Notes de Prod. : Le Rêve italien

Note d'intention du réalisateur du Rêve italien

Le 1968 que je raconte est celui de ma «reconversion» : celui de ma vingtaine lorsque j’étais policier et qu’après avoir usé de ma matraque sur les étudiants, j’ai compris leurs protestations et je suis passé de l’autre côté de la barricade.
À Rome, j’ai subi les insultes des étudiants qui manifestaient contre la guerre au Vietnam. Quelques mois plus tard, je protestais à leurs côtés et je me mis à fréquenter puis à occuper l’Académie d’Art Dramatique “Silvio D’Amico”. Je peux véritablement affirmer que c’est grâce à cette année-là et à ces jeunes, armés d’idéaux, que j’ai trouvé la force de réaliser mes aspirations. Je ne pensais pas être à la hauteur pour réussir l’examen d’entrée de l’Académie d’Art Dramatique et Laura Morante interprète un professeur qui fut fondamental dans mon approche d’une vie nouvelle.
C’est le film de ma vie, c’est un parcours initiatique transposé sur pellicule, ce sont des destins croisés, individuels et collectifs, c’est une histoire de grands sentiments et c’est la réalisation d’un rêve, un «grand rêve» qui a uni toute une génération.
C’est l’affirmation de l’individu à travers une révolution collective. Mais c’est aussi la réussite d’un mouvement qui comme jamais auparavant et jamais plus, est parvenu à changer le cours de l’histoire. Les amours et les prises de conscience, les opinions et les sentiments des protagonistes retrouvent aujourd’hui toute leur actualité dans les manifestations étudiantes qui occupent les premières pages de nos quotidiens nationaux.

Le Rêve italien est une exploration de ma vie, mais aussi de notre histoire, celle de l’Italie catholique et conservatrice dont les enfants, mégaphones à la main, ont bouleversé les équilibres familiaux. Dans la famille de Laura, le père, un ingénieur, assiste à l’arrestation de son fils par la police et se retrou- ve confronté à sa fille qui devient de plus en plus réfractaire à son autorité. Dans ce film il y a beaucoup de cinéma. Les jeunes protagonistes vont dans les salles d’art et d’essai voir les films de Bergman, I Pugni In Tasca de Bellocchio, ou des classiques comme La Dolce Ala Della Giovinezza.

Il y a aussi Les Parapluies De Cherbourg avec ce jeune garçon du sud de l’Italie, Nino Castelnuovo et la blonde Catherine. À ceux qui me demandent si l’année 1968 a modifié positivement ou négativement le monde, je leur réponds que l’élection aux Etats-Unis d’un président comme Obama a été possible grâce aux manifestations pacifistes. Mais aussi grâce aux noirs américains qui ont lutté pour l’obtention de droits civiques et contre la guerre au Vietnam, ce qui a eu pour conséquence les assassinats de Martin Luther King et de Bob Kennedy.
Tous partagent finalement les mêmes idéaux que les étudiants italiens, français, allemands ou des tchécoslovaques qui, avec le sacrifice de Jan Palach, ont ouvert une gigantesque faille dans la ligne communiste qui s’est écroulée quelques an- nées plus tard.

Michele Placido, réalisateur du Rêve italien