il s’agissait de Patrick, j’ai été très intéressé par l’idée de jouer un personnage double. Incarner les différentes facettes de ce prêtre me paraissait un vrai challenge à relever ! J’étais particulièrement curieux à l’idée de jouer la scène des bijoux, qui s’est effectivement révélée un grand moment, en particulier quand Roger m’a demandé de la tourner « version psychopathe ».

3 questions à Hugues Tissandier (chef décorateur)

Quelle était votre ligne directrice concernant les décors du film ?
L’idée était de pasticher la « jolie France du sud » popularisée par Raimu et les films de l’époque : nous voulions rejoindre un certain imaginaire collectif. Nos recherches se sont donc concentrées sur le village, qui devait incarner l’image d’Épinal de la France d’autrefois, avec son petit café sur la place, son église et son monument aux morts. Beaucoup de soin a ensuite été apporté aux détails, comme les arrêts de bus ou les pancartes, pour que le « joli » fasse naturel.

3 questions à Thierry Arbogast (chef opérateur)

Quel était le « look » recherché pour cette comédie ?
Il s’agissait de traiter l’image de façon contemporaine, tout en lui donnant un look décalé et rétro, un petit côté Lautner. Finalement, le film est marqué par des couleurs éclatantes, des lumières contrastées et une belle présence du soleil.
 

Box-office au 08 Janvier 2010

  • Paris 14h : 346 entrées
  • 1er jour IDF : 801 entrées
  • 1ère semaine IDF : 25 799 entrées
  • Cumul IDF : 35 875 entrées

  • 1ère semaine France : 130 285 entrées
  • Cumul France : 209 573 entrées