Qu’est-ce qui a retenu votre attention à la lecture du scénario ?
J’ai lu le scénario sans vraiment savoir de quoi il s’agissait, et j’ai beaucoup ri, y retrouvant même un peu de la verve d’Audiard. Quand on m’a dit que
Jean-marie Bigard était associé au projet, sur le coup, j’ai redouté l’excès de truculence : dans mon idée, il fallait que son jeu se rapproche de celui d’un Lino Ventura. Coup de chance, c’est ce à quoi pensaient les producteurs du film, et j’ai donc été ravi de m’en voir confier la réalisation.
Visuellement, comment envisagiez- vous cette comédie ?
Je regrette souvent que sous prétexte de comédie, on laisse un peu tomber la composition du cadre. Au contraire, je me suis nourri de films très composés, signés Melville, Verneuil ou Lautner, et j’ai toujours eu envie de m’appuyer sur ces références. Une comédie est bien évidemment destinée à faire rire les gens, mais il n’y a pas de raison, pour autant, de perdre de vue la grammaire du cinéma. La composition d’un cadre est essentielle : il s’agit de dessiner la cour de récréation dans laquelle les acteurs vont jouer.
Avec quelle conséquence sur le jeu des acteurs ?
Il y a évidemment une certaine contrainte à répéter trois fois ses déplacements pour les maîtriser. Mais selon moi, le cinéma est fondamentalement l’écriture du mouvement, et je ne crois pas qu’exiger d’un acteur qu’il respecte une certaine mécanique lui nuise. Au contraire, une fois qu’il l’a faite sienne, je pense qu’elle le rend plus libre, car il est encadré par le mouvement précis qu’il doit exécuter.
Qu’est-ce qui s’est révélé le plus difficile à obtenir en termes de comédie ?
La musique, car les dialogues du film étaient aussi importants par la drôlerie des mots d’esprit que par la musique qu’ils devaient chanter. Il y avait donc une vraie tonalité à trouver, symptomatique de l’évolution du personnage interprété par
Jean-marie Bigard : en sortant de cellule, il parle à l’économie, avant de progressivement revenir à la vie. Si bien que dans les deux premiers tiers du film, il n’était pas question pour Jean-Marie de faire du Bigard...
Justement, comment dirige-t-on un personnage tel que Jean-marie Bigard ?
Nous avons beaucoup répété, et Jean-Marie s’est montré très à l’écoute. Cela s’est évidemment révélé très compliqué pour lui de parler sans bouger un sourcil, mais il a fait preuve de beaucoup de discipline. C’est d’ailleurs l’un des enjeux qui m’a le plus séduit dans le film : apprivoiser cette énorme énergie. C’était un peu comme avoir une boule de feu en main, et réussir à la faire bouger comme on le souhaite, sans qu’elle ne vous brûle.
Quel type d’acteur avez-vous découvert avec Doudi ?
On sent que c’est un comédien qui a fait ses armes sur les plateaux télé. Il a un sens du rythme propre aux programmes courts. Moi qui ai travaillé sur ces formats, j’ai reconnu chez lui une certaine fébrilité propre aux acteurs habitués à jouer dans ce type de vignettes. C’est un excellent acteur : dans la scène de la vente des bijoux, j’ai dû me cacher tellement je riais ! Je tiens aussi à souligner que la plupart des seconds rôles sont tenus par des acteurs que l’on n’a pas l’habitude de voir au cinéma : ils donnent une vraie couleur au film.
Quelle était la vision de la province que vous souhaitiez donner à travers ce film ?
La Drôme Ardèche était pour moi un choix parfait car mes références comprenaient des images diffuses de cinéma italien : chaud, ensoleillé, coloré, et riche en personnages virevoltants. J’avais aussi envie de filmer la province comme je la ressens : indémodable. À mon sens, elle stratifie le temps, je m’y sens moins démodé qu’à Paris, et je le dis sans démagogie aucune. Le bar construit par
Hugues Tissandier est ainsi une compression des années 50 et 60, avec des vestiges de la guerre de 14, mais aussi un écran plat pour les matchs de foot : il reflète le passage du temps, mais aussi un monde en mouvement.
Qu’espérez-vous que les spectateurs retiennent de cette comédie ?
J’ai envie qu’ils rient, évidemment ! Mais aussi qu’ils soient touchés, car c’est une comédie qui contient de vrais moments d’émotions.