Pourquoi avez vous décidé de tourner un film de samouraïs, après 40 ans de comédies et de drames ?
Tout d’abord parce que j’aimais les œuvres de l’écrivain Shuhei Fujisawa, qui a écrit plusieurs fictions sur les samouraïs et les gens du peuple. J’ai donc pensé à faire un film à partir de trois de ses nouvelles, il y a environ quatre ou cinq ans. Ensuite, j’avais déjà vu de nombreux films d’époque durant les dernières années, mais je gardais un sentiment d’insatisfaction. Ils comportaient des erreurs et ne montraient pas comment vivaient vraiment les samouraïs. Akira Kurosawa m’a dit un jour que cela le gênait aussi, depuis très longtemps. (…) Bref, moi aussi je voulais tourner un film qui montrerait comment les samouraïs vivaient, mangeaient, parlaient, et ressentait des émotions.
le combat culminant entre les personnages de Hiroyuki Sanada et de Min Tanaka est très impressionnant. Cela donne une idée de la façon dont cela se passait vraiment.
Je voulais filmer des scènes de combat plus réalistes que dans les films de samouraïs courants, et même que chez Kurosawa. (…) En réalité, c’est bien plus dur de tuer quelqu’un dans un combat de sabre, à moins que vous l’entailliez très fort ! Selon des rapports d’époque, les combats de samouraïs pouvaient durer jusqu’à deux ou trois heures. Ils se blessaient plusieurs fois, avant de succomber, à force de perdre leur sang. (…)
L’héroïne, jouée par Rie Miyazawa, est aussi un peu contemporaine : quand son mari la bat, elle le quitte, contrairement à la règle de l’époque (…).
Il est vrai qu’elle est assez moderne. Dans un sens, son histoire est une sorte de critique du système féodal, bien que le film ne le montre pas comme tel. A l’époque d’Edo (1603 – 1867), les femmes n’avaient rien à dire. Dans notre Moyen-âge, les femmes étaient assez fortes, et beaucoup ont contribué à la fondation de notre culture ; mais à l’époque d’Edo et à celle de Meiji, les femmes ont presque disparu de la vie publique, en particulier à l’ère Meiji, où elles sont subi des discriminations, parce qu’elle étaient supposées être impures. (…).
Le film a un appel universel, il ne s’adresse pas seulement aux fans du genre. Le message du film, ou comment atteindre le bonheur même sans biens matériels, peut-il séduire les spectateurs actuels ?
Les Japonais se demandent ce qui va arriver au pays. Ils sont un peu angoissés, et moi aussi ! Qu’arrivera t-il aux banques ? Retrouverai-je mon argent demain ? Et d’autres questions de ce genre. Mais,à la fin du
Samouraï du crépuscule, Seibei reste avec ses enfants, et tant qu’il a sa famille avec lui, il sait qu’il peut tenir le coup. Les spectateurs sortent du film avec un sentiment plus positif. Ils peuvent penser qu’ils vont s’en tirer, même s’ils perdent leur emploi. Cette idée leur redonne du courage.