La Promesse, Le Revirement, Le Prestige :
D’après Cutter, l’ingénieur qui conçoit les tours du magicien et qu’interprète
Michael Caine : « Chaque tour de magie se déroule en trois actes. La première s’appelle la Promesse : le magicien présente au public une situation banale... qui ne l’est sans doute pas tant que ça. Le deuxième acte s’intitule le Revirement : de banale, la situation devient extraordinaire. Mais, si vous cherchez à en percer le mystère, vous n’y arriverez pas. C’est bien pour cela qu’il existe un troisième acte, qu’on appelle le Prestige. C’est l’acte au cours duquel ont lieu de nombreux rebondissements et coups de théâtre, où des vies sont en jeu et où se produit un événement spectaculaire qui vous clouera sur place. » C’est en alternant lui-même secrets méticuleusement concoctés et coups de théâtre que le réalisateur
Christopher Nolan raconte cette histoire complexe de deux magiciens rivaux, Robert Angier et Alfred Borden. Dans ce thriller aux multiples ramifications, le mystère est permanent, tout n’est qu’illusion et les apparences sont trompeuses – hormis les sentiments humains les plus primaires qui animent deux ennemis dévorés d’ambition se livrant un combat sans merci.
En quelques films seulement, Nolan s’est imposé comme l’un des cinéastes les plus inventifs, particulièrement doué pour les thrillers déroutants, qu’il tourne des œuvres indépendantes ou de grosses productions. Il s’est d’abord fait connaître avec
Following,
Le Suiveur, puis
Memento, ingénieux thriller autour d’un homme aux abois tentant de remonter le temps pour venger le meurtre de sa femme tout en perdant peu à peu sa mémoire immédiate. Salué comme un chef-d’œuvre, jouant habilement avec l’espace, le temps et la réalité subjective,
Memento continue de fasciner le public et est aujourd’hui étudié dans les écoles de cinéma. Nolan a ensuite tourné un remake du polar norvégien
Insomnia, avec Al Pacino, Robin Williams et Hilary Swank, qui plongeait une fois encore le spectateur dans un univers déconcertant de meurtre et d’angoisse. Il franchit un nouveau pas en s’attaquant à l’un des mythes de super-héros, avec
Batman Begins, qui levait le voile sur les origines mystérieuses du Chevalier Noir, appelé à devenir le sauveur de Gotham City.
Batman Begins s’est imposé comme l’un des films de super-héros les plus originaux et les plus appréciés jamais réalisés, connaissant un succès planétaire et réconciliant public et critique. (…)
Recherche Historique
En menant ses recherches, Nolan a également compris pourquoi l’héritage des grands magiciens se réduit aujourd’hui aux spectacles de Las Vegas.
Jonathan Nolan : « Je crois que cela s’explique en partie par le fait que la magie existe aujourd’hui sous des centaines de formes, mais qu’on ne les appelle pas magie. Je pense par exemple à la télévision, aux jeux vidéo, au cinéma : ce sont là des spectacles dans lesquels on peut se laisser happer, comme on le faisait lors des spectacles de magie à l’époque victorienne. » Le film explore plusieurs pistes inattendues, faisant de ses deux principaux interprètes –
Hugh Jackman et
Christian Bale – des héros, puis des anti-héros, avant qu’ils ne redeviennent des héros. Jonathan souhaitait que le public choisisse son camp. « Quel que soit le camp que vous choisissez, le but était qu’à la fin du film vous vous interrogiez sur ce choix, » précise le scénariste. Nolan n’a pas de préférence particulière pour
l’un ou l’autre des deux protagonistes.
« J’aime à la fois Angier et Borden,» ajoute-t-il. «Pour moi, ils représentent les deux côtés de la même pièce, deux facettes complémentaires de la même personne. » Au fil de l’écriture, Nolan n’a cessé de laisser le lecteur tirer ses propres conclusions sur la lutte à laquelle se livrent Angier et Borden.
Jonathan Nolan : «J’adore les polémiques. Christopher et moi continuons de nous disputer sur plusieurs aspects de Memento et nous nous sommes aff rontés sur
Le Prestige également. Je crois que lorsqu’un scénario suscite des débats sur le sens de votre histoire, vous avez fait votre boulot de scénariste. »
Une fois que
Jonathan Nolan acheva une première mouture du scénario avec le concours de son frère, le réalisateur proposa sa propre version. Dans cette collaboration extraordinaire, l’émulation entre les deux frères a toujours été fructueuse.
Jonathan Nolan s’est forgé sa propre théorie sur leur formidable complémentarité. «J’ai toujours pensé que c’était lié au fait qu’il est gaucher, et que je suis droitier,» note-t-il. « En effet, il parvient systématiquement à jeter un œil à mes idées, puis à se les approprier en les rendant un peu plus tordues et captivantes. C’est génial de pouvoir travailler ensemble de cette manière. »
Emma Thomas fut émerveillée par le scénario finalisé : « Quand j’ai lu le bouquin, j’ai su que ça ferait un film formidable, mais je ne voyais pas très bien comment. Bien que l’histoire parte dans plusieurs directions, Jonathan et Christopher ont su en tirer l’essentiel : ils ont conservé l’aspect divertissant de la magie, ils ont gardé intact ce monde hors du commun, sans jamais sacrifier aucun de ces personnages fascinants. Chacun d’entre eux est savoureux. »
À une époque où les magiciens étaient de vraies idoles, nul autre que l’immense artiste Robert Angier n’aurait pu fasciner le public grâce à son charme et son panache. Mais lorsqu’un drame se produit sur scène qui bouleverse Angier, celui-ci invente son plus grand tour de magie qui l’amène aux confins de la science et de l’illusion. Pour le rôle d’Angier,
Christopher Nolan a immédiatement songé à l’acteur australien
Hugh Jackman, plusieurs fois primé pour son travail au théâtre et au cinéma. Connu de millions de jeunes gens grâce à sa création du personnage de Wolverine, mutant aux dons extra-sensoriels, il a également remporté un Tony pour son interprétation captivante de l’auteur de chansons Peter Allen dans
The Boy From Oz, ainsi qu’un Emmy pour avoir animé la cérémonie de remise des Tony. C’est son mélange extraordinaire de sang-froid et de sens aigu de la scène qui a convaincu Nolan qu’il était le seul à pouvoir incarner à la fois le panache et la soif de vengeance qui animent Angier. Il semblait également l’interprète idéal pour susciter un désir de rivalité chez
Christian Bale.
Christopher Nolan : « Quand Hugh monte sur scène, il s’anime vraiment. Il est incroyablement à l’aise et il est parfaitement conscient de l’alchimie qui se crée entre lui et le public. C’est exactement ce qu’il nous fallait pour ce rôle et Hugh campe Angier avec une sincérité extrêmement convaincante. » En lisant le scénario, Jackman a été captivé. Il s’est
passionné pour le périple d’Angier, qui le fait passerd’une réussite éblouissante aux recoins les plus sombres de l’âme humaine.
Hugh Jackman : «Au début du film, Angier est très optimiste, plein d’espoir et d’énergie. Sa plus grande force, en tant que magicien, est son sens de la scène.
Il adore affronter la foule. Il possède une aisance et un panache qui lui permettent de conquérir ses spectateurs. En réalité, si on voulait lui faire un reproche, on pourrait dire que son style est parfois bien plus spectaculaire que sa personnalité. »
Christian Bale a entendu parler du
Prestige pour la première fois alors qu’il incarnait un personnage très différent : Batman, super-héros combattant les forces du mal, dans
Batman Begins de
Christopher Nolan. Mais ce n’est que bien plus tard, en lisant la première version du scénario de
Jonathan Nolan, qu’il sut avec certitude qu’il souhaitait participer à l’aventure.
Bale s’est imposé comme un comédien iconoclaste dans le choix de ses rôles. Né au Pays de Galles, il fait ses débuts sous les meilleurs auspices puisqu’il campe un adolescent de 13 ans, qui se retrouve dans un camp d’internement japonais, dans
L’empire Du Soleil de Steven Spielberg. Plus récemment, l’étendue de son registre dramatique et la force de son jeu ont marqué les esprits. Glaçant en yuppie psychopathe dans
American Psycho, il a perdu une trentaine de kilos pour jouer dans le thriller psychologique
The Machinist et prête sa voix à Hurle dans
Le Château Ambulant de Hayao Miyazaki. Avant d’interpréter John Rolfe, époux de Pocahantas, dans
Le Nouveau Monde de Terence Malick, il a suivi un rude entraînement et s’est forgé une impressionnante musculature pour créer le personnage de Batman dans
Batman Begins. Peu après, il a tourné
Le Prestige.
Christian Bale : « Après
Batman Begins, j’espérais qu’on me proposerait de très bons scénarios, mais cela n’a pas été le cas. J’ai ensuite lu
Le Prestige, et je me suis dit que c’était une formidable histoire de rivalité à la vie, à la mort, et grâce à la présence de la magie, on a du mal à différencier la réalité de l’illusion, ce qui en fait un thriller captivant. C’est un récit tellement riche qu’il faut prendre son temps pour en apprécier toutes les dimensions. Je savais déjà que Christopher était l’un des réalisateurs les plus intelligents qui existent, et que, lorsqu’on travaille avec lui, c’est comme bâtir une superbe maison sur un terrain solide, et du coup, j’avais très envie de refaire un film avec lui qui soit très différent de
Batman. J’ai donc téléphoné à Christopher et je lui ai dit, « Quoi que tu penses, je ne vais pas te mentir : c’est l’un des meilleurs scénarios que j’aie jamais lus et je veux faire ce fi lm.’ Je crois que mon enthousiasme l’a sidéré. »