Sans-abri et figurants
Joe Wright a su dès le début qu’il voulait trouver pour les rôles de figuration des personnes authentiques vivant dans le quartier où se déroule le film. Pour lui, les figurants étaient le cœur du film et son lien avec le monde réel. Pour trouver des centaines de figurants parmi les sans-abri, la coordinatrice de casting figurants
Maryellen Aviano a organisé une série d’auditions libres dans plusieurs centres d’accueil, dont la Lamp Community, la Midnight Mission, l’Union Rescue Mission, Volunteers of America et SRO Housing.
Elle a engagé 450 personnes. Parmi elles se trouvait un groupe principal d’une vingtaine de personnes, surnommé le «Lamp Chorus», que l’on peut voir dans plusieurs scènes jouées par
Jamie Foxx et
Robert Downey Jr. dans l’immeuble de la Lamp Community où vit Nathaniel Ayers. Le Lamp Chorus a été rejoint par dix acteurs professionnels pour les scènes nécessitant un vrai jeu d’acteur Malgré les incertitudes de départ sur la manière dont tout cela allait fonctionner, l’expérience s’est révélée inoubliable pour tout le monde.
Maryellen Aviano confie : «En trente-deux ans de carrière, je n’ai jamais vu de figurants aussi enthousiastes. La communauté a adhéré avec un élan formidable au projet parce que
Joe Wright a passé plusieurs mois à travailler avec eux et les a invités à partager avec lui leur expérience et ce qu’ils vivaient et éprouvaient. Le film était pour eux une chance de se faire entendre et de montrer toutes les ressources dont ils peuvent faire preuve.»
Joe Wright avait une vision très spécifique de l’esthétique qu’il voulait pour
Le Soliste. Il souhaitait que l’on retrouve à l’image la vie dans les rues de Los Angeles sous son aspect le plus cru, tout en conférant une certaine musicalité aux mouvements de caméra afin de refléter les thèmes élevés de l’histoire. Pour
Jamie Foxx, la simple poésie de l’approche de Wright était la clé du film. «La manière dont Joe a utilisé la caméra a su capter tout ce dont parle le film. Il contrebalance toujours la noirceur par la beauté et la lumière.» Pour parvenir à ce résultat,
Joe Wright s’est entouré d’une équipe de collaborateurs en grande partie britanniques avec qui il avait déjà travaillé. Il a retrouvé notamment le directeur de la photo
Seamus Mcgarvey, un Irlandais nommé à l’Oscar pour les images lyriques de
Reviens-moi.
Seamus Mcgarvey explique : «Joe et moi avons d’abord pensé à un style visuel très simple et dépouillé. Nous avons évoqué les réalisateurs britanniques réalistes, John Schlesinger et son Macadam Cowboy, et aussi les néo-réalistes italiens parce que je pense que ce film, bien que plus grandiose que la réalité, possède aussi par certains côtés ces éclairs lyriques qui étaient la marque des néo-réalistes.» Il poursuit : «Par-dessus tout, nous voulions une sorte d’ascétisme, de nudité de l’image, afin de pouvoir voir les personnages dans un cadre très crédible. Et parce que nous avons fait appel à beaucoup de vraies personnes, nous voulions absolument éviter l’impression artificielle que dégagent parfois les films hollywoodiens.» Sur plusieurs semaines,
Joe Wright et
Seamus Mcgarvey ont storyboardé l’intégralité du film. Ils ont aussi pris la décision de tourner en format 35 mm anamorphique, ce qui donne au film, selon McGarvey, «un sentiment de véracité encore plus fort.»
La musique
L’un des aspects les plus mystérieux et les plus fascinants de cette histoire est le suivant : comment deux hommes aussi dissemblables que Steve Lopez et Nathaniel Ayers ont-ils pu développer des liens d’amitié, une amitié si forte qu’elle a changé leur vie ? La réponse réside peut-être dans leur capacité à communiquer à un niveau plus profond que celui de la parole : par la force de la musique.
Joe Wright a senti dès le départ que cette force inexplicable capable de transporter les êtres devait être instillée dans le film, sans jamais cependant occulter le principe de base de l’histoire – l’humanité. Une décision créative a été prise très tôt : se concentrer avant tout sur les œuvres de Beethoven, l’un des nombreux compositeurs que le vrai Ayers vénère et qui l’obsède, parce que Beethoven semble s’adresser à l’essence même de son amour pour la musique.
Joe Wright commente : «Le spectre des émotions suscitées par la musique de Beethoven est extraordinairement large. Sa musique contient toutes les émotions humaines, tous les sentiments.
Je crois aussi que Beethoven est un personnage fascinant, dans cette histoire particulièrement, parce qu’il avait lui-même à surmonter de grandes difficultés personnelles, dont le handicap de la surdité.» Pour écrire la musique du film, largement inspirée par les Troisième et Neuvième Symphonies de Beethoven,
Joe Wright a retrouvé le compositeur
Dario Marianelli, qui avait été nommé à l’Oscar pour son travail sur
Orgueil & Préjugés et avait obtenu l’Oscar et le Golden Globe pour
Reviens-moi.