Deux producteurs, un père et son fils, qui avaient employé Welles comme acteur dans le passé, se rappelèrent à lui. Michel et
Alexander Salkind lui proposèrent leur soutien financier pour la réalisation d’un film. Ils l’invitèrent à choisir promptement dans une liste de classiques littéraires du domaine public. «
La seule chose concevable pour moi, c’était Le Procès.»En dépit de ce ce qu’il appelle son «
propre manque de sympathie profonde pour Kafka», il accepta de tourner
Le Procès avec
Anthony Perkins dans le rôle de
Joseph K.
Mais même alors, les soucis d’argent continuaient de le harceler. Il avait à peine commencé à tourner les extérieurs à Zagreb que la caisse des Salkind était vide. Pire encore, à l’instant où les autorités yougoslaves devinèrent les difficultés financières de la production, elles rechignèrent à construire les décors élaborés par Welles. Alors que les extérieurs étaient déjà tournés, la production était en fait arrêtée. Tout autre que lui eût paniqué, mais Welles avait une vaste expérience de ce type de calamités. Il voyait un signe du destin dans la situation présente, où il se trouvait de nouveau à court d’argent, alors même qu’il avait commencé son film avec ce qui lui semblait un financement solide, en s’appuyant sur l’immense bonne volonté de ses producteurs (...)
La mort dans l’âme, Michel Salkind lui proposa de renoncer à
Le Procès. Mais Welles ne l’entendait pas de cette oreille. Il expliqua au producteur que s’ils pouvaient ramener la compagnie à Paris, il lui serait possible d’achever le film presque sans un sou. «
Vous payez la note d’hôtel, et nous n’aurons rien d’autre à payer. Nous n’avons qu’à rentrer chez nous et trouver un moyen de le tourner.»A Paris, Welles montra ses brillantes capacités d’improvisation en s’emparant de la gare d’Orsay décrépite pour y tourner les intérieurs. En raison du désastreux manque de fonds, il fut parfois obligé de payer de sa poche ses comédiens qui menaçaient de renoncer. Durant l’été 1962, il mit la dernière main au film et passa son temps entre la salle de montage à Paris et Malaga (...) Il avait été prévu de présenter Le Procèsen première mondiale au Festival de Venise, début octobre mais il ne fut pas prêt avant l’hiver. Quand le film fut enfin présenté à Paris, on critiqua beaucoup le choix de Perkins pour le rôle principal. «
Je crois que tout le monde voit K. comme une sorte de petit Woody Allen. C’est comme ça qu’on voit K. Mais dans le livre, il est dit clairement que c’est un jeune cadre qui monte.» C’est l’«agressivité»de K., pour employer les termes de Welles, qu’il avait précisément à l’esprit en prenant Perkins, et c’est ce trait qui a choqué, il en demeure convaincu.
Barbara Leaming Orson Welles Ramsay Poche Cinéma