En sortant de la projection du film
Le ruban blanc de
Michael Haneke, on se souvient très bien avoir été interviewés par l’
Hebdo Cinéma. «
Envoûtant » était le seul mot qui nous était venu aux lèvres. Envoûtés dans quel sens ? On ne savait trop. On était juste conscients d’avoir été entraînés et promenés – anesthésiés – au cœur de cet étrange village allemand de l’avant-guerre, dont la foi étouffante annonçait déjà les pires choses.
Haneke semblait abandonner son cinéma violent et provoquant pour nous offrir, en noir et blanc, un drame tout en retenue sur la montée silencieuse de l’extrémisme en Allemagne dès 1913. Pourtant, à travers sa mise en scène rigoureuse et parfois hypnotique, le réalisateur de
Funny Games infiltrait, comme si de rien n’était, une forme de violence fanatique et psychologique dont les charmantes têtes blondes du
Ruban Blanc se faisaient les messagers et exécutants. A observer ce mal tout droit venu de l’enfance dénaturée, de l’innocence assassine, le malaise s’installait profondément sans qu’on ne sache trop jusqu’où Haneke s’ingéniait à mener sa réflexion.
«
Envoûtant », oui. Lui aurait-on donné la Palme d’Or pour autant ? On n’osait se prononcer. Isabelle Huppert (qui avait reçu le Prix d’Interprétation à Cannes pour sa prestation dans
La Pianiste de
Michael Haneke) et son Jury ont, eux, sauté le pas.
Eléonore Guerra (
Paris, Le 24 Mai 2009)