Peter Berg eut l'idée de départ du
Royaume il y a un peu plus de dix ans, à la suite de l'attentat terroriste de Khobar, en Arabie Saoudite. Ce 25 juin 1996, le Hezbollah local fit exploser devant les Khobar Towers un camion rempli de fioul, tuant 19 Américains et 1 citoyen saoudien et blessant 372 personnes de diverses nationalités.
Peter Berg :
"Cet acte terroriste constitua l'une des attaques antiaméricaines les plus violentes jamais perpétrées dans la région. Il porta aussi un coup très dur aux Saoudiens et amena le FBI à collaborer, pour la première fois, avec les autorités locales en vue d'identifier les coupables. L'enquête se révéla laborieuse et délicate. J'ai pensé qu'il serait fascinant d'illustrer cette rencontre entre Américains et Arabes, de montrer les efforts de rapprochement de deux cultures qui ont un intérêt commun à lutter contre l'extrémisme religieux et ses violences."
L'idée mûrit au fil des ans, tandis que Berg, poursuivant sa double et brillante carrière d'acteur/ réalisateur, faisait régulièrement le point avec un ami Saoudien sur l'évolution tortueuse des relations arabo-américaines. Puis vint le 11 septembre 2001.
Peter Berg :
"Après ces attentats, un fort préjugé antisaoudien se développa aux États-Unis, du fait que la plupart des pirates de l'air ainsi que Ben Laden étaient Saoudiens. Ce ressentiment n'affecta aucunement mes relations avec les Saoudiens de mon entourage. Il me sembla même que le moment était plus que jamais propice pour faire un film sur le combat commun des Arabes et des Américains contre la violence extrémiste."
Berg décida de présenter la rencontre de ces deux mondes sous les auspices d'un thriller d'action évoquant l'amitié naissante de deux hommes de cultures très différentes : un agent du FBI et un colonel saoudien. Le projet prendrait forme à l'été 2003. En juin 2003, Berg demanda à
Michael Mann, qui occupait un bureau voisin, s'il accepterait de produire le film sous la bannière de sa société, Forward Pass. Mann, qui produisait alors
Aviator de Martin Scorsese, se déclara partant pour un nouveau film d'auteur. Il appréciait en outre les qualités du scénariste Matthew Michael Carnahan auquel Berg pensait confier l'écriture du
Royaume.
Peter Berg :
"Ce jeune de 30 ans, quasi inconnu à l'époque, était très informé sur le plan politique et capable d'écrire un film d'action décoiffant. Or nous n'avions pas envie de livrer un exposé, mais un film musclé, divertissant, donnant une représentation honnête du contexte actuel."
Mann et Berg contactèrent alors Universal Pictures. Le réalisateur de
Heat et
CollatÉral était curieux d'explorer "les méandres d'une enquête criminelle menée dans un climat particulièrement tendu - et la fraternisation inattendue qui en résulte."
Suivre ces deux enquêteurs dans leur travail quotidien était aux yeux de
Michael Mann un biais idéal pour examiner le contexte politique local et mondial : "La violence a quelque chose de traumatisant qui vous affecte à un niveau personnel et ne laisser guère de place à la raison. C'est pourquoi nous avons choisi d'axer cette histoire sur la démarche et le vécu de deux policiers supérieurement doués, qui sont aussi des citoyens lambda, attachés à leur famille et à la sécurité de leur pays."
Le producteur
Scott Stuber, qui avait déjà travaillé sur deux films de Berg et était alors vice- président Worldwide Production d'Universal Pictures, fut vite convaincu : "Peter et Michael m'ont présenté le projet au cours d'un dîner à trois. J'ai trouvé que c'était une idée formidable. Comme eux, j'étais fan du scénario de Carnahan pour
Soldier Field. Je n'ai donc pas hésité à engager le studio sur le film."
Durant la phase de développement, Stuber annonça son départ d'Universal et la création, avec
Mary Parent, de la société Stuber/Parent. Berg et Mann lui demandèrent de continuer le travail en tant que producteur, s'agissant d'un des projets auxquels il s'était le plus passionnément attaché au studio.
Scott Stuber :
"
Le Royaume est devenu l'histoire de quatre enquêteurs qui débarquent en territoire hostile et vont devoir mener à bien leur mission dans les pires conditions. Le film fonctionne à la fois comme un thriller et un drame incitant à réfléchir sur des problèmes actuels qui nous concernent tous."
Mann présenta l'équipe à
Richard Klein, directeur de la branche Moyen-Orient et Golfe Persique de Kissinger McLarty Associates, ainsi qu'à
Elaine Shannon, de Time. Au cours d'une série de voyages à Washington, Carnahan rencontra plusieurs spécialistes en explosifs du FBI et des équipes d'intervention spécialisées dans les libérations d'otages, qu'il interrogea en détail sur leurs expériences au Moyen-Orient. Il s'entretint aussi avec des agents qui avaient eu à observer les conséquences de l'attentat de Khobar ou qui avaient travaillé au Yémen après l'attaque contre l'USS Cole et les ambassades américains en Afrique orientale.
S'étant imprégné de leurs témoignages, Carnahan s'attacha à coller au plus près à la réalité. De son côté, Berg se rendit en Arabie Saoudite et rencontra un panel d'hommes et de femmes issus de toutes les couches de la société. "Peter avait une vision très précise de ce film, situé dans un monde que la plupart de nos concitoyens ignorent", souligne Stuber.
Peter Berg :
"Il ne s'agissait évidemment pas de célébrer les glorieux exploits d'un groupe d'Américain venus en découdre en terre arabe.
Le Royaume est politiquement neutre. Il ne dénonce qu'une chose : la violence extrémiste, et ne vise qu'à montrer que des Américains et des Arabes peuvent coopérer de façon décente et humaine."